Haïti: Après le séisme, la pluie menace Port-au-Prince
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HaïtiAprès le séisme, la pluie menace Port-au-Prince

Après le séisme dévastateur, la pluie. Pour l'instant, Port-au-Prince est épargnée mais des averses touchent déjà d'autres régions d'Haïti.

Et la question n'est pas de savoir s'il va aussi pleuvoir sur la capitale et ses environs, sinistrés depuis le séisme du 12 janvier, mais quand.

D'ici là, c'est une véritable course contre la montre pour trouver des abris potentiels aux habitants qui vivent encore dehors ou en zone inondable, pour sécuriser les terrains instables, les campements, les routes et les cours d'eau mais aussi pour éviter la propagation d'épidémies. Traditionnellement, la pluie commence à la fin du mois de février.

Le séisme a fait 150.000 à 200.000 morts et au moins 250.000 blessés, selon les estimations, et plus de 500.000 sinistrés vivent dans des camps dans la capitale dévastée.

«Nous allons avoir un gros problème quand la saison des pluies commencera», explique le ministre haïtien de l'Intérieur, Paul Antoine Bien-Aimé. S'il s'avère nécessaire de déplacer certains des rescapés, «nous n'avons pas les 44 millions d'euros nécessaires pour acheter ne serait-ce que 100.000 tentes», ajoute-t-il.

«Nous envisageons désormais la mise en place de structures résistantes aux ouragans», a assuré lundi Kim Bolduc, la représentante spéciale adjointe de la Mission de stabilisation des Nations unies en Haïti (MINUSTAH), lors d'une vidéo conférence de presse depuis New York. Mais pour acheminer ce type d'infrastructures, il est nécessaire de disposer d'un port qui a retrouvé toutes ses capacités de fonctionnement, ce qui n'est pas encore le cas.

Les habitants connaissent bien le nouveau danger qui les guette. «Tous les jours, nous regardons le ciel et scrutons les nuages», raconte Jeanne Marceus, 40 ans. «Je n'ai plus de maison et maintenant, je me demande si je ne vais pas être emportée par le fleuve.» Au-dessus de Jeanne, une bâche en plastique. Autour d'elle, d'un côté, sa maison et des dizaines d'autres, détruites lors du tremblement de terre. De l'autre, des débris, ceux des habitations qui n'avaient pas résisté aux pluies diluviennes de 2008.

Les inondations d'il y a deux ans, principalement sur les Gonaïves, une ville située à 171km au nord de Port-au-Prince, avaient fait près de 800 morts. Celles de 2004, environ 3.000 morts, après le passage de la tempête tropicale Jeanne. S'en était suivie une vaste mobilisation internationale: 51 millions d'euros ont été collectés, mais très peu ont été investis pour éviter de nouveaux glissements de terrain.

Certaines organisations non gouvernementales s'étaient tout de même attelées à la tâche: construction de digues pour stabiliser les collines, installation de systèmes de drainage et coopération avec les agriculteurs pour qu'ils privilégient les plantes à racine, qui retiennent mieux l'eau. Mais aujourd'hui, ces mêmes ONG se concentrent sur les secours aux survivants.

D'autres ont pris le relais. Elles évacuent les plaines, des zones trop risquées et apportent des tentes à ceux qui n'en ont pas encore. Elles tentent aussi d'évacuer les tonnes de débris qui se sont accumulées dans les ravins, les canaux et les rivières, pour éviter qu'avec la montée des eaux, ils ne se dirigent tout droit vers les campements ou ne propagent des épidémies, comme la dengue, la rougeole ou le choléra.

«Il va y avoir des problèmes de santé, analyse l'ingénieur Mario Nicoleau, de l'agence des Etats-Unis pour le développement international, basée en Haïti. «Les risques sont énormes et il est difficile de prévoir quelles seront les conséquences.»

La Croix-Rouge internationale, l'Organisation mondiale de la santé (OMS), l'UNICEF et le ministère haïtien de la Santé lancent cette semaine une grande campagne de vaccination contre la rougeole, la diphtérie et le tétanos. Ils veulent vacciner 140.000 Haïtiens, dans la capitale, là où les risques de transmission sont les plus importants. AP

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(ap)

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