Genève - Accusée de traite d’êtres humains, la maquerelle crie au complot
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GenèveAccusée de traite d’êtres humains, la maquerelle crie au complot

Une femme, soupçonnée d'avoir contraint plusieurs compatriotes à se prostituer, affirme être victime de fausses accusations visant à protéger une souteneuse.

par
Maria Pineiro
Une des victimes affirme que les filles devaient être prêtes dès 8h du matin et disponibles jusqu’à minuit.

Une des victimes affirme que les filles devaient être prêtes dès 8h du matin et disponibles jusqu’à minuit.

Getty Images/iStockphoto

«Elle appelait plusieurs fois par jour, nous insultait, nous menaçait et nous interdisait de sortir.» Lundi devant le Tribunal pénal de Genève, W. a témoigné de mois de souffrances sous la coupe de L., soupçonnée d’avoir été sa proxénète. Clients imposés, prestations sexuelles, durée et tarifs prévus à l’avance, dans un climat de terreur, résume l’accusation. La justice a identifié quatre victimes présumées. Une seule était présente à l’audience. Toutes, comme la prévenue, sont Chinoises.

«Elle disait savoir où habitait ma famille»

Doucement, W. a raconté avoir quitté son pays pour un emploi bien rémunéré. «En Chine, je possédais un atelier de bijouterie, mais j’avais des dettes.» Selon elle, l’accusée l’aurait accueillie dès son arrivée. Une fois en Suisse, redevable du prix de son voyage, elle aurait été forcée de se prostituer. «Il n’y avait pas de jour de congé. Nous devions nous préparer dès 8h du matin et être disponibles jusqu’à minuit.» La victime raconte s’être ainsi prostituée par peur de L. «Elle me disait savoir où habitait ma famille, avoir des contacts avec la mafia chinoise et la police suisse. Elle nous contrôlait par téléphone, nous laissait à peine 30 minutes pour aller faire les courses.» La prévenue est accusée d’avoir prélevé entre 40 et 50% des gains. Elle doit notamment répondre de traite d’êtres humains et d’encouragement à la prostitution.

L. s'est défendue, avec véhémence , de tout lien avec les victimes. Elle a crié au complot. «Je ne connais pas ces femmes. Il s'agit de fausses accusations ourdies par leur vraie patronne.» D’après ses affirmations, l'origine de «l'affaire» tient à un différend avec une fille à qui elle louait un local dans un salon de massages traditionnels. «Elles se connaissent toutes, elles viennent de la même région», argue la prévenue.

Explications farfelues

Aux questions du tribunal, l’accusée a répondu par d'autres questions, ou demandé des précisions. Aux éléments du dossier mis en exergue, elle a donné des explications pour le moins farfelues: les photos d'elle retrouvées dans les téléphones portables des victimes? Téléchargées depuis un groupe WeChat. Les numéros de téléphone en lien avec le sien? «Ce n'était pas le mien, mais celui du salon. Le numéro était presque public.» La concordance des témoignages de femmes arrêtées en des lieux et dates différentes? Une preuve supplémentaire du complot.

Elle a affirmé haut et fort que ses seules activités avaient consisté en la promotion d'actions pour des sociétés dans le domaine de la médecine traditionnelle chinoise et la location de locaux à des masseuses indépendantes à Bâle.

L’audience se poursuit mardi avec le réquisitoire de la procureure et les plaidoiries des avocats.

Femmes isolées

Quatre Chinoises, fraîchement arrivées en Suisse, seules, endettées, sans ressources financières et ne parlant pas le français. Voilà la description des victimes faite dans l’acte d’accusation. Des femmes, qui, après avoir transité par la Pologne afin d’établir des autorisations de travail, auraient été forcées de se prostituer entre Genève, Bâle et Zurich. Les faits auraient duré plusieurs mois, entre fin 2016 et début 2017.

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