ZURICH: Anatole Taubman, le Suisse qui donne du fil à retordre à 007
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ZURICHAnatole Taubman, le Suisse qui donne du fil à retordre à 007

L'acteur suisse Anatole Taubman interprète le personnage d'Elvis, cousin de l'ennemi de Bond dans «Quantum of Solace». Rencontre.

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Propos recueillis par Winnie Covo

– Où étiez-vous avant «James Bond»?

– J'ai fini mes études d'art dramatique aux Etats-Unis et je suis allé en Angleterre, en Allemagne, en Suisse, puis en France. C'est une grande chance de fonctionner dans différentes langues, dans différents pays européens. Ce qui est aussi très intéressant, c'est que chaque pays a sa mentalité, sa façon à lui de raconter des histoires et une perception différente de qui je suis. Dans les films américains, par exemple, j'ai toujours joué les antagonistes, les méchants. En France, je joue des figures plus positives, et en Suisse des comédies. Toutes les choses me sont arrivées à un niveau paneuropéen.

– Comment avez-vous rejoint le casting de «Quantum of Solace»?

– J'ai un agent en Angleterre depuis très longtemps et je suis connu là-bas pour interpréter les rôles d'étranger.J'ai fait le casting à mi-octobre 2007 et à fin novembre on m'a offert le rôle. J'ai d'abord lu le scénario. Je travaillais alors sur la série «The Tudors», et je commençais un autre projet en allemand. Mais quand j'ai lu mon personnage, Elvis, et après avoir rencontré Marc Forster, je savais qu'on ferait d'Elvis un très bon personnage. C'est d'ailleurs plus fascinant de jouer ce genre de rôle, en retrait mais très coloré. De créer un caractère qui fera encore plus briller le personnage de Mathieu Amalric (mon cousin dans le film). Au fur et à mesure, son rôle évolue, il devient presque une figure comique.

– Prénom original, Elvis…

– Je n'ai jamais osé le questionner. Je me suis dit que si je le remettais en question, je le perdrais, alors que j'en suis fan! Elvis, c'est un nom trop cool.

– Comment est-il?

– C'est quelqu'un qui se prend trop au sérieux. Il est narcissique et trop centré sur lui-même, à tel point qu'il finit par rater l'essentiel. Elvis n'a pas l'habitude de vivre au même niveau que son cousin, pour lequel il serait d'ailleurs prêt à mourir. C'est un fashionista, un personnage asexué qui doit passer un bon moment à se regarder dans le miroir avant de sortir de chez lui. Il est un peu dingue aussi, et cette folie le rend dangereux.

– Réalisez-vous qu'après la sortie du film, tout le monde va commencer à vous reconnaître?

– C'est ce qui est bien avec Elvis. La manière dont le personnage a été imaginé, avec sa perruque etc., les gens auront peut-être des doutes en me voyant, et c'est une chance. Pour rien au monde je n'échangerais ce privilège avec Daniel Craig. Pour lui c'est un grand chambardement dans sa vie privée.

– Que pensez-vous du résultat final du film?

– Très rapide, très brutal, authentique, moderne. Les sujets abordés (la climatisation, les ressources etc.) sont actuels. Je trouve qu'il y a un bon mélange entre film d'action héroïque et la quête de James Bond: retrouver les gens qui ont tué sa femme. Pour faire un bon «James Bond», le film doit remplir certaines conditions et celui-ci est très réussi. C'est assez incroyable, c'est un festival de sens, sans pour autant perdre les personnages et l'intrigue.

– Et Daniel Craig, qu'avez-vous pensé quand il a été choisi?

– Je n'ai jamais vu un problème dans ce choix. Je connaissais son travail d'avant, et c'est un immense acteur. Il est formidable. Il représente pour moi un vrai mousquetaire. Il a des valeurs morales uniques, il est talentueux, discipliné, toujours modeste et sait d'où il vient. C'est quelqu'un qui a un grand cœur, et cela avec tout le monde, même avec le type qui porte les câbles sur le plateau.

– Sur le tournage, ça se passait comment avec lui?

– Le tournage a duré 100 jours, et Daniel en a travaillé 101. A la fin de la journée, Mathieu et moi buvions du vin, mangions, bavardions, alors que lui répétait inlassablement, allait au fitness, se couchait tôt. Il n'a pas eu le temps de sortir avec nous et s'en excusait très poliment. Mais tout cela est normal, dans la même situation, j'aurais été comme lui. Il faut rester focus, avec le moins de distractions possible.

– Y avait-il un lien particulier entre Marc Forster et vous, du fait de vos origines suisses communes?

– Nous sommes devenus très amis. Le jour de mon grand rendez-vous, on m'a dit: «Anatole, tu vas rencontrer huit personnes», ce qui est un peu impressionnant. Quand je suis rentré dans la salle, Marc s'est levé et m'a dit en suisse alémanique: «Salut Anatole, ravi de faire ta connaissance.» C'était génial, et depuis ça a créé un lien spécial entre nous qui est très précieux. Pendant les journées de tournage, nous avions notre petit coin de tranquillité à nous où nous pouvions nous échapper ensemble. Nous avons un peu les mêmes «stations» dans nos vies et partageons la même perception de la carrière, sachant qu'il faut y aller pas à pas et ne pas prendre l'ascenseur. Encore maintenant nous avons beaucoup de contacts et toujours en suisse alémanique!

– Quel est votre interprète de James Bond préféré?

– Sean Connery, il est intouchable! Et en ayant vu le travail de Daniel, il est pour moi le premier qui puisse vraiment prétendre le remplacer. Pierce Brosnan était bien mais trop cool, quant à Roger Moore, rien d'exceptionnel.

– Le meilleur épisode?

– «A View to a Kill» avec Grace Jones et Christopher Walken.

– Votre James Bond girl préférée?

– Sophie Marceau. La seule lettre d'amour que j'ai écrite et à laquelle on ne m'ait jamais répondu lui était adressée!

– La plus belle voiture?

– Je ne suis pas un grand fan des voitures. Pour moi, elles doivent aller d'un point A à un point B. Les gadgets, tout ça, ne m'intéressent pas. Mais disons qu'une Aston Martin, c'est très bien…

– Que pensez-vous de la musique de «Quantum of Solace»?

– J'ai été très surpris en l'entendant, mais elle va très bien avec le film. J'aurais aimé quelque chose de plus Alicia Keys et au final, c'est plus près de Jack White.

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