Antoine Maulini joue Karma en langue des signes
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Chêne-Bourg (GE)Antoine Maulini présente «#Karma» en langue des signes

L’humoriste genevois signe une première suisse avec un one-man-show accessible aux personnes sourdes.

par
Julienne Farine

C’est la première fois qu’un one-man-show est traduit en langue des signes en Suisse. Cela a déjà été fait au Canada et en Belgique.

Non, Antoine Maulini, 32 ans, ne maîtrise pas – encore – la langue des signes, mais il a souhaité que son spectacle «#Karma» puisse également être vu et compris par la communauté sourde de Suisse romande.

Cette idée lui est venue il y a trois ou quatre ans, quand il a commencé de travailler pour l’émission de la RTS «Signes», dans laquelle il est la voix du présentateur sourd. «Je suis arrivé en studio et j’ai découvert un nouvel univers, une nouvelle langue. J’ai trouvé ça magnifique! C’était tellement touchant, tellement beau, que je me suis dit qu’il y avait quelque chose à faire, sans trop savoir quoi», confie-t-il.

C’est son metteur en scène, Gaspard Boesch, qui lui a alors proposé de traduire son seul en scène en langue des signes. Entre l’idée et sa réalisation, plusieurs années ont passé. D’abord parce qu’Antoine ne s’arrête jamais vraiment (sauf en cas de pandémie), ensuite parce qu’un tel travail ne se fait pas en quelques semaines.

Des passages sublimés par la langue des signes

«Ce sont quasi deux spectacles différents, résume-t-il. Environ 70% de la version classique peut être reprise dans celle traduite en langue des signes, certaines choses sont même sublimées, mais d’autres ne passent absolument pas.» Et l’humoriste d’évoquer les accents qu’il affectionne, comme le genevois ou le brésilien, et que les sourds n’ont jamais entendus. Les noms de tous les médicaments qu’il a déjà pris dans sa vie aussi. «Quand Roxane (ndlr: Garinot, l’interprète) les traduit, elle épelle chaque lettre, ça peut devenir très long. Alors, plutôt que de couper ces passages, on a réfléchi à la manière de les intégrer. On a une interaction durant laquelle je lui demande si c’est moi qui vais trop vite ou elle qui est trop lente. C’est un duo, je ne suis plus seul en scène», résume-t-il.

La notion d’interaction est également essentielle pour l’interprète qui sera aux côtés d’Antoine Maulini. «Il fallait qu’on ait de petits échanges, qu’il se passe quelque chose entre nous et que je ne sois pas juste là dans un coin à traduire «bêtement» le spectacle», dit-elle. Pour elle dont le travail consiste généralement à interpréter des situations de la vie quotidienne comme des rendez-vous chez le médecin ou des mariages, se retrouver face à un public est un sacré défi.

Roxane Garinot interagit avec Antoine Maulini sur scène.

Roxane Garinot interagit avec Antoine Maulini sur scène.

20min/Marvin Ancian

Contrairement à un comédien, Roxane Garinot n’a pas appris le texte de «#Karma» par cœur. Cela lui permet notamment de suivre les petits changements qu’Antoine opère selon les réactions du public. «Dans mon travail, je ne fais pas du mot pour mot, je transmets le sens. Du moment que l’esprit et le sens restent les mêmes, je peux m’adapter et c’est plus vivant», dit-elle. Reste que le trac est bien présent chez elle. «Je suis complètement stressée, ça fait deux jours que je ne dors plus. Mais là, je n’ai plus le choix, il faut y aller», rigole-t-elle.

«#Karma»

Du 16 au 19 juin 2021, à 19h30, au Point favre, à Chêne-Bourg.

Représentations en langue des signes les 16 et 17 juin.

Représentations supplémentaires en langue des signes les 8 et 9 octobre 2021, dans la salle Les 4 coins, à Genève.

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