Manuel Zelaya: Angoisse à l'ambassade après cinq jours de «siège»
Actualisé

Manuel ZelayaAngoisse à l'ambassade après cinq jours de «siège»

Vomissements, malaises, et angoisse ont frappé vendredi la soixantaine de personnes retranchées dans l'ambassade du Brésil à Tegucigalpa avec le président déchu du Honduras Manuel Zelaya, après cinq jours dans le bâtiment «assiégé» par les forces de l'ordre.

Des fenêtres de l'ambassade, Manuel Zelaya et ses proches ne voient sans doute plus que des camions militaires, des barrières métalliques et des soldats et policiers en tenue anti-émeutes: toutes les rues entourant le bâtiment ont été coupées à la circulation et interdites à la presse.

Et selon le ministre des Affaires étrangères brésilien Celso Amorim, ils sont soumis depuis plusieurs jours par les autorités putschistes à un traitement violant la convention de Vienne sur les relations diplomatiques et relevant du «harcèlement».

Devant le Conseil de sécurité des Nations unies, qui a condamné à la mi-journée les «actes d'intimidation» contre l'ambassade, le chef de la diplomatie brésilienne a décrit des coupures fréquentes d'électricité, le manque d'eau potable, rationnement des aliments et utilisation d'équipement d'agression sonore.

Joint par téléphone par l'AFP, M. Zelaya a demandé vendredi l'intervention de la Croix-Rouge internationale pour examiner plusieurs personnes atteintes de malaises, notamment de vomissements de sang, suite, selon lui à la diffusion d'un gaz toxique.

«J'ai moi-même un masque et la gorge très sèche», a-t-il déclaré en assurant que cette situation était liée «à des gaz toxiques utilisés par les militaires pour évacuer les gens».

«A 8H30 du matin (14H30 GMT), le président est sorti de sa chambre en t-shirt, décoiffé, en se plaignant d'une forte douleur à la gorge et en demandant de l'eau», raconte un photographe de l'AFP se trouvant dans les locaux de l'ambassade. A ce moment-là, plusieurs personnes crachaient du sang et d'autres avaient du mal à respirer, selon lui.

«Certains ont commencé à s'alarmer et un vent de panique s'est emparé des occupants de l'immeuble, qui ne savaient pas ce qui leur arrivait et quelles seraient les conséquences du contact avec cette substance», a-t-il ajouté.

Selon lui, l'épouse du président Xiomara Castro a même crié «assassins» aux militaires déployés près du bâtiment.

La seule chaîne de télévision proche des partisans du président déchu, le canal 36, a par ailleurs diffusé dans la matinée des photos prises selon elle depuis l'ambassade, où l'on aperçoit des militaires en treillis, équipés de masques à gaz plaçant des appareils dans le jardin d'une maison voisine, alimentant encore les spéculations.

Le prêtre Andres Tamayo, un autre proche du président resté avec lui dans l'ambassade, a pour sa part déclaré à l'AFP jeudi que ses partisans recevaient fréquemment des appels et messages menaçants, les prévenant d'une prise d'assaut imminente du bâtiment.

Vendredi, deux médecins ont finalement pu accéder à l'ambassade ainsi que des représentants de la Croix-Rouge du Honduras et internationale.

Deux représentants des Nations unies ont également pu accéder au bâtiment au fin d'après-midi.

Un porte-parole de la police avait démenti dans la matinée toute utilisation de substance toxiques contre les occupants de l'ambassade, estimant qu'il s'agissait de «faux messages» pour attirer l'attention de la communauté internationale.

Quelques heures plus tard, il est revenu sur ces affirmations, précisant simplement que la police n'avait pas autorisé l'usage de telles substances, qui avaient pu être dégagées par une machine de nettoyage des rues.

(afp)

Ton opinion