Genève - Agressé à coups de couteau et de tesson par des ados
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GenèveAgressé à coups de couteau et de tesson par des ados

Passé à tabac par treize jeunes vers les Bains des Pâquis la semaine dernière, Walid compte de nombreuses plaies sur le corps. Mardi, il a déposé une plainte auprès de la police.

par
Leïla Hussein
dr

Nez cassé, multiples plaies sur le corps et le visage, dont une au niveau du cou, proche de la carotide: Walid a eu de la chance de s’en sortir. Mercredi dernier, la soirée du vingtenaire a pris une tournure dramatique. Alors qu’il profitait du Jeûne genevois pour s’octroyer un moment entre amis, il a été victime d’une violente agression. «Nous sommes intervenus dans la nuit du 8 au 9 septembre, vers 5h30, pour une bagarre», confirme Alexandre Brahier, porte-parole de la police cantonale.

«Ils ont voulu me tuer»

Installé sur le quai Wilson peu avant les Bains des Pâquis avec trois personnes, la victime écoutait tranquillement de la musique avec une enceinte, selon ses dires. «Un jeune nous a abordés pour nous demander de mettre une chanson, mais comme on avait bientôt plus de batterie, on lui a dit non.» Face au refus, ce dernier s’est mis à insulter le groupe avant de revenir quelques minutes plus tard accompagné de douze individus armés de couteaux, de tessons de bouteille et de barres en fer. «Ils se sont jetés sur moi, m’ont frappé et m’ont cassé des bouteilles sur la tête. J’ai aussi reçu plusieurs coups de couteau. Ils ont voulu me tuer!» se révolte Walid.

À l’arrivée des forces de l’ordre, les assaillants étaient déjà loin. «Nous avons uniquement trouvé la personne lésée et ses amis. Les autres s’étaient enfuis en direction des Pâquis, selon les témoignages. Aucune interpellation n’a été effectuée. Ce mardi, la victime a déposé une plainte pour lésions corporelles et insultes.» Hospitalisé en urgence le soir des faits, Walid a passé le jour suivant à l’hôpital, avant d’être mis en arrêt pour une semaine.

Une agression gratuite

Pour lui, c’est l’incompréhension totale. «C’était une agression gratuite, sans raison. Je ne pourrais jamais l’accepter. C’étaient des jeunes, pour la plupart mineurs. Ce n’est pas normal.» Sous le choc, il a décidé de se faire aider. «Je vais commencer un suivi psychologique. Je n’arrive pas à oublier. Je ne dors plus. Je n’arrête pas de penser à cette cicatrice sur mon visage. Elle va rester toute ma vie. Qu’est-ce que je vais dire aux gens?»

Walid a pris la bonne décision, estime le Dr Emmanuel Escard, membre de l’Unité interdisciplinaire de médecine et de prévention de la violence, aux Hôpitaux universitaires de Genève. «C’est primordial d’avoir un accompagnement après une agression. Cela permet d’éviter l’état de stress post-traumatique. Les jeunes hommes ne consultent pas ou peu. Lorsqu’il y a une procédure judiciaire, souvent ce sont leurs avocats qui nous les envoient, lorsqu’ils voient que ça ne va pas après six mois ou un an», confie le médecin chargé d’apporter un soutien psychologique après des violences.

Moins de consultations durant le Covid

«Chaque année, nous prenons en charge une trentaine de personnes victimes d’agression de rue, pour la plupart des jeunes hommes. L’an dernier, avec le Covid, nous en avons eu nettement moins, soit 18. Mais depuis le mois de mai, avec l’assouplissement des mesures et la réouverture des bars et des restaurants, le nombre de cas est en augmentation», relève le Dr Emmanuel Escard.

Pour Walid, le plus dur, c’est la balafre sous son menton. «Les cicatrices modifient l’image de soi. Les patients se sentent difformes et peuvent avoir un sentiment de honte. Cela vient alourdir les séquelles», explique le spécialiste. D’autant plus lorsque le coup a été porté au visage. «On parle alors de préjudice esthétique et douloureux, car les blessures sur le visage et le crâne engendrent souvent des douleurs chroniques.»

Un long chemin vers la guérison

Une semaine après son passage à tabac, Walid enchaîne les rendez-vous médicaux. «Je dois aller faire soigner mes plaies à l’hôpital tous les deux jours et j’ai plusieurs consultations avec l’ORL pour mon nez cassé. J’ai aussi vu un chirurgien, mercredi, pour discuter de la possibilité de faire du laser pour enlever ma cicatrice au visage», conclut le jeune homme.

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