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Conflits salariauxAnnée difficile en vue dans la construction

La construction risque une nouvelle fois de vivre une année conflictuelle après l'échec des négociations salariales.

Le secteur de la construction est en crise.

Le secteur de la construction est en crise.

Syndicats et patronat auront la lourde tâche de renouveler dans un contexte houleux la convention collective de travail (CCT) qui échoit fin 2011.

Le tension entre partenaires sociaux est monté d'un cran après la décision unilatérale de la Société suisse des entrepreneurs (SSE) de mettre un terme aux négociations salariales pour 2011 à l'issue d'un véritable dialogue de sourds. Elle a recommandé à ses membres de relever la masse salariale de 1%: une hausse générale de 0,6% et le solde de 0,4% attribué de manière individuelle.

Unia a qualifié de «minable» et «mesquine» la proposition des entrepreneurs, tandis que de son côté le patronat fustigeait des exigences syndicales irréalistes. Le syndicat soutient que la branche de la construction est en plein essor et offre des perspectives radieuses pour 2011.

Faibles marges

La SSE reconnaît que la conjoncture est bonne mais invoque la rentabilité insuffisante des entreprises. «Les marges sont très faibles», souligne Blaise Clerc. «La concurrence est acharnée, il s'agit d'un problème sociétal, avec le phénomène de la sous- traitance. Des gens sont prêts à travailler presque à perte», explique le vice-directeur de la SSE.

Des enquêtes internes ont montré que des hausses salariales plus importantes n'étaient pas possibles, justifie-t-il. Unia a tendance a oublié le fait que sur deux ans les salaires réels ont progressé de 2,5%, ajoute-t-il.

«Je ne crois pas un mot à l'argument de la rentabilité», rétorque Jacques Robert, membre de la direction du secteur construction de Unia. «La situation est bonne quoi qu'en dise la SSE. Les entrepreneurs disent souffrir de la concurrence alors qu'ils ne sont présents que sur le marché intérieur, que dire dans ce cas de l'industrie d'exportation?».

Violente lutte

La tension actuelle n'est pas sans rappeler le conflit qui déchirait la branche il y a trois ans, au sujet du renouvellement de la protection des travailleurs. Le texte en vigueur, qui concerne 100'000 travailleurs, avait fait l'objet d'un âpre combat.

Le conflit avait démarré en mai 2007 après la résiliation de la convention par la SSE au 30 septembre. Des protestations et grèves avaient paralysé les principaux chantiers de Suisse. Un accord n'avait émergé qu'au printemps 2008 après sept mois de vide conventionnel.

Les protagonistes assurent toutefois que le renouvellement de la convention collective n'est pour l'heure pas en péril. Pour Jacques Robert, «si tout se passe normalement, il ne devrait pas y avoir de problème». La stratégie «à prendre ou à laisser» de la SSE suscite toutefois des craintes.

Périodes de crise

Blaise Clerc appelle les deux parties à faire des efforts. «Nous ne pouvons pas fonctionner sans convention, nous souhaitons continuer ce partenariat», assure-t-il.

Au-delà des récents événements, la construction vit régulièrement des périodes de crise. Une logique d'affrontement qui s'explique par les spécificités du secteur, notamment la dureté des conditions de vie. «La SSE a été d'emblée constituée comme une association de combat avec une ligne plutôt dure», rappelle l'historien Hans-Ulrich Jost.

De l'autre côté, les syndicats se montrent également très combatifs. «La structure de l'emploi et l'organisation du travail rendent le secteur beaucoup plus fragile», explique Hans-Ulrich Jost. Il est par exemple rare qu'un ouvrier passe toute sa vie dans la même entreprise contrairement à d'autres secteurs, précise-t-il.

Arrangements de courte durée

La construction connaît en outre une forte proportion de travailleurs étrangers, dont les revendications portent sur le court terme étant donné leur situation précaire. Les syndicats doivent se montrer actifs pour les garder comme membres, avance le professeur honoraire à l'Université de Lausanne.

Le regain de tension dans la construction n'étonne guère Hans- Ulrich Jost. «Les conflits ne surviennent pas dans les périodes de crise, mais dans celles de reprise, moments où les syndicats font état d'un besoin de rattrapage», souligne-t-il.

Et de conclure: «C'est toujours le même jeu, le patronat ne veut pas avoir les poings liés trop longtemps, les arrangements ne sont jamais de longue durée. On s'attend dès lors au prochain conflit». (ats)

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