Actualisé 05.08.2016 à 07:10

Genève / Annecy (F)Alerte à Cointrin: pourquoi la France a tardé à agir

Appel suspect à mardi 21h, perquisition mercredi à 10h30. Ce laps de temps a étonné. Le procureur d'Annecy l'explique.

par
Jérôme Faas
Mercredi 27au matin, seules deux entrées de l'aéroport avaient été ouvertes. Tous les passagers ont été contrôlés par les forces de l'ordre.

Mercredi 27au matin, seules deux entrées de l'aéroport avaient été ouvertes. Tous les passagers ont été contrôlés par les forces de l'ordre.

photo: Keystone/Martial Trezzini

La question taraude certains policiers genevois. Pourquoi, dans l'affaire de l'alerte à la bombe à l'aéroport de Cointrin, les forces de l'ordre françaises n'ont-elles perquisitionné que mercredi 27 vers 10h30 du matin le lieu d'où avait été émis l'inquiétant appel mardi soir? «Le numéro a été identifié en toute fin de soirée, observe une source sécuritaire. Or, sur le terrain, il ne s'est rien passé avant 7h30. La police genevoise avait pourtant demandé au Parquet cantonal de faire envoyer des gens sur place en urgence: les premiers avions décollent vers 6h du matin.»

C'est finalement le préfet de Haute-Savoie qui, à l'aube, décidera de lancer une perquisition administrative qu'autorise l'état d'urgence, reconduit après l'attentat de Nice. La justice hexagonale avait-elle refusé de donner suite à la demande d'entraide judiciaire suisse? Le processus collaboratif transfrontalier s'était-il grippé? Absolument pas, semble-t-il. Tant le Ministère public genevois que le procureur de la République d'Annecy, Eric Maillaud, soulignent, dans cette affaire, l'excellente collaboration entre les deux pays.

Europol et Interpol

Quand le numéro est identifié, peu avant minuit, la procureure genevoise de permanence Marine Wyssenbach contacte Europol à Berne. Europol Paris et Interpol entrent très vite dans le jeu. Les polices des deux pays «collaborent très bien», dit le Parquet genevois. Pour couvrir formellement cette coopération de fait, une commission rogatoire est faxée à la Cour d'appel de Chambéry. La balle est alors dans le camp des forces de l'ordre hexagonales.

«Un informateur, pas un criminel»

Alors que les polices des deux pays sont en contact régulier, Eric Maillaud, lui aussi de permanence cette nuit-là, n'a pas encore connaissance des événements. Il explique cependant que même s'il avait été averti, il n'aurait pu agir. «Vous avez une dame qui explique que le lendemain, une personne porteuse d'une bombe se rendra à Cointrin. Ce faisant, elle ne commet pas d'infraction. Au téléphone, on a un potentiel informateur, pas un criminel. Cela change le cadre juridique. Pour aller à l'adresse, il faut une base légale. Une perquisition judiciaire n'est pas possible, sauf à violer la loi.» La seule voie est donc la perquisition administrative.

«Comme profil de terroriste, c'est modeste»

A cette fin, «le préfet a été averti par les forces de l'ordre (ndlr: françaises) vers 2h du matin, relate le magistrat. Il me met au courant à 4h30. Il n'a pas vraiment l'impression qu'il s'agit d'un terroriste. Le numéro, trouvable dans les pages blanches, est celui d'un appartement. A priori, il s'agit de quelqu'un qui appelle depuis chez lui. On a le sentiment que, comme profil de terroriste, c'est modeste. J'appelle à 5h le Parquet anti-terroriste de Paris. Ce dernier m'explique avoir très souvent à traiter des appels de ce type. Nous nous sommes concertés à nouveau avec la Préfecture, et sommes tombés d'accord: la seule voie praticable était la perquisition administrative.»

Agents rapatriés depuis Lyon

Son organisation «a pris un peu de temps». En période estivale à Annecy, les agents ne sont pas légion. Or, «une telle opération ne se mène pas à deux, les mains dans les poches. Et nous gérons tant d'alertes en ce moment! Il a fallu rapatrier du personnel de Lyon. Peut-être aurait-on pu gagner deux heures, mais pas plus.»

Exercice grandeur nature

Pour Eric Maillaud, Genève a fait tout juste mardi 26 juillet. «L'aéroport a réagi au quart de tour. Dès 22h, il était vide. Seules deux portes ont été ouvertes à 6h le lendemain matin. On ne pouvait faire mieux. C'est rassurant. Le canton a joui d'une exercice grandeur nature.» Il assure qu'il n'y a «aucun point de friction» entre les parquets de Genève et de Haute-Savoie. Le temps d'intervention n'aurait rien à voir avec les tensions politiques autour de la collaboration transfrontalière (poursuites et fichier TAJ).

Une épouse jalouse

Mardi 26 juillet au soir, les douanes suisses ont reçu un appel indiquant que le lendemain, une femme viendrait à l'aéroport avec deux enfants et une bombe. Un dispositif de contrôle sans précédent a très vite été mis sur pied à Cointrin. La police a interpellé mercredi à son domicile d'Annecy l'auteure du coup de fil. Elle avait tout inventé pour contrarier le départ en vacances de la supposée maîtresse de son mari. La justice française lui a infligé 6 mois de prison, dont 3 ferme.

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