Actualisé 02.02.2015 à 21:21

Affaire du CarltonAccusé de proxénétisme, «DSK» affronte la justice

Près de quatre ans après un scandale sexuel aux Etats-Unis qui a brisé sa carrière politique, Dominique Strauss-Kahn comparaît depuis lundi devant un tribunal français.

L'ex-patron du FMI est accusé de proxénétisme aggravé. Il risque jusqu'à dix ans de prison et 1,5 million d'euros d'amende. Portant un costume sombre, Dominique Strauss-Kahn est passé devant une foule de journalistes pour entrer dans la salle d'audience. Il paraissait détendu, les mains dans les poches.

«On va bien s'amuser, ça va être un très beau spectacle», a pour sa part déclaré à son arrivée une des «figures» du dossier, Dominique Alderweireld alias «Dodo la Saumure», gérant de «maisons de débauche» en Belgique.

L'interrogatoire de Dominique Strauss-Kahn («DSK») n'est pas prévu avant le milieu de la semaine prochaine. Toutefois, il a été brièvement appelé à la barre lundi.

Il a affirmé n'avoir jamais rencontré le proxénète «Dodo la Saumure», ni René Kojfer, considérés par l'accusation comme les organisateurs de parties fines avec des prostituées auxquelles DSK aurait participé.

Il a aussi assuré n'être «jamais» allé au Carlton, l'hôtel de luxe de Lille qui a donné son nom à l'affaire parce que René Kojfer, chargé des relations publiques de cet hôtel, est soupçonné d'y avoir fait venir des prostituées.

Soirées libertines

Le procès doit durer trois semaines. A 65 ans, l'ancien numéro un du Fonds monétaire international (FMI) comparaît avec treize autres prévenus, dont un policier, des entrepreneurs et «Dodo la Saumure». DSK est accusé d'être le principal bénéficiaire et instigateur de soirées libertines à Paris et Washington.

300 journalistes

Une salle de presse équipée de quatre écrans géants a été installée au rez-de-chaussée du Palais de justice de Lille pour accueillir quelque 300 journalistes, dont ceux d'une vingtaine de médias étrangers. Tous sont attirés par le destin hors du commun de celui qui fut, à la tête du FMI, un des hommes les plus puissants de la planète.

La défense de Dominique Strauss-Kahn n'a pas varié: il était adepte du libertinage, pas amateur de prostituées, et ignorait la qualité des jeunes femmes participant aux soirées.

«Roi de la fête»

«C'est vraiment nous faire croire qu'il est naïf», rétorque «Jade», une des prostituées interrogées pendant l'enquête. Elle se montre particulièrement sévère contre «DSK», selon une source judiciaire.

«Jade» est une des deux seules prostituées à s'être portées partie civile dans un premier temps, mais deux autres souhaitent les rejoindre, selon une association qui les soutient.

Les juges ont estimé au terme de l'instruction que «DSK» ne pouvait ignorer que les femmes qu'on lui présentait lors de parties fines étaient des prostituées, et que ces soirées étaient organisées spécialement pour lui, en faisant de lui «le roi de la fête».

Accord financier

L'affaire du Carlton a commencé en 2011 parallèlement au scandale de New York, lorsqu'une femme de chambre d'un grand hôtel, le Sofitel, l'a accusé de viol. Les images de «DSK» menotté et encadré de policiers ont alors tourné en boucle dans le monde entier. Le dossier s'achève par un accord financier confidentiel entre «DSK» et son accusatrice, Nafissatou Diallo.

L'enquête dans le scandale du Carlton avait été ouverte par la police de Lille, sur des renseignements anonymes. Ceux-ci concernaient les fréquentations de l'hôtel et d'un autre établissement de Lille où René Kojfer, chargé des relations publiques du Carlton, était soupçonné de faire venir des prostituées pour satisfaire quelques clients.

Ecoutes téléphoniques

La surveillance et les écoutes téléphoniques font sortir peu à peu des noms, dont celui de Dominique Strauss-Kahn, lâché fortuitement au détour d'une conversation.

Les enquêteurs remontent un réseau de notables qu'ils soupçonnent de profiter des jeunes femmes mises à leur disposition par le chargé des relations publiques. Parmi eux, David Roquet, un homme d'affaires, et Fabrice Paszkowski, un entrepreneur spécialisé dans le matériel médical.

Ces derniers font partie d'un cercle libertin, auquel s'ajoutent Jean-Christophe Lagarde, un policier, et Dominique Strauss-Kahn. Selon l'accusation, les quatre hommes se sont retrouvés lors de plusieurs soirées, à Lille mais aussi à Paris ou à Washington, siège du FMI. (ats)

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