Actualisé 11.09.2008 à 17:04

L'impensable arrive parfois.Après Suisse - Luxembourg

Impensable comme une défaite à domicile contre le Luxembourg, dans un match qui compte, un match officiel, un match éliminatoire de la Coupe du monde 2010.

Un match au cours du quel les Suisses, repus de suffisance, «manquant de classe» selon leur entraîneur, se sont mués en risée d'un public en colère et d'une planète football moqueuse.

«Je suis très déçu de mes joueurs sur le plan mental, explique Ottmar Hitzfeld le lendemain. Nous avons des problèmes d'ordre psychologique. L'équipe a perdu la tête !» Directement mis en cause dans son coaching, l'Allemand accepte la critique. «Il est normal de discuter de mes choix après une défaite contre le Luxembourg.»

Soirée noire

Il est un peu plus de 22h20, mercredi, quand l'arbitre indique le terme de la partie. Le Letzigrund siffle ses héros d'hier, ou plutôt d'avant-hier, la performance des Helvètes s'inscrivant finalement dans la lignée de l'Euro 2008 et des deux ans qui l'avait précédé. Quelques joueurs restent sur la pelouse. Abasourdis. Pathétiques, dans une solitude qui aurait pu être chantée par le... Luxembourgeois Camillo Felgen dans son «Sag Warum ?»

Pourquoi ? Pourquoi cette défaite contre une sélection ne comptant dans ses rangs que deux joueurs professionnels ? Emu, assommé, Ottmar Hitzfeld parlera de «soirée noire», d'une incapacité à «jouer de manière unie, de trouver la cohésion», il ira même jusqu'à utiliser le mot «crise», essayant d'atténuer les conflits internes - «faire son autocritique et ne pas accabler d'autres joueurs» -, tout en promettant qu'il n'allait «pas abandonner» et qu'il fallait «encore croire aux chances de qualification».

Huit matches sont encore au programme de la Suisse avant le verdict final. Assez pour arracher le billet sud-africain. Mais la sélection nationale a déjà grillé tous ses jokers. Les trois points perdus contre le Luxembourg devront être récoltés ailleurs. En Grèce, en Lettonie. Et à domicile, contre tous les adversaires qui se dresseront devant elle. Elle n'a plus le choix.

Manque de patron

Alexander Frei, devant «la pire défaite de ma carrière internationale», ne peut pas «trouver du positif». «C'est celle qui fait le plus mal, reconnaît-il encore, avant d'oser la comparaison. La Suisse, c'est comme une formule 1 qui a un problème de moteur. Mais nous avons tout en mains pour revenir en pole position.»

Une foi en l'avenir qui contraste forcément avec la qualité du jeu proposé par une équipe en manque de patron tant à Tel Aviv qu'à Zurich. Contrairement à ce qu'il fait en club, Diego Benaglio, impliqué sur les deux réussites luxembourgeoises, n'est toujours pas décisif sous le maillot à croix blanche (22 buts encaissés en 11 matches depuis qu'il est no 1 !). Derrière, Patrick Müller manque, Senderos, dans une moindre mesure, aussi.

Zéro

«J'ai été zéro !», reconnaît Ludovic Magnin, dont les mauvais choix commencent de peser sur la bonne marche de l'équipe. Ni Lichtsteiner contre Israël, ni Nef contre le Luxembourg, n'ont su trouver les bons réglages. L'entre-jeu a clairement été le secteur le plus sinistré. Un Gökhan Inler dépassé, un Tranquillo Barnetta ô combien décevant, un Valentin Stocker ne confirmant pas, un Johan Vonlanthen insipide, un Almen Abdi inadapté.

«Plusieurs joueurs ne sont pas au point sous la pression», concède Hitzfeld, pensant notamment à Stocker. Valentin doit apprendre maintenant à gérer ces moments pour progresser. Il demeure un immense talent. Mais nos jeunes joueurs manquent encore de mordant offensif.»

Dans la débâcle, trois joueurs ont toutefois marqué des points. Valon Behrami a répondu présent, lors du déplacement à Tel Aviv. Comme à l'Euro. Indispensable travailleur envoyé au charbon, doté de qualités physiques supérieures à celles de ses coéquipiers et d'une technique qui peut faire la différence. Hakan Yakin a également rappelé qu'il était incontournable, en dépit de sa lenteur nonchalante. Et, en l'absence de Marco Streller et Eren Derdiyok, Blaise Nkufo s'est profilé comme l'attaquant no 2 de l'équipe.

Plus de cadeau

Pourtant, les bonnes individualités qui composent la sélection suisse ne sauraient donner au groupe une âme sur la pelouse. Un état d'esprit. Un vrai, pas celui qui est vanté face à la presse, mais celui qui jaillit de lui-même dans le jeu. L'absence cruelle de caractère contre le Luxembourg, qui s'était déjà signalée depuis plus de deux ans maintenant, interpelle. Tout comme les choix d'Ottmar Hitzfeld.

«J'aurais bien fait trois changements supplémentaires», avait-il l'audace d'avancer après le match. Lui qui est complètement passé à côté de son coaching tant en Israël qu'à Zurich. Le temps des tests est terminé. Celui des cadeaux aussi. La Suisse n'a plus le droit à l'erreur.

(ats)

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