Syrie: Armée et tribus contre rebelles à Alep

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SyrieArmée et tribus contre rebelles à Alep

De violents combats ont opposé mercredi à Alep des soldats et des combattants tribaux pro-régime aux rebelles qui veulent s'emparer des sièges des services de renseignements.

Conscient de l'enjeu, le président Bachar al-Assad a affirmé que l'armée livrait une bataille «cruciale» pour le destin du pays, à l'occasion du 67e anniversaire de l'armée. Dans la capitale, de brefs combats ont opposé pour la première fois des soldats à des assaillants aux abords de deux quartiers chrétiens réputés comme étant pro-régime, Baba Touma et Bab Charqi. Les violences ont fait 110 morts dans le pays, dont 67 civils, 29 soldats et 14 rebelles, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH).

Des membres du clan pro-gouvernemental des Berri ont eu de violents accrochages avec les rebelles dans le quartier Bab Nairab, dans l'est d'Alep, au lendemain de l'exécution d'un de leurs chefs, Zeino Berri, par l'Armée syrienne libre (ASL), composée de déserteurs et de civils qui ont pris les armes). Selon une source de sécurité, cet important clan sunnite, qui a prêté main forte au régime depuis trente ans en échange de nombreux avantages, a promis de se venger en envoyant dans la bataille «plusieurs milliers» de combattants pour lutter aux côtés de l'armée.

Par ailleurs, un combattant rebelle dans le quartier de Salahedine, bastion des insurgés dans l'ouest d'Alep, a affirmé que «les soldats de l'armée régulière ont essayé d'entrer dans notre quartier mais sans succès».

«Nous sommes 2.000 à Salaheddine, dont seulement 500 sont originaires d'Alep. Le reste vient d'Idleb (nord-ouest) et de la province d'Alep et chaque jour des combattants viennent nous rejoindre», a déclaré à l'AFP «Abou Mossab», joint par téléphone.

Les rebelles déterminés

Le chef des rebelles à Alep, le colonel Abdel Jabbar al-Oqaidi, a affirmé à l'AFP que les rebelles étaient au nombre de «milliers», et une source de sécurité syrienne les a estimés à 4.000. Selon le porte-parole des rebelles en Syrie, le colonel Kassem Saadeddine, les insurgés contrôlent «50%» de la métropole du Nord et la quasi totalité de la province d'Alep. Après la prise symbolique de trois commissariats à Alep, les rebelles semblent déterminés à s'emparer des sièges des services de renseignements.

Pour le général rebelle Abdel Nasser Ferzat, un commandant de l'ASL, «le plus important, c'est la prise des sièges des moukhabarat (renseignements). Si ces sites tombent, la victoire sera possible», a-t-il dit. Une source des services de sécurité a estimé que «l'objectif des rebelles est de s'emparer du siège des renseignements de l'armée de l'air qui se trouve dans le quartier de Zahra (ouest), car cela leur ouvrirait la porte de quartiers aisés de la ville qu'ils ne contrôlent pas pour le moment».

L'ONU a indiqué pour sa part que l'armée avait recours à des avions de chasse pour tirer sur Alep et que les insurgés possédaient désormais des armes lourdes, dont des chars. L'armée régulière bombarde les quartiers rebelles d'Alep, sans toutefois progresser sur le terrain, après un premier assaut repoussé par les insurgés le 28 juillet. «Le moral de l'armée est au plus bas, (le régime) sait que s'il fait entrer ses chars au milieu des maisons et des habitants, il y a un risque plus grand de défections», a expliqué le colonel Oqaidi.

«L'ennemi se trouve aujourd'hui parmi nous»

Face à la disette qui se profile, le Programme alimentaire mondial (PAM) a annoncé avoir envoyé une assistance alimentaire à Alep, précisant que «la distribution à 28.000 habitants d'Alep se fera dans les prochains jours». Pour le président Assad, ses troupes livrent une bataille «cruciale» et «héroïque» dont «dépend le destin de notre peuple et de notre nation».

«L'ennemi se trouve aujourd'hui parmi nous, utilisant les agents de l'intérieur comme un moyen pour déstabiliser la patrie, la sécurité du citoyen», a affirmé le président. Le régime ne reconnaît pas l'ampleur de la révolte populaire qui a éclaté en mars 2011 et qualifie les rebelles de «groupes terroristes armés» à la solde de l'étranger. Sur le plan politique, la rébellion a estimé qu'un gouvernement de transition nécessite «un consensus» et «tout projet gouvernemental qui marginaliserait des groupes à l'intérieur du pays» serait voué à l'échec.

Elle réagissait à l'opposant syrien Haytham al-Maleh, 81 ans, qui avait annoncé la veille avoir été chargé par une coalition de Syriens «indépendants sans affiliation politique» de former un gouvernement en exil qui sera basé au Caire. Par ailleurs, l'armée turque a effectué des manœuvres mercredi près de sa frontière sud-est avec la Syrie pour tester la vitesse et la maniabilité de ses chars, selon l'agence de presse Anatolie. (afp)

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