Colombie: Alvaro Uribe s'incline
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ColombieAlvaro Uribe s'incline

Le président colombien a déclaré vendredi soir qu'il respecterait la décision de la Cour constitutionnelle de lui interdire d'organiser un référendum pour avoir le droit de briguer un troisième mandat consécutif.

La Cour a déclaré par sept voix contre deux que la loi adoptée par le Congrès pour consulter les Colombiens sur un troisième mandat était inconstitutionnelle et représentait «une grave violation des principes démocratiques tels que la transparence et les droits des électeurs». Cet arrêt est sans appel.

«Je prends acte et je respecte la décision de l'honorable Cour constitutionnelle», a déclaré Alvaro Uribe. «Je n'ai qu'un désir: le désir de pouvoir servir la Colombie de quelque côté que ce soit, quelles que soient les circonstances, et jusqu'au dernier jour de ma vie», a-t-il ajouté dans une allocation diffusée en direct à la télévision. «Le seul sentiment que je nourrisse est le sentiment d'amour pour la Colombie. Je souhaite que dans les années de vie qui me restent je puisse ressentir encore plus d'amour pour la Colombie.»

Agé de 57 ans, le président conservateur, allié des Etats-Unis dans une région largement à gauche, a tiré une immense popularité de ses succès contre la rébellion d'inspiration marxiste des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), mais les défenseurs des droits de l'Homme lui reprochent de s'être allié à des hommes politiques qui ont étroitement collaboré avec des escadrons de la mort d'extrême droite.

Elu en 2002, Alvaro Uribe a fait amender la Constitution en 2003 pour se présenter et l'emporter à nouveau en 2006. Mais cette fois la Cour constitutionnelle met un coup d'arrêt à sa carrière présidentielle. Le chef de l'Etat n'avait pas clairement dit s'il comptait demander un troisième mandat en cas de «oui» au référendum, se déclarant seulement préoccupé pour l'avenir de sa politique de «sécurité démocratique», qui a fortement réduit le taux d'enlèvements et de meurtre dans le pays.

Le mandat de M. Uribe s'achève au 7 août, et l'élection présidentielle doit avoir lieu le 30 mai.

Des voix influentes, allant de grands patrons au président de la Banque interaméricaine de développement, Luis Alberto Moreno, s'étaient élevées contre la perspective d'un troisième mandat pour le président Uribe, au nom de la stabilité démocratique. Même le gouvernement américain, et notamment le président Barack Obama, a laissé entendre qu'il serait temps qu'il passe la main.

Washington aurait difficilement pu cautionner le maintien au pouvoir du président colombien tout en critiquant la même manoeuvre chez leur ennemi déclaré, le Vénézuélien Hugo Chavez.

Le gouvernement colombien a été très critiqué fin 2008 par les Nations unies et les défenseurs des droits de l'Homme après la révélation de centaines de meurtres de civils commis par des soldats qui avaient déguisé leurs victimes en rebelles des FARC.

Quant à la cote de popularité du président Uribe, perchée dans les 70% depuis son arrivée au pouvoir, elle a fortement baissé ces derniers mois en raison des réticences à un troisième mandat. (ap)

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