Actualisé 27.10.2019 à 13:42

GenèveAncien soldat, il a tenté de s'immoler par désespoir

Le Kurde de 31 ans qui s'est aspergé d'essence devant l'ONU mercredi dernier était un ancien combattant des Unités de protection du peuple (YPG).

par
Sarah Zeines
Le geste d'Ali pourrait avoir été motivé par le désespoir et la frustration.

Le geste d'Ali pourrait avoir été motivé par le désespoir et la frustration.

DR

Son corps brûlé à 80% est le dénouement d'une lutte vieille de plusieurs années. Ali, le Kurde de 31 ans qui a voulu s'immoler mercredi dernier devant l'ONU, est un ancien soldat et père de deux jeunes enfants, a révélé Rudaw, un média du Kurdistan irakien. «Nous sommes beaucoup à lui rendre visite au CHUV, confie son ami Aziz Kalo, Kurde syrien qui vit à Genève depuis 2012. S'il est tiré d'affaire, nous ne savons pas comment son état va évoluer. Ses médecins vont faire le point avec lui d'ici deux semaines.»

Parcours du combattant

L'histoire d'Ali, résident allemand, est celle de nombreux jeunes Kurdes venus de Syrie. Il y a trois ans, il combattait contre l'Etat Islamique, mitrailleuse en main, aux côtés des Unités de protection du peuple (YPG). Ces dernières sont considérées par le régime turc comme étant une continuation du PKK, groupement terroriste. Cela a mené à un conflit sanglant dans les régions à majorité kurde du nord de la Syrie, ces derniers mois. «Ali participait à toutes les batailles qui avaient lieu dans notre province, tonne Adeel, son oncle, depuis sa ville d'Hasaka, au nord-est de la Syrie. Que la communauté internationale vienne voir dans nos hôpitaux comment nos enfants ont été brûlés aux armes chimiques.» Et la soeur d'Ali, Mahbouba, de renchérir: «Nous voulons nos droits, un pays, que nos jeunes ne deviennent plus des martyrs et que nos enfants ne soient plus tués.» La famille ajoute qu'Ali avait pris contact avec elle juste avant de commettre son tragique acte. Il faisait une grève de la faim depuis une dizaine de jours et souhaitait retourner au front le plus rapidement possible.

Première immolation en 20 ans

Selon Ihsan Kurt, spécialiste de la Turquie et de la diaspora kurde de Suisse, ce retour tant souhaité au pays aurait été quasiment impossible. «Les Kurdes possédant des passeports de réfugiés européens sont systématiquement arrêtés lorsqu'ils passent la douane en Turquie, explique l'expert. Beaucoup de migrants syriens ont envie de retourner combattre, mais se retrouvent bloqués ici. Cela crée un sentiment d'impuissance.» L'immolation, un geste historique dans ce conflit, serait donc un acte désespéré et de frustration. «Cette triste tradition existe dans le mouvement kurde depuis les années 1990, souligne le sociologue. J'ai par ailleurs croisé hier un Kurde domicilié à Schaffhouse, qui s'était immolé pour les mêmes raisons en 1999. Le sentiment d'impuissance face à l'oppression qui règne dans les territoires kurdes conduit à ce type de geste. Cela dit, il s'agit de la première immolation en 20 ans, à ma connaissance.»

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