Actualisé 26.06.2008 à 13:34

Affaire du «cheval SM» de Pierre Keller: verdict confirmé au TF

Une lettre de lecteur parue le 27 juillet 2003 dans Le Matin dimanche a bel et bien porté atteinte à la personnalité de Pierre Keller, directeur de l'Ecole cantonale d'art de Lausanne (ECAL).

Le Tribunal fédéral (TF) a confirmé un verdict du Tribunal cantonal vaudois.

Courtier d'art, l'auteur de la lettre avait réagi à un article paru une semaine auparavant. Il avait affirmé qu'à l'ECAL, «pour bien se faire voir du directeur, il faut créer de préférence dans le genre déviant, crade et pervers».

«Sulfureux étalon»

Intitulé «Le sulfureux étalon vaudois», l'article en question avait été rédigé par Bertrand Monnard. Le journaliste y décrivait un cheval en polyester, au look cuir sadomasochiste, réalisé par un jeune Brésilien, étudiant de l'ECAL.

L'oeuvre venait d'être retenue par l'Etat de Vaud, qui répondait aux organisateurs du 100e anniversaire du Marché-Concours de Saignelégier (JU). Ceux-ci avaient proposé à chaque canton d'acquérir un étalon grandeur nature en polyester et de le transformer en oeuvre originale.

Considération professionnelle

Pour trois des cinq juges de la Deuxième cour civile du TF, le goût de la provocation souvent affiché par Pierre Keller ne justifie pas les propos tenus dans la lettre de lecteur du 27 juillet 2003. Les allégations du lecteur portent atteinte à la considération professionnelle du patron de l'ECAL.

Selon la juge fédérale Fabienne Hohl, qui a proposé le rejet du recours de l'auteur de la lettre, il faut se référer à la compréhension d'un lecteur «moyen». S'il lit le passage incriminé, il en déduit que Pierre Keller favoriserait des élèves réalisant des oeuvres inspirées par le sadomasochisme.

La lettre accuse ainsi Pierre Keller de manquer d'impartialité dans sa fonction à la tête de l'ECAL, a souligné le juge fédéral Luca Marazzi. Elle constitue, selon lui, une grave atteinte à la personnalité d'un directeur d'école.

Avis minoritaire

Deux autres juges fédéraux, restés minoritaires au sein de la Deuxième cour civile, ont nié toute atteinte à la protection de la personnalité, Ils ont demandé l'acception du recours déposé par l'auteur de la lettre de lecteur et l'annulation du verdict de condamnation du Tribunal cantonal vaudois.

Dans leur argumentation, ils ont notamment souligné le côté provocateur de Pierre Keller, qui avait dit au journaliste Bertrand Monnard qu'»un cheval comme outil de plaisir et de désir, ça lui avait plu». (ats)

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