France - Affaire Bygmalion: six mois ferme requis contre Sarkozy
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FranceAffaire Bygmalion: six mois ferme requis contre Sarkozy

Jeudi, dans le procès sur les dépenses excessives de campagne de l’ex-président français en 2012, la procureure a notamment ironisé sur la situation.

Nicolas Sarkozy n’a pas daigné se présenter à l’audience depuis le 20 mai, sauf pour son interrogatoire.

Nicolas Sarkozy n’a pas daigné se présenter à l’audience depuis le 20 mai, sauf pour son interrogatoire.

Reuters

Une peine d’un an de prison, dont six mois avec sursis, et 3750 euros d’amende (quelque 4096 francs) ont été requis jeudi à l’encontre de Nicolas Sarkozy, jugé devant le tribunal correctionnel de Paris pour les dépenses excessives de sa campagne présidentielle de 2012.

À la fin d’un réquisitoire à deux voix, les procureurs ont souligné la «totale désinvolture» de l’ex-chef de l’État dans la gestion des finances d’une campagne «en or massif», qui a coûté près du double du plafond autorisé. M. Sarkozy, absent à l’audience, est jugé depuis le 20 mai au côté de 13 autres prévenus.

De 18 mois à 4 ans de prison

De dix-huit mois à quatre ans de prison avec sursis ont été requis jeudi à l’encontre des 13 coprévenus jugés au côté de l’ancien chef de l’État Nicolas Sarkozy pour les dépenses excessives de sa campagne présidentielle perdue de 2012.

Les procureurs ont demandé trois ans de prison avec sursis et 50’000 euros d’amende pour l’ex-directeur adjoint de la campagne, Jérôme Lavrilleux, seul à avoir reconnu la fraude. Contre les trois ex-cadres de Bygmalion qui ont admis avoir accepté la mise en place du système de fausses factures, dix-huit mois de prison avec sursis ont été requis.

«Décision collective»

«Une vaste fraude» et une «décision collective» de prévenus qui pour la plupart «n’ont rien vu, rien su, rien entendu». Les réquisitions ont débuté jeudi dans le procès sur les dépenses excessives de campagne de l’ancien président français Nicolas Sarkozy en 2012 et de 13 autres prévenus.

«L’important n’était pas le plafond légal de campagne, mais de gagner l’élection», a déclaré la procureure Vanessa Perrée en ouvrant le bal de ce réquisitoire à deux voix. Elle a dénoncé des «dérives financières majeures» et un «système opaque». «Quoi qu’on vous en dise – vous avez entendu Nicolas Sarkozy contester vigoureusement», la campagne a été marquée par une «improvisation et une impréparation totale».

«C’est une farce»

La procureure a ironisé sur ces «professionnels de la politique» qui ignoraient tout du coût de meetings électoraux. «Nicolas Sarkozy a dit: "Qui peut oser dire que ma campagne a dérapé? C’est une farce!" Mais c’est une farce de nous faire croire que ces personnes-là ne surveillaient rien. C’est une farce que de les voir se retrancher derrière leur absence de compétence», s’est-elle indignée.

Elle a rappelé que, contrairement aux autres prévenus, Nicolas Sarkozy n’a pas daigné se présenter à l’audience depuis le 20 mai sauf pour son interrogatoire, pour «délivrer quelques bons et mauvais points» à ses coprévenus. Il ne s’est pas présenté pour les réquisitions non plus.

«Il y a 14 prévenus et presque autant de versions. Ces multiples versions et leur impossible combinaison montrent qu’il y a nécessairement des mensonges», a poursuivi le procureur Nicolas Baïetto. Malgré les notes d’alerte sur le risque de dépassement du coût de la campagne, dès le 7 mars 2012, «Nicolas Sarkozy veut un meeting par jour» et dès lors «vogue la galère», a-t-il ironisé.

«Aucun doute»

Pour eux, la culpabilité des ex-dirigeants de Bygmalion – l’agence événementielle qui organisait les meetings – et des ex-cadres de l’UMP ne fait «aucun doute». Vanessa Perrée et Nicolas Baïetto ont prévu d’examiner les cas des ex-dirigeants de la campagne et de Nicolas Sarkozy dans l’après-midi.

Début mars, Nicolas Sarkozy était devenu le premier ex-président de la Ve République à être condamné à de la prison ferme: il s’était vu infliger trois ans d’emprisonnement, dont deux avec sursis, pour corruption et trafic d’influence, et avait fait appel.

Tout au long des débats, les anciens cadres de l’UMP (devenue Les Républicains) et de Bygmalion, le directeur de campagne, les experts-comptables, ont tous cherché à minimiser leur rôle, voire à le nier.

Responsabilité partiellement reconnue

Seuls 4 des 14 prévenus ont reconnu partiellement leur responsabilité dans la mise en place d’un système de fausses factures imaginé pour masquer l’explosion des dépenses de campagne. Révélé deux ans après la défaite de Nicolas Sarkozy, le scandale avait entraîné des déflagrations en série à droite.

Contrairement aux autres prévenus, il est uniquement jugé pour «financement illégal de campagne électorale». Il encourt un an de prison et 3750 euros d’amende. Les autres prévenus, qui comparaissent notamment pour «faux, usage de faux», «escroquerie» et complicité de ces délits, encourent jusqu’à cinq ans d’emprisonnement.

L’enquête a révélé que le prix réel des 44 meetings organisés par Bygmalion avait été drastiquement réduit – 80% des factures ont disparu – et le reste réglé par l’UMP au nom de conventions fictives du parti. L’enquête «n’a pas établi» que Nicolas Sarkozy l’aurait «ordonné», qu’il y aurait «participé», ni même qu’il en aurait été informé, selon l’accusation. Par contre, il en a «incontestablement» bénéficié, disposant ainsi de «moyens bien supérieurs à ceux que la loi autorisait». Le plafond légal a été dépassé de 22 millions d’euros. Une thèse qu’il a vigoureusement contestée durant son interrogatoire mardi.

«Aucun emballement»

Il n’y a eu «aucun emballement» de la campagne, qui ressemblait «comme une sœur» à celle de 2007, voire à celle de son opposant au second tour, François Hollande, a martelé Nicolas Sarkozy. Comment la campagne de 2012 aurait-elle alors pu «coûter le double?», a-t-il scandé. «Invraisemblable!»

L’ancien patron de l’UMP Jean-François Copé, entendu comme simple témoin dans le procès, a fustigé jeudi sur la radio France Inter la «stratégie de défense intenable» de Nicolas Sarkozy et son incapacité à «assumer» ses actes.

(AFP)

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