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Ancrer dans la loi un minimum pour les allocations familiales?

Faut-il garantir à tous les salariés une allocation par enfant de 200 fr. par mois
au moins jusqu'à 16 ans, et de 250 fr. pour les jeunes en formation jusqu'à 25 ans?

La gauche et le PDC soutiennent ce «compromis», les patrons jugent cette loi «inutile et coûteuse». Les Suisses se prononceront le 29 novembre.

POUR: Géraldine Savary, conseillère nationale (VD/PS)

«Les pampers coûtent la même chose, que l'on travaille en Valais ou dans le canton de Vaud.»

(keystone)

Quel est l'enjeu de la votation pour le comité que vous représentez?

C'est de fixer dans la loi fédérale le principe «un enfant, une allocation», pour toute la Suisse et quel que soit le temps de travail du parent. Jusqu'à présent, les personnes qui ne travaillent pas à 100% ne reçoivent qu'une allocation partielle. Cela handicape celles qui en ont le plus besoin, les mères de familles monoparentales, qui travaillent souvent à temps partiel. Actuellement la Suisse compte 26 systèmes d'allocations différents. Pourtant les pampers coûtent la même chose, que l'on travaille en Valais ou dans le canton de Vaud.

Qu'est-ce qui changera dans le quotidien des familles?

Elles pourront réinvestir l'argent ainsi économisé dans la consommation. Il faut que les ménages, qui sont les grands oubliés de la croissance, puissent aussi en profiter. On estime le coût d'un enfant jusqu'à 20 ans à 340 000 fr. Avec les allocations, les familles recevront 50 000 fr. Actuellement, 17 cantons ont des allocations inférieures à 200 fr. Six cantons sont à 200 fr. et trois, Fribourg, Valais et Zoug, à plus de 200 fr. Pour Vaud, par exemple, cela fera 40 fr. de plus par personne. Sur une année, ce n'est pas négligeable, surtout quand on voit à quel point le pouvoir d'achat des ménages a fondu.

Mais n'est-ce pas une charge supplémentaire pour les entreprises?

L'économie verra ses charges augmenter de 455 millions, mais sur une masse salariale globale de 250 milliards, c'est une part très faible. Les patrons peuvent supporter une augmentation des charges qui les ramèneraient au même niveau qu'il y a vingt-cinq ans: le nombre d'enfants a diminué et la masse salariale a augmenté. D'ailleurs tous les patrons ne s'y opposent pas. C'est un partenariat social qui fonctionne. Les structures existent, il ne reste que la base légale à approuver.

Pourquoi voter oui?

En Suisse, 250 000 enfants vivent au- dessous du seuil de pauvreté, 180 000 ne reçoivent pas d'allocation et 70 000 ne bénéficient que d'allocations partielles. Nous votons un premier pas indispensable, qui montre que les familles peuvent compter sur la Confédération. C'est un petit pas, mais un signal fort. Il permet d'envisager d'autres mesures de politique familiale, de type fiscal par exemple, comme une déduction forfaitaire par enfant. Mais il faut d'abord dire oui. Le Parlement a travaillé dur pour élaborer ce compromis, qui est dans l'intérêt général. Ceux qui s'y opposent ne défendent que des intérêts particuliers.

CONTRE: Françoise Saudan, conseillère aux Etats(PRD/GE)

«Cette loi ne touche pas le portemonnaie des gens, c'est une affaire purement idéologique.»

(keystone)

Pour les opposants, quel est l'enjeu de la votation?

C'est faire passer la moyenne suisse des allocations familiales de 196 fr. 50 à 200 fr. Mais c'est surtout un premier pas vers une nouvelle assurance sociale, avec un financement qui ne reposerait que sur les employeurs. Les allocations sont un complément de salaire et non une assurance sociale. Il faut être cohérent: si l'on veut changer de système, il faut le dire clairement et donner le choix au peuple. Cette loi ne prend pas non plus en compte le principe «un enfant, une allocation», car les indépendants ont fait pression pour en être exclus.

Selon la statistique, avoir des enfants est un facteur de pauvreté.

N'est-ce pas à la Confédération d'agir?

Non, la politique de proximité relève des cantons, y compris l'assistance sociale. La Confédération se limite aux grandes assurances sociales comme l'AI ou l'AVS. A l'origine, les allocations tiennent compte des particularismes locaux: elles sont plus élevées en Valais, car la moyenne des salaires y est inférieure au reste du pays. Avec ce projet, il n'y a pas d'harmonisation: aux 26 lois cantonales, on en ajoute une 27e, qui est fédérale.

N'y a-t-il pas lieu de faire un geste pour les familles ?

Bien sûr! Il faut s'inspirer de ce qui se passe dans les pays nordiques: les allocations y sont inférieures aux nôtres, mais ces pays ont instauré tout une série de mesures permettant de concilier vie professionnelle et vie familiale. Il s'agit notamment de l'horaire continu, d'incitations fiscales et de congés parentaux. La politique familiale est un ensemble.

Le financement de ces allocations pose-t-il un tel problème à l'économie ?

On peut se dire que, pris en tant que tel, ce n'est pas grand-chose, mais si l'on considère l'ensemble des charges sociales pour l'entreprise, il devient clair qu'il faut fixer des priorités. Avant de créer de nouvelles charges, il faut d'abord assainir l'assurance invalidité avec ses près de 9 milliards de dettes, et assurer le financement de l'AVS.

Pourquoi voter non ?

Cette loi ne touche pas le porte-monnaie des gens, c'est une affaire purement symbolique et idéologique. Lutter contre la pauvreté implique de voir les poches de pauvreté que sont les familles monoparentales ou étrangères. Ce sont elles qu'il faut vraiment cibler, à l'exemple de ce qui se fait à Genève, où les allocations de formation sont conditionnées au revenu.

Propos recueillis par Emmanuelle Robert

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