Insulte à Erdogan: Ankara demande à Berlin de poursuivre un comique
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Insulte à ErdoganAnkara demande à Berlin de poursuivre un comique

Un humoriste allemand auteur d'un poème satirique insultant le président turc met en porte-à-faux le gouvernement Merkel.

L'humoriste Jan Böhmermann, qui se plaît à commenter de manière provocatrice l'actualité, a signé le 31 mars un texte dans lequel il traite Recep Tayyip Erdogan de pédophile et de zoophile. Il l'avait prononcé en direct sur la chaîne de télévision publique ZDF.

En dépassant ouvertement les bornes et en allant en conscience au-delà de ce que le droit allemand autorise, le comique entendait démontrer par l'absurde combien le pouvoir turc avait eu tort de s'attaquer à un autre de ses textes. Il s'agissait d'une chanson diffusée 15 jours plus tôt à la télévision allemande qui critiquait - de manière plus polie - la remise en cause des libertés publiques en Turquie.

Dans un vers à forte connotation sexuelle, M. Böhmermann, encadré du drapeau turc et d'un portrait d'Erdogan, dit à l'écran que le président turc préfère réprimer les minorités, «taper des Kurdes, frapper des chrétiens en regardant des pornos d'enfants».

Une vingtaine de plaintes

Les autorités turques ont fait parvenir au ministère allemand des Affaires étrangères une protestation officielle, demandant que soient engagées «des poursuites pénales» contre l'humoriste. Lundi soir, le Parquet de Mayence, déjà saisi d'une vingtaine de plaintes contre l'humoriste, a indiqué avoir reçu celle de M. Erdogan en personne.

«Ce genre d'insultes à un président, à un peuple entier, n'ont rien à voir avec la liberté d'expression et de la presse, c'est un délit», a souligné lundi le porte-parole du président Erdogan, Ibrahim Kalin.

Prévues au Code pénal

Le Code pénal allemand prévoit de possibles poursuites contre une personne insultant le représentant d'un Etat étranger, un délit passible de trois ans de prison. Mais une double condition doit être remplie: l'Etat concerné doit d'abord les réclamer et le gouvernement allemand doit les autoriser, avant de laisser le parquet compétent trancher.

Cette disposition du Code pénal avait été utilisée en 1977. Une cour administrative avait considéré illégal de déployer une banderole portant la mention «bande d'assassins» devant l'ambassade du Chili, alors gouverné par le général Pinochet.

Prudence de la chancelière

Le porte-parole de la chancelière Angela Merkel, Steffen Seibert, a expliqué que la demande turque allait être «minutieusement examinée» durant «quelques jours». Citant Mme Merkel, M. Seibert a d'abord dénoncé un texte «sciemment insultant», après une conversation téléphonique entre la chancelière et son homologue turc Ahmet Davotoglu.

Une déclaration perçue par beaucoup comme un geste de prudence de la chancelière envers un partenaire stratégique dans la crise des réfugiés. Pour l'hebdomadaire Der Spiegel, cette controverse donne l'impression que Mme Merkel peut «faire l'objet d'un chantage».

Lundi, en réaction, M. Seibert a insisté sur le fait que la chancelière considérait la garantie de liberté d'expression comme «un bien des plus précieux». «Les principes de la Loi fondamentale ne sont pas négociables», a-t-il martelé, «et cela indépendamment du fait que l'Allemagne travaille avec d'autres pour tenter de surmonter un défi politique», la crise migratoire.

Soutiens

M. Böhmermann a reçu de nombreux soutiens de la part des défenseurs de la liberté d'expression. Mathias Döpfner, le patron d'Axel Springer, l'un des principaux groupes de presse européens, s'est ainsi fendu d'une lettre ouverte.

Il estime que Böhmermann a voulu «secouer les gens et les faire réfléchir sur la façon dont une société traite la satire» et «comment elle réagit face à l'intolérance à la satire de non-démocrates. Un chef d'oeuvre».

(afp)

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