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Droits humains en SuisseAmnesty s'inquiète d'un climat hostile

Amnesty International appelle les partis politiques suisses à renoncer aux propos racistes, durant la campagne électorale.

La section suisse d'Amnesty International déplore la montée d'un climat xénophobe et hostile aux droits humains dans le pays. Les 200 membres réunis en assemblée générale à Soleure samedi et dimanche ont aussi lancé les festivités des 50 ans de l'organisation.

Amnesty International lance un appel à «tous les partis et tous les politiciens à abandonner tout discours xénophobe et discriminatoire lors des campagnes électorales à venir». Une telle orientation caractérise de plus en plus l'agenda politique suisse, alors que les fédérales approchent, s'est inquiétée l'organisation dimanche.

«Par l'interdiction des minarets et l'initiative sur le renvoi, des dispositions discriminatoires ont même été inclues dans notre Constitution». De cette manière, la démocratie s'est opposée aux droits humains «alors que ce sont justement ces droits qui garantissent notre liberté», a souligné Manon Schick, directrice générale de la section suisse d'Amnesty.

Accueillir les réfugiés libyens

Suite au printemps arabe, il faut que la Suisse accorde «une protection temporaire aux réfugiés de guerre libyens», a exigé Mme Schick. Amnesty a lancé un appel dans ce sens au Conseil fédéral. L'organisation demande aussi au gouvernement de «soutenir activement les processus de démocratisation en cours en Afrique du Nord et au Moyen-Orient».

Au-delà des événements actuels, il est nécessaire que la Suisse «remette en question de manière fondamentale ses relations économiques avec les régimes autoritaires», réclame Amnesty. Il s'agit notamment de «renoncer à livrer des armes à des gouvernements qui, tôt ou tard, les utiliseront contre leur propre population».

50 ans d'existence

Par ailleurs, l'assemblée générale a permis de lancer une année de jubilé pour célébrer les 50 ans d'Amnesty le 28 mai prochain. En 1961, un avocat britannique, Peter Benenson, lançait un appel en faveur de plusieurs prisonniers d'opinion. Aujourd'hui, Amnesty compte trois millions de militants, dont 50'000 en Suisse, qui s'engagent pour les droits humains.

«L'indignation et l'espoir de changement d'un homme se révèlent capables d'en pousser d'autres à l'action jusqu'à ce que ces voix deviennent trop fortes pour être ignorées». Par ces mots, le secrétaire général de l'organisation Salil Shetty a rendu hommage à l'action fondatrice de Peter Benenson.

M. Shetty a aussi relevé quelques-unes des réussites du demi- siècle écoulé, parmi lesquelles la libération de l'activiste birmane Aung San Suu Kyi. Une libération «qui ne serait jamais arrivée sans les milliers de lettres écrites par nos membres et la pression internationale».

Le spectre du populisme

Faisant écho aux propos de Mme Schick concernant la Suisse, Salil Shetty a déploré samedi la montée du populisme dans les pays développés. «En Amérique du Nord et en Europe de l'ouest, des gouvernements populistes, souvent orientés à droite, utilisent la récession et le risque sécuritaire comme de puissants outils pour rabaisser le niveau des droits humains».

«Même les partis centristes et de gauche sont dès lors contraints de relativiser leur position sur la migration pour être seulement entendus et ne pas perdre les élections», a ajouté M. Shetty. (ap)

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