Ukrainiens accueillis dans le Jura – Après les bombes, un toit, une douche et un repas chaud les attendaient 

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Ukrainiens accueillis dans le JuraAprès les bombes, un toit, une douche et un repas chaud les attendaient 

Répondant à une initiative citoyenne, 23 réfugiés ukrainiens ont été accueillis dimanche dans des bâtiments de services à Alle (JU). Ils seront ensuite placés dans des familles. 

par
Vincent Donzé
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Du jambon, des haricots et des patates, après la douche.

Du jambon, des haricots et des patates, après la douche.

lematin.ch/Vincent Donzé
Le premier bus arrivé en début d’après-midi, après 21 heures de route.

Le premier bus arrivé en début d’après-midi, après 21 heures de route.

DR
Les deux frères qui ont concrétisé l’opération se tombent dans les bras.

Les deux frères qui ont concrétisé l’opération se tombent dans les bras.

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À Alle, petite commune de 1900 habitants proche de Porrentruy (JU), le bâtiment des services a été réquisitionné pour l’accueil de réfugiés ukrainiens, suite à une initiative citoyenne. Les onze premiers sont arrivés vers 14 heures avec… un chat, tandis que les douze suivants les ont imités quatre heures plus tard, une fois la frontière passée à Boncourt (JU). Tous ont été conviés à prendre une douche et manger un repas chaud. Au menu: jambon, haricots, patates et thé froid. 

Plusieurs élans de solidarité se sont manifestés à Alle. Le premier à s’être concrétisé réunit deux frères: Vincent Thüler et Jean-Claude Hüssy, le premier à la logistique, le second au volant d’un bus, pendant 44 heures en trois jours. «Je suis le premier réfugié vietnamien arrivé en Suisse quand j’étais bébé, en 1970…», glisse Vincent. Son adoption a été suivie d’une autre, dans la même famille jurassienne: celle d’un petit Coréen prénommé Jean-Claude.

Trois bus

La trajectoire des deux frères leur a insufflé le goût de l’entraide: «Je suis avant tout un humaniste», souligne Vincent. Son frère Jean-Claude ayant épousé une Ukrainienne, Vincent a répondu présent à son appel, jeudi dernier: il a facilité le transfert de 23 réfugiés répartis dans trois bus, en réglant les tâches administratives.

Jean-Claude était au volant d’un bus neuchâtelois pour deux trajets de respectivement 23 et 21 heures, dans un bus bridé à… 100 km/h, avec 1850 kilomètres par trajet. Vincent a prévenu le chef de brigade de la plate-forme douanière de Boncourt: «Chacun ayant un passeport en règle, l’entrée des réfugiés était légale», précise Vincent Thüler.

Iryna, Luydmyla, Viktoria

L’opération a été initiée par trois Ukrainiennes, Iryna, l’épouse de Jean-Claude, Luydmyla Chaignat et Viktoria Meyer. Mais le soutien de la collectivité locale s’est révélé indispensable. «Le soufflé ne doit pas retomber. Il s’agit d’intégrer les réfugiés au sein de la population», insiste le maire Stéphane Babey.

Les autorités communales ont assuré la logistique, tandis que la population et les commerçants faisaient preuve de générosité. «Les enfants doivent pouvoir bénéficier d’une structure scolaire», précise le maire. L’appel aux citoyens lancé par la commune pour l’hébergement des réfugiés a été entendu, si bien qu’un rendez-vous prévu lundi soir affiche complet. Les personnes qui se sont annoncées en premier ont été contactées.

Vincent (à g.) de Saigon et son frère Jean-Claude de Séoul, le premier à la logistique, le second au volant.

Vincent (à g.) de Saigon et son frère Jean-Claude de Séoul, le premier à la logistique, le second au volant.

lematin.ch/Vincent Donzé

Après l’accueil des 23 réfugiés arrivés ce dimanche, il s’agira de recevoir à Alle 50 autres réfugiés attendus mercredi prochain. Il reste deux jours pour aménager la salle des fêtes, un local rythmé habituellement par des lotos, des discos, des soupers et des mariages. La semaine prochaine, l’ambiance ne sera pas à la fête, mais à la solidarité.

Cette deuxième opération a été initiée par Teresa, d’origine polonaise, Isabelle, d’origine ukrainienne et Sandra, coordinatrice de l’opération. Le but de ce collectif: «Offrir la possibilité à des femmes et des enfants accompagnés de leurs animaux de compagnie de trouver refuge chez nous au Jura, loin des massacres et des bombes».

Réseaux sociaux

«L’émotion est forte et avec la puissance des réseaux sociaux, tout est fait à l’envers dans l’urgence», observe le maire Stéphane Babey, pour qui «l’aide promise doit s’inscrire dans la durée». Le conseiller communal Yan Noirjean confirme un «engouement incroyable», mais il craint aussi un «débordement», l’objectif étant de placer les réfugiés dans des familles, la durée de leur séjour n’étant pas connue.

Dimanche, les autorités jurassiennes ont salué «un bel élan de solidarité dans le Jura», mais qui nécessite une coordination préalable des actions avec les autorités cantonales. La gestion du flux de réfugiés, c’est d’abord l’affaire de la Confédération.

Initiatives privées

«Plusieurs initiatives privées sont à saluer», précisent les autorités cantonales. «Fidèle à sa réputation d’ouverture et d’accueil, la population jurassienne se mobilise», applaudissent la ministre Nathalie Barthoulet et ses collègues. Les autorités cantonales ont toutefois attiré l’attention sur la nécessité «impérative» de coordonner les actions.

«D’éventuelles initiatives visant à aller chercher physiquement des ressortissants ukrainiens directement sur place à la frontière ne devraient en aucun cas être envisagées sans avoir vérifié au préalable avec les autorités cantonales que les dispositifs sont prêts à les accueillir», concluent les autorités cantonales. Sur ce plan-là, Vincent et Jean-Claude ont tout fait juste.

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