03.08.2020 à 16:17

GenèveAir France songe à licencier tout son personnel au sol

La compagnie aérienne a informé mercredi la trentaine d’employés basés à Cointrin qu’elle envisageait de se séparer d’eux pour la fin de l’année.

von
Jérôme Faas
La compagnie Air France emploie une trentaine de personnes à Genève, à la vente et au check-in.

La compagnie Air France emploie une trentaine de personnes à Genève, à la vente et au check-in.

keystone-sda.ch

L’annonce a été faite en vidéoconférence mercredi à tous les employés d’Air France en poste au sol à Genève. Le chef d’escale et la responsable des ressources humaines leur ont annoncé qu’en raison de la crise économique consécutive à la pandémie de Covid-19, la compagnie projetait de les licencier. Un collaborateur rapporte les propos qui ont été tenus: «Les lettres doivent être envoyées fin septembre pour une fin des rapports de travail à fin novembre ou à fin décembre selon l’ancienneté. Nous avons jusqu’au 14 août pour formuler une contre-proposition.» Une trentaine de personnes sont concernées, calcule-t-il: quatorze à l’enregistrement, douze à la vente et trois contrats à durée déterminée aux salons. «Nous sommes tous sous le choc de cette décision brutale.»

Il a été expliqué aux employés qu’Air France imaginait sous-traiter à la société Dnata les opérations relatives à l’enregistrement. Il est en revanche prévu que l’agence de vente de billets ferme ses portes. Heurté, le collaborateur précité précise que «Dnata n’a aucune obligation d’embaucher» les collaborateurs licenciés.

Une stratégie «choquante»

Il peine surtout à comprendre pourquoi la compagnie aérienne semble préférer les licenciements à une prolongation des RHT (réductions d’horaire de travail). «Nous sommes soumis à ce régime depuis le mois de mars. On perdait beaucoup d’argent mais on se disait que c’était un mal pour un bien. C’est très choquant d’être licencié alors qu’il existe une autre solution qui ne coûte rien à l’employeur.»

«Trop tôt» pour communiquer

Panta Rhei, l’agence zurichoise qui gère la communication d’Air France-KLM en Suisse, indique ne pas pouvoir s’exprimer sur le sujet: «Il est trop tôt dans le processus pour donner plus de détails.»

Dnata, pressentie pour opérer les enregistrements de la compagnie, explique aussi se trouver dans l’expectative. «Il y a eu des discussions avec Air France, comme avec plusieurs compagnies qui nous ont beaucoup sollicités depuis le début de la crise, expose Yohan Protais, Head of Operations. À l’heure actuelle, aucune décision n’a été prise.»

«Licenciements à la hussarde»

Officiant à l’aéroport comme secrétaire syndical pour le SSP, Jamshid Pouranpir n’est pas en mesure de confirmer la nouvelle, mais la juge «malheureusement parfaitement crédible» vu les informations qui lui sont parvenues jusqu’alors. Il juge aussi «tout à fait possible» que Dnata reprenne l’enregistrement de la compagnie, «vu qu’elle opère déjà l’assistance au sol pour le groupe Air France-KLM».

Attendant des décisions officielles pour formuler des revendications précises, il indique que «de manière générale, on est compréhensif par rapport à la situation économique catastrophique» des acteurs opérant dans le domaine du transport aérien. «Mais nous serions aussi catastrophés par des licenciements à la hussarde, alors qu’il existe des RHT et les aides publiques, soit des mesures qui ne coûtent rien à l’employeur. Dans ce cadre, un licenciement pourrait être considéré comme abusif.» Il estime par ailleurs qu’une «reprise des employés licenciés par Dnata, avec des conditions équivalentes, me paraîtrait correct.»

La compagnie confirme

La compagnie aérienne a précisé sa position jeudi en cours de journée. Le directeur des ventes d’Air France-KLM Suisse, Eudes-Philippe Le Guelinel, a ainsi confirmé le projet de sous-traitance de l’enregistrement. «Dans le contexte actuel de la crise du COVID-19, Air France doit réduire ses coûts et mettre en œuvre des plans de restructuration destinés à renforcer sa compétitivité et à revoir le dimensionnement de ses effectifs par rapport au niveau d’activité. L’externalisation des fonctions d’assistance en escale à l’aéroport de Genève s’inscrit dans cette démarche. D’autres activités au sein de l’escale, comme la gestion du salon, continueront d’être assurées par du personnel Air France. Air France est contact avec les représentants des salariés, qui ont été informés de ce projet. Air France mettra tout en œuvre pour assister chaque salarié concerné par cette réorganisation.»

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