Actualisé 05.07.2019 à 14:32

Genève

Ambiance délétère et déni au Grand-Saconnex

La Cour des comptes a épinglé la gestion des ressources humaines a sein de l'administration de la commune genevoise.

de
Maria Pineiro
François Paychere, magistrat titulaire de la Cour des comptes. Archive.

François Paychere, magistrat titulaire de la Cour des comptes. Archive.

Keystone/Martial Trezzini

Manifestement, il ne fait pas bon travailler pour la mairie du Grand-Saconnex, surtout si son bureau est sur le site historique de l'administration. C'est le constat accablant livré vendredi par la Cour des comptes (Cdc) de Genève qui a rendu un rapport sévère.

Les magistrats ont questionné de nombreux employés communaux lors d'entretiens et via un formulaire après que la moitié des conseillers municipaux aient tiré la sonnette d'alarme. L'enquête de la Cour a fait ressortir un malaise important et des situations de souffrance dans le cadre du travail pouvant aller jusqu'à «la détresse». Un état de fait manifestement ignoré par l'autorité politique, «dans le déni», a affirmé François Paychère, magistrat à la Cdc.

La Cour relève qu'un« nombre anormalement élevé d'employés a souhaité témoigner» et «nombreux ont été ceux qui ont voulu être entendus hors des locaux de la mairie». 48% des personnes questionnées via un formulaire ont témoigné de comportements inappropriés dans le cadre des relations de travail. Le manque de bienveillance dans les relations professionnelles ou certains propos sexistes sont pointés du doigt. Rien de pénal à la connaissance de la Cour des comptes. François Paychère n'a pas voulu qualifier la gestion de malveillante, tout en reconnaissant qu'elle n'était «pas empreinte de bienveillance». Au Grand-Saconnex, il vaut mieux ne pas faire d'erreur dans son travail. Les problèmes sont poussés jusqu'à leur paroxysme plutôt que de tenter de trouver des solutions.

Secrétaire général pointé du doigt

L'attitude du secrétaire général de la commune a été épinglée par 35% des répondants. Sa relation avec une cheffe de service, bien qu'annoncée à l'Exécutif pose également problème à un certain nombre de subordonnés qui indiquent ne plus oser émettre de critiques.

Le mise en place d'une hotline et la création d'une commission du personnel qui a tenu à peine deux ans n'y ont rien fait. Pire: face à cette ambiance de travail délétère, tant la hiérarchie que le Conseil administratif semblent faire la sourde oreille. Les sondés indiquent ne pas savoir à qui adresser leurs plaintes et jugent qu'elles ne sont pas suivies d'améliorations. L'attitude de l'Exécutif est également critiquée par la Cour des comptes s'agissant de la prise en compte des remarques. D'après François Paychère, «il n'y a pas eu de prise de conscience des problèmes au sein de l'administration. Une forme de déni et le rejet en bloc des critiques de la part du Conseil administratif».

Rapport transmis à l'inspection du travail

A cela s'ajoutent des problèmes plus formels de pure gestion des ressources humaines, notamment sur le suivi de la fin des rapports de travail ou les cahiers de charges des collaborateurs.

La commune, bien que réticente de bout en bout, a pris note des douze recommandations de la Cour et entend les mettre en oeuvre d'ici 2020. Avant cela, un responsable des ressources humaines a été engagé par la mairie afin de gérer les quelque 90 employés de cette commune qui abrite 12'000 personnes. La situation a été jugée suffisamment grave par la Cour des comptes pour qu'elle transmette son rapport à l'Office de l'inspection et des relations du travail.

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