Actualisé 13.02.2015 à 09:39

Fin du taux plancher

Après la stupeur, l'incertitude règne

Un mois après la décision de la Banque nationale suisse (BNS) d'abolir le taux plancher de l'euro, les milieux politiques et économiques ont surmonté le premier choc.

Mais pour les travailleurs et les entreprises, l'incertitude reste grande. Certaines sociétés ont réagi par des mesures d'économies.

Le 15 janvier, la BNS créait la surprise en annonçant l'abandon immédiat du taux minimal de 1,20 franc pour un euro, défendu par tous les moyens pendant plus de trois ans. Sous le choc, les représentants de l'économie et de la politique ont rapidement formulé des exigences. Le cours de l'euro a plongé sous la parité, avant de remonter aux alentours de 1,06 franc actuellement.

Le séisme s'est éloigné, mais l'importante différence de coûts entre la zone euro et le franc est restée. Yvan Lengwiler, professeur d'économie à l'Université de Bâle, veut une «prise de conscience pour les grands défis à venir». Il appelle les partenaires sociaux à agir en commun et à ne pas choisir la confrontation.

Les entreprises exportatrices surtout ont empoigné le taureau par les cornes et annoncé des suppressions d'emplois ou des baisses de salaire. «Des réactions aussi rapides sont compréhensibles, au vu du choc financier pour les sociétés qui vendent en euros», explique Yvan Lengwiler. Des demandes pour recourir au chômage partiel en raison du franc fort ont déjà été déposées.

Baisse des prix

Les grands distributeurs de leur côté ont baissé les prix, recueillant au passage les louanges de Monsieur Prix. Les stations d'hiver ont réagi par des taux de change favorables aux touristes de la zone euro. Pour Yvan Lengwiler, ce n'est pas une solution: «Cela crée immédiatement un marché noir, car les Suisses payeraient eux aussi avec des euros bon marché».

Les stations d'hiver ont également recouru à des rabais ou à une diversification de l'offre. Reste à savoir combien de temps elles pourront les maintenir sans pertes et si celles-ci seront compensées par un surplus de touristes. Les rabais ne sont payants à long terme que si les salaires peuvent être réduits parallèlement, explique Yvan Lengwiler. Ce qui n'est «pas facile».

Pour Andreas Züllig, président d'hotelleriesuisse, les taux de change fixes et les mesures d'économie ne sont pas une solution. Il faudrait surtout que les hôtels maintiennent leur qualité et que les lieux de villégiature utilisent de manière ciblée leur budget marketing, a-t-il déclaré récemment à la radio publique alémanique. Selon lui, le secteur du tourisme doit s'en sortir par ses propres moyens.

Revendications connues

Pour d'autres acteurs, la décision de la BNS a été l'occasion de relancer des revendications déjà connues: accélérer la troisième réforme de la fiscalité des entreprises, TVA à taux unique, suppression de taxes et de régulations.

L'application de ces exigences pourrait certes conduire à une baisse des charges administratives pour les entreprises et donc à une baisse des coûts. Mais elles n'ont aucun lien avec la suppression du taux plancher avec l'euro. A court terme, ces mesures n'apportent toutefois rien, puisqu'elles nécessitent des modifications de la loi, fait remarquer Andreas Züllig.

Pour les caisses de pension, la situation est «relativement dangereuse», estime Yvan Lengwiler. A terme, les assurés pourraient subir des pertes. «Outre l'employeur et l'employé, le troisième contribuable est le rendement sur le marché des capitaux», explique l'économiste. Si le rendement est bas en raison d'un faible taux d'intérêt, c'est problématique pour le capital de prévoyance.

L'introduction de taux négatifs a aussi des conséquences difficilement estimables: «Si les taux d'intérêt tombent nettement en dessous de zéro, les petits épargnants devront bien réfléchir s'ils veulent déposer leur argent dans le coffre d'une banque au lieu d'avoir un compte. Les investisseurs institutionnels peuvent faire de même, mais il faut tenir compte des frais d'assurance.»

Euro volatil

Quant à l'évolution du cours de l'euro, Constantin Bolz, analyste en devises chez UBS, s'attend à un taux entre 1 et 1,05 franc ces prochains mois. L'euro restera toutefois volatil, met-il en garde, renvoyant à la situation en Grèce ou au conflit en Ukraine.

Jusqu'à début février environ, la BNS est intervenue à plusieurs reprises afin d'affaiblir le franc. «Depuis, elle n'a plus eu besoin d'agir, ce qui est positif». La donne pourrait toutefois changer si la Banque centrale européenne met sur les rails en mars, comme annoncé, le programme de rachat d'obligations d'Etats.

Les taux d'intérêt négatifs introduits par la BNS déploient également leurs effets: «Cette mesure fait mal à certains investisseurs», observe Constantin Bolz. Car même si la situation s'est calmée depuis, de nouveaux mouvements ne sont pas exclus. (ats)

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