Ville de Genève: Affaire du bitume arraché: la magistrate Perler choisit le silence

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Ville de GenèveAffaire du bitume arraché: la magistrate Perler choisit le silence

Face aux élus municipaux, la conseillère administrative a refusé de s’exprimer sur l’action d’activistes du climat qui a fait polémique, et dont elle avait été avertie.

par
David Ramseyer
La conseillère administrative Frédérique Perler (Les Verts), chargée du Département de l’aménagement, des constructions et de la mobilité (photo d’illustration).

La conseillère administrative Frédérique Perler (Les Verts), chargée du Département de l’aménagement, des constructions et de la mobilité (photo d’illustration).

Steeve Iuncker-Gomez/TDG

«Etiez-vous au courant que dégrapper le bitume constituait un délit pénal?», «Que saviez-vous, Mme Perler?», «Aviez-vous informé vos collègues; et si non, pourquoi avoir tenté de le cacher?». Aux questions qui ont fusé des bancs du Conseil municipal, au fracas de l’affaire des marteaux-piqueurs qui ont défoncé une zone asphaltée aux Pâquis pour fustiger le manque d’arbres dans le quartier (cf. encadré ci-dessous), la conseillère administrative Frédérique Perler a choisi le silence.

Procédures en cours

Voix basse, débit lent, visage fermé, la magistrate des Verts - qui a avoué il y a quelques jours avoir eu connaissance de l’opération mais ne l’a pas empêchée - a déclaré en ouverture de séance extraordinaire consacrée à cette affaire qu’elle ne souhaitait pas répondre à quelque question que se soit. Et ce, «en raison de plusieurs procédures en cours, auxquelles je réserve mes propos» (ndlr: une dénonciation pénale émanant d’un élu, une enquête externe commandée par la Ville, une prise de renseignements de la part de la Surveillance des communes).  

«C’est une parodie de démocratie, c’est inadmissible!» a enragé le conseiller municipal Christo Ivanov (UDC). Sa collègue du MCG Danièle Magnin a embrayé: «Dans la loi, choisir de se taire est le droit de ne pas s’auto-incriminer: c’est ainsi que nous interpréterons l’attitude de la magistrate». La droite a fustigé le «manque de transparence et de courage» de la conseillère administrative chargée de l’Aménagement et des constructions. Les partis de l’opposition ont aussi prévenu: «Face à ce silence assourdissant, nous vous attendons au tournant».

Un élu écologiste s'est cependant demandé si une bande d’une vingtaine de mètres de bitume «valait tout ça, cette séance, cette affaire?!» Pour le reste, la gauche est restée relativement silencieuse sur le dossier, préférant mettre en avant l’urgence climatique et poser des questions sur la politique de la Ville en matière de lutte contre le réchauffement.

Rapport externe à 10’000 francs

La maire Marie Barbey-Chappuis (Le Centre) a de son côté précisé que le coût du rapport externe diligenté par un juge à la retraite devrait être d’environ 10’000 francs, payés «a priori par la Ville». Les dommages, eux, se montent à 3802 francs, et «ils ne seront pas à la charge des contribuables», a-t-elle promis. La maire a aussi assuré que les collègues de Frédérique Perler à l’Exécutif n’avaient pas été prévenus de l’action des militants pour le climat: «Nous avons appris cette activité par les médias.»

La magistrate Frédérique Perler savait 

Le 22 juin dernier, l’association écologiste Actif-trafiC et l’association d’habitants des Pâquis Survap avaient arraché une bande de bitume à coups de marteaux-piqueurs pour dénoncer le manque de verdure dans le quartier. Stupéfait, le Conseil administratif les avait menacés de plainte, avant de changer d’avis: il a considéré que les activistes avaient agi de bonne foi, croyant bénéficier d’une autorisation du Département municipal de l’aménagement. Sa magistrate, Frédérique Perler (Les Verts), était en effet au courant de l’opération, qu’elle a autorisée oralement, comme l’a révélé la RTS. «Des erreurs d’appréciation», dont elle «assume la responsabilité», a déclaré l’Exécutif communal, qui a commandé une enquête externe. De son côté, Frédérique Perler s’est excusée, évoquant un «relâchement de sa vigilance» après avoir évité «un possible désastre». Les militants voulaient creuser plus profondément dans le bitume pour y planter un arbre. La conseillère administrative et ses services les en auraient dissuadés, pour ne pas toucher des câbles ou des canalisations. C’est là que, soulagée, la magistrate aurait donné son aval pour dégrapper l’asphalte en surface, une action «qui a posteriori n’avait évidemment pas lieu d’être» et qu’elle n’avait pas imaginée si importante, a assuré Frédérique Perler. Devant le Conseil municipal, mardi, elle a réitéré ses excuses.

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