Actualisé 21.03.2017 à 10:07

Voile – Vendée GlobeAlan Roura bluffait plus qu'il ne l'admettait

La Genevois, devenu en février dernier le plus jeune marin à terminer le Vendée Globe (à 23 ans) admet avoir fait beaucoup d'intox sur l'état de son bateau.

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Avant-même le départ, le Genevois a mené ses adversaires en bateau.

Avant-même le départ, le Genevois a mené ses adversaires en bateau.

Keystone/Laurent Gillieron

Alan Roura était peut-être le benjamin du tour du monde à la voile, sans escale et sans assistance, mais il s'est comporté en vieux loup de mer pour mieux cacher son jeu. Voici un mois, le skipper de La Fabrique, aujourd'hui âgé de 24 ans (fêtés le 26 février dernier), franchissait la ligne d'arrivée de son premier Vendée Globe en 12e position, à bord d'un monocoque construit en 2000, soit l'un des plus vieux de la flotte. Un petit exploit qui doit beaucoup au talent, à la détermination et à l'expérience de la mer – le Genevois y a passé une grande partie de sa jeunesse – et aussi… à sa capacité à brouiller les cartes.

Dans sa dernière newsletter, expédiée lundi après-midi, Roura explique qu'il a caché plusieurs aspects de sa course à ses adversaires et au grand public, se faisant parfois passer pour un peu plus naïf qu'il ne l'était en réalité. Le citoyen de Versoix avait déjà avoué faire un peu d'intox au cours de son périple, mais la plupart des observateurs étaient sans doute très loin de se douter de certaines de ses manigances. Tout avait déjà commencé avant le départ, lorsqu'il avait fait croire qu'il était en retard dans sa préparation en raison des modestes moyens de son projet. «Finalement le bateau était prêt», avoue le skipper. «Ma préparation a été certes courte mais très intense. Je pense qu'en onze mois, ma petite équipe, qui ne comptait pas ses heures, a réalisé le travail de deux années 'normales'. (…) J'étais donc serein et confiant sur la fiabilité de mon bateau. Au final, c'était plus en moi que je n'avais pas confiance…»

Multiplication de petits dégâts

Une fois lancé dans sa circumnavigation, Alan Roura a également connu certains ennuis techniques, comme la perte d'un safran le 2 janvier dernier, à la suite d'un choc avec un objet flottant, qui avait causé une inquiétante voie d'eau. Un incident à propos duquel il s'est déjà beaucoup exprimé. Mais le jeune marin a également dissimulé d'autres avaries qui auraient pu mettre un terme à son aventure. «J'en ai caché quelques-unes, oui. On m'aurait sûrement dit de m'arrêter sinon!», rit-il. «J'avais besoin qu'on pense que tout allait bien, pour que mon équipe continue de me booster et soit encore plus fière de moi à l'arrivée en apprenant mes galères. Et aussi pour que mes concurrents proches ne me pensent pas affaibli. Alors qu'au final, comme je leur collais au cul, c'était mieux qu'ils sachent qu'en plus mon bateau n'était pas à 100% de son potentiel!»

Dans son compte-rendu, Roura dresse une petite liste des «pépins» qui l'ont pénalisé durant l'épreuve: «J'ai aussi fait tout le début de course avec mon pilote automatique en mode compas, avec un temps de réaction très lent, ce qui me faisait faire pas mal de zigzags. Sinon, ma dérive centrale a pris du jeu, le bateau ne tenait donc plus très bien sa trajectoire au près, il marchait un peu en crabe. Mon mât aussi a pris du jeu au niveau de sa rotation. Ce n'était pas très bon pour le gréement, alors j'y suis allé un peu plus cool. Sur mon safran tribord aussi j'y allais mollo, dans les jours qui ont suivi ma réparation. Je n'étais pas sûr à 100% que ça tienne, mais à la fin, je tirais plus sur celui-là que sur mon bâbord. Et mon winch de mât… Ce sont les fixations du support qui ont lâché. Chaque manœuvre me prenait alors le double de temps (…). Mais au final, ça l'a fait! Ce ne serait pas un Vendée Globe sinon!»

Une fissure à mi-mât

Les confidences d'Alan Roura ne s'arrêtent pas en si bon chemin. «Ma plus grosse cachoterie concerne mon mât. Au niveau des Iles Kerguelen, un boîtier l'a percuté en plein milieu. Ça a fait un trou qui l'a légèrement fissuré sur son profil bâbord. J'ai pris le risque de continuer en réduisant la toile les 48 premières heures, dans une énorme dépression. Ça a tenu sans problème. Et ensuite, j'ai oublié… Solide mon mât! Mais le but premier de ce premier Vendée Globe était de terminer. C'est pourquoi j'ai parfois eu une attitude conservatrice: je pouvais par moments me contenter d'aller à 15 noeuds quand j'aurais pu être à 22. Mais cette prudence est pour moi une force, car sur un tour du monde, on ne peut pas être tout le temps à 100%, sous peine de tout péter. Les Armel (ndlr: Le Cléac'h, vainqueur du Vendée Globe) et compagnie s'arracheraient sûrement les cheveux en lisant ça», se marre-t-il. «Mais c'est sûrement là où je peux encore progresser (…). Je dois incorporer encore davantage de «coureur» dans mon moule de marin. Je peux aussi progresser en termes d'analyse météo et de stratégie : je suis parti à 40% de connaissances, je suis rentré à 80%.»

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