Canton de Vaud - «Je pensais que le corps allait se momifier»
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Canton de Vaud«Je pensais que le corps allait se momifier»

En octobre 2016, le corps d’une femme a été découvert à Orbe au sous-sol du logement qu’elle partageait avec le mari dont elle était séparée. Celui-ci est poursuivi pour meurtre ou homicide par négligence. Le procès s’est ouvert ce lundi.

Le corps d’une femme a été découvert au sous-sol de ce logement d’Orbe (VD) en octobre 2016. Le mari est l’accusé. Le procès s’ouvre ce lundi à Renens (VD).

Le corps d’une femme a été découvert au sous-sol de ce logement d’Orbe (VD) en octobre 2016. Le mari est l’accusé. Le procès s’ouvre ce lundi à Renens (VD).

apn

Un quinquagénaire suisse va se présenter dès ce lundi devant le Tribunal du Nord vaudois, qui siège dans les locaux du Ministère public vaudois à Renens en raison de la pandémie, pour répondre des accusations de meurtre ou d’homicide par négligence. L’affaire est aussi sordide que complexe. Le cuisinier quinquagénaire, un ancien pompier d’Orbe, nie avoir tué sa femme. Le couple, officiellement séparé depuis 2012 tout en continuant de partager le même toit, vivait dans la précarité.

«Ils étaient tous les deux psychologiquement fragiles et sans le sou. Il disait qu'elle était bipolaire et agoraphobe. Ce drame est le résultat de la détresse sociale et de la misère dans un pays riche»

Une voisine de l’accusé se confiant à «20 minutes»

L’enquête n’a pas pu établir les circonstances du décès survenu en juillet 2016. Au cours de l’instruction, le prévenu a déclaré avoir trouvé le corps sans vie de la mère de ses deux enfants. Ce serait sous l’effet de la panique qu’il a placé la défunte dans un congélateur-bahut, avant de le mettre, deux mois plus tard, dans un tombeau en bois scellé avec du béton sous le logememt. Aux personnes – notamment ses deux enfants adultes - qui s’interrogeaient de la soudaine et mystérieuse disparition de la femme dépressive, il faisait croire qu’elle était en déplacement en France. Mais, perdu dans ses mensonges et probablement pris de remords, il a fini par craquer auprès de sa fille, qui a alerté la police.

Le magistrat instructeur a une autre perception de cette affaire. Pour le procureur Laurent Contat, il y a deux pistes: soit l’accusé a étranglé l’épouse dont il était séparé, soit il l’a blessée mortellement. L’enquête n’ayant pas pu élucider la cause de la mort, le prévenu est poursuivi pour meurtre ou homicide par négligence.

L’accusé est défendu par Me Matthias Burnand.

«Parlez par respect de la mémoire de votre épouse et pour vos enfants!»

Dès l’ouverture de l’audience lundi, Véronique Pittet, la présidente du Tribunal criminel du Nord vaudois, a demandé au prévenu de soulager sa conscience en disant la vérité. «Vous avez été entendu à huit reprises lors de l’instruction. Il y a beaucoup de zones d’ombre et d’incertitudes dans cette affaire. Aujourd’hui, c’est le dernier moment pour vous expliquer par respect de la mémoire de votre épouse et pour que vos deux enfants puissent faire le deuil», a-t-elle exhorté. Baskets usés, jean délavé, pull noir trop petit, lunettes, le prévenu se dit «trop gentil» et se met à parler des difficultés de son couple qui seraient liées principalement aux mauvaises relations entre sa mère et sa défunte femme. Questionné sur ses tentatives chimériques de trouver un nouveau logement à son ex-épouse «qui gueulait», l’ancien pompier volontaire a déclaré: «Je lui ai déclaré tellement de bobards…». Après un petit moment d’hésitation, il ajoute: «C’était du bla-bla.»

Impulsivité infantile, rigidité psychique

L’expertise psychiatrique décrit ainsi le quinquagénaire: «trouble de la personnalité immature, trouble dépressif récurrent, trouble du développement psycho-affectif, immaturité effective, impulsivité infantile, rigidité de fonctionnement psychique». Toutefois, selon les experts, ce sombre tableau ne correspond pas à «des troubles mentaux graves».

Entre la rente AI de la défunte, les prestations complémentaires et la participation financière de leur fils, les ex-époux avaient des revenus mensuels inférieurs à 3000 francs avec un loyer de 1750 francs par mois. Entre le décès de son épouse en juillet et la découverte du corps en octobre, l’accusé et bonimenteur impénitent a perçu de manière indue la rente AI et les prestations complémentaires de la défunte.

Le prévenu, qui avait fait croire à ses proches l’existence d’un dénommé «Procureur Chevalier» pour aider sa femme à trouver un nouveau logement, a déclaré qu’il pensait qu’un procureur était «une personne bien, respectable et qui aide les familles pauvres comme nous».

Interrogé sur ce qu’il ressentait pour sa femme, l’ancien pompier volontaire urbigène a fait part de son sentiment indéfectible envers celle qui n’est plus: «Je suis toujours attaché à elle. C’est la femme de ma vie.» Mais il a aussitôt dévié sur «les envies suicidaires quotidiennes» de sa femme décrite comme «quelqu’un qui avait tout le temps des idées négatives». L’accusé de poursuivre: «bien avant notre mariage en 1987, elle menaçait de se flinguer». A 10h56, la présidente a ordonné une pause afin que l’accusé «puisse reprendre ses esprits». Et ce dernier de ricaner en disant à la magistrate: «Vous êtes dure avec moi.»

Câble autour du cou?

Le procès a repris vers 11h16. L’homme parle des infidélités de son épouse. Le quinquagénaire peine à retenir sa colère contre son oncle. «Il s’est permis de coucher avec ma femme», s’emporte-t-il.

Revenant sur le drame du 16 juillet 2016, l’accusé affirme avoir eu une dispute avec sa femme. «Je me suis fait petit et je suis sorti. Quand je suis revenu, elle avait un câble électrique autour du cou. J’ai tiré le câble et tout s’est détendu. Elle est tombée par terre», poursuit-il, pour accréditer sa théorie du suicide. «Je pense que c’est un accident et qu’elle voulait juste me faire une scène», soutient-il. «Pourquoi se suicide-t-elle ce jour-là alors qu’elle menaçait de le faire depuis des années», interroge la présidente. Le prévenu semble confus. «C’est une façon de me punir pour mes mensonges. Quand on raconte tout le temps des conneries, ben voilà…», s’accable-t-il. Quand le procureur lui a demandé ce qu’il était advenu du câble, l’accusé affirme l’avoir jeté à la déchetterie. «Il y a eu plusieurs versions sur le câble», réagit Me Matthias Burnand. «Je ne me rappelle plus de rien. Mais il n’y a pas eu de meurtre», se défend le prévenu. «Pourquoi avoir jeté le câble qui pouvait prouver votre innocence?» demande le procureur Laurent Contat. «Je ne fais jamais comme tout le monde. Mais tout a été fait avec amour», répond le prévenu. «Personne ne vous comprend ici», commente la présidente devant une assistance incrédule face à la désinvolture avec laquelle le prévenu explique comment il a congelé le corps de son épouse. «Je comprends que vous soyez choqués mais je voulais tout faire bien», indique-t-il. «Je n’ai pas fait de massage cardiaque par respect des désirs de mon épouse. Je l’ai mise dans ce tombeau en pensant qu’elle allait se momifier», ajoute l’ancien pompier volontaire. «Vous comprenez qu’on ne vous comprenne pas?» relance son avocat. Silence…

L’audience est suspendue. Reprise à 14h.

(apn)

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