Actualisé 14.01.2020 à 11:40

Renens (VD)

Occupation de Credit Suisse: militants acquittés

Le Tribunal de police a rendu son verdict au procès de 12 activistes de Lausanne Action Climat lundi après-midi. Ils étaient accusés de violation de domicile d'une succursale de Credit Suisse en 2018.

de
Frédéric Nejad Toulami

Neuf des douze prévenus étaient présents ce lundi, accompagnés du collectif des 13 avocats bénévoles pour cette affaire très médiatisée. En préambule, le président de la Cour, Philippe Colelough, a rappelé au public admis dans la salle de s'abstenir de réagir bruyamment quels que soient les considérants du verdict.

Le magistrat a retenu la réalisation de la violation de domicile de la succursale lausannoise de Credit Suisse le 22 novembre 2018. De plus, il confirme la violation du règlement communal à double titre ce jour-là, puisque les manifestants ont refusé d'obéir à l'ordre de quitter les lieux puis ont gêné l'action de la police en se tenant l'un à l'autre.

Manif Credit Suisse - Federer

Plusieurs collectifs écologistes ont mené jeudi des actions de protestation contre la politique d'investissements de Credit suisse. La police est intervenue.

La vidéo de l'action

Danger imminent du changement climatique

Cependant, quant à l'état de nécessité licite, invoqué par la défense, le président du tribunal a rappelé que pour retenir un tel fait, il faut vouloir sauvegarder un bien prépondérant face à un danger imminent, et impossible à empêcher autrement. Or la Cour a acquis cette conviction avec les rapports du GIEC et le témoignage d'une spécialiste du climat la semaine passée. La notion d'état de nécessité est donc retenue.

Le président du Tribunal de police admet en effet que les moyens d'action des militants en novembre 2018 dans la banque étaient leurs seuls moyens pour alerter efficacement le public et les politiques. De plus, les courriers envoyés à Credit Suisse sont restés sans réponse. Quant aux biens privés juridiquement protégés, ils ne font pas le poids dans la pesée des intérêts avec le bien collectif à protéger, soit le climat. La Cour retient donc l'état de nécessité rendant licite leur action sans débordement ni dégâts en novembre 2018. Ils sont tous acquittés.

Présent à la lecture du verdict, l'avocat de Crédit Suisse, Me Brändli, se refuse à tout commentaire dans l'immédiat. A noter qu'au premier jour du procès la semaine passée, le président Colelough avait longuement expliqué avoir de la sympathie pour la cause des militants jugés, ce qui avait surpris certains observateurs.

Le public applaudit, certains sont en larmes. La foule est de nouveau venue en nombre pour la lecture du verdict. Certains se sont même vus refuser l'entrée dans la salle, le quota de public étant atteint. Jacques Dubochet, appelé comme témoin à la barre, est revenu pour entendre la sentence, qu'il a qualifiée d'«historique».

Rappel des faits

L'enjeu de ce procès débuté le mardi 7 janvier, pour les avocats et les prévenus: ne pas juger les faits reprochés uniquement à la lumière d'une violation de domicile des locaux d'une succursale de Credit Suisse et du règlement de police de Lausanne, mais par rapport au mobile des 12 jeunes activistes déjà condamnés par le ministère public, absent du tribunal. C'est pourquoi la défense évoque l'état de nécessité, en raison de l'état de la planète et de l'urgence d'agir.

Cela a donc justifié une action non violente dans une succursale de la banque, le 22 novembre 2018: ces jeunes avaient improvisé une partie de tennis dans les locaux sans autorisation puis avaient refusé de quitter les lieux malgré les injonctions de la police. Une action similaire avait eu lieu le même jour dans la même enseigne bancaire à Genève et à Bâle.

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