New York - Al Kim, un ambulancier dans les ruines des tours jumelles
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New YorkAl Kim, un ambulancier dans les ruines des tours jumelles

Al Kim a échappé d’un cheveu à la mort lors des attentats du World Trade Center, à New York, il y a presque 20 ans. Il sait bien à quel point la vie est fugace…

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«Je ne pouvais plus respirer, tant il y avait de fumée dans l’air» juste après que la tour sud se fut effondrée, se souvient Al Kim.

«Je ne pouvais plus respirer, tant il y avait de fumée dans l’air» juste après que la tour sud se fut effondrée, se souvient Al Kim.

AFP
Presque 20 ans après les attentats, Al Kim a pour la première fois visité le Mémorial aux attentats du 11-Septembre, tout proche du lieu où il a failli mourir.

Presque 20 ans après les attentats, Al Kim a pour la première fois visité le Mémorial aux attentats du 11-Septembre, tout proche du lieu où il a failli mourir.

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Le 11 septembre 2001, Al Kim restera sur les lieux de la tragédie jusqu’au soir, pour y retourner le lendemain et plusieurs jours de suite.

Le 11 septembre 2001, Al Kim restera sur les lieux de la tragédie jusqu’au soir, pour y retourner le lendemain et plusieurs jours de suite.

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Le 11 septembre 2001, à New York, Al Kim, ambulancier âgé alors de 37 ans, employé des MetroCare Ambulances, à Brooklyn, est dépêché sur le site des tours jumelles, au sud de Manhattan, que deux avions de ligne détournés par des djihadistes viennent de percuter.

Il doit évacuer les blessés vers l’hôtel Marriott, situé entre les tours. Alors qu’il s’apprête à prendre en charge de premières victimes, il entend comme un train lancé à toute vitesse. Instinctivement, il se jette sous une camionnette garée à proximité, sous un pont piétonnier. Il est 9h59, la tour sud s’effondre. «Je ne pouvais pas croire que j’allais mourir comme ça», dit-il.

«Je ne pouvais plus respirer»

«Je ne pouvais plus respirer, tant il y avait de fumée dans l’air», se souvient-il pour l’AFP, en visitant pour la première fois, presque 20 ans après, le Mémorial aux attentats du 11-Septembre, tout proche du lieu où il a failli mourir. «Je ne voyais même pas mes mains, devant mes yeux.»

«Je ne voyais même pas mes mains, devant mes yeux.»

Al Kim

Le souffle de chaleur provoqué par l’effondrement de la tour lui brûle les narines, le sourcil gauche. Son corps tout entier se couvre d’une épaisse couche de cendres. Dans une obscurité totale, il retrouve des collègues, ils se mettent à marcher au milieu des décombres, des flammes et des appels à l’aide.

Pompier sauvé dans les gravats

«Pendant que nous marchions vers la lumière, les alarmes retentissaient partout autour de nous», dit-il. Les alarmes individuelles de pompiers pris dans les décombres, qui se déclenchent automatiquement lorsqu’ils restent inertes un certain temps.

Ils entendent des cris: un pompier coincé dans les gravats, le visage couvert de cendres. Il s’appelle Kevin Shea et a une triple fracture au cou. Al Kim et ses collègues ont juste le temps de le tirer de là pour le mettre à l’abri lorsque la tour nord s’effondre elle aussi. Kevin Shea sera le seul survivant de sa brigade de douze pompiers.

Après cet épisode, les souvenirs d’Al sont flous. «Je pensais que c’était la fin de notre petit monde. Tout, autour de moi, était un champ de ruines. Pour moi, la ville entière était comme ça et peut-être au-delà.» Il restera sur les lieux jusqu’au soir, pour y retourner le lendemain et plusieurs jours de suite.

Toute sa vie était dans sa camionnette

Il reconnaît avoir vécu pendant près de deux ans dans «un état d’alerte constant», gardant des réserves d’eau, des masques à gaz et de la nourriture pour deux semaines dans sa voiture. «J’étais paré» pour d’autres attaques, dit-il. «Ma famille me traitait de tortue, car j’allais partout avec ma camionnette, avec toute ma vie dedans. On parlait beaucoup aux informations d’attaques au gaz, qu’ils allaient lancer du sarin dans les tunnels»

Avec le temps, il a surmonté son anxiété. Mais les émotions restent. «Les New-Yorkais ont été vraiment forts et résilients. Ils n’ont pas fui la ville. Ils ont tenu, j’ai tenu», dit avec fierté celui qui est, aujourd’hui, directeur exécutif des services d’urgence médicale de Westchester, dans la banlieue new-yorkaise.

«La vie est précieuse et fragile»

Jamais, dit-il, il ne s’est senti aussi «patriote» que dans les jours qui suivirent les attentats. Tout comme «ces élans de soutien pour New York, je n’avais jamais vu ça et aujourd’hui encore, je n’ai jamais rien vu de pareil». La tragédie lui a fait mesurer «combien la vie est précieuse et fragile.»

«Les New-Yorkais ont été vraiment forts et résilients. Ils n’ont pas fui la ville. Ils ont tenu, j’ai tenu.»

Al Kim

La récente pandémie «a renforcé ce sentiment de fugacité des choses. Il y a des choses difficiles dans notre métier, sur les plans professionnel et personnel, et elles sont importantes, mais quand tu penses à ces moments plus graves, tu remets les choses en perspective. Je porte ces moments avec moi, de façon positive», dit-il.

Il a embrassé le pilier du pont

Il y a trois ans, en courant un demi-marathon à New York avec sa femme, il est passé à côté du pilier du pont piétonnier qui lui a sauvé la vie. Pour une fois qu’il n’y avait pas de circulation, il est allé l’embrasser. Puis a repris sa course.

(AFP)

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