Genève/Berne: Arnaque à la location de voitures de luxe: deux jeunes dépouillés
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Genève/BerneArnaque à la location de voitures de luxe: deux jeunes dépouillés

Un couple de Biennois, qui a monté une entreprise de location d’autos haut de gamme, se retrouve au bord de la faillite.

par
Maria Pineiro
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Les deux véhicules, d’une valeur de 300’000 fr. n’ont pas encore été retrouvés.

Les deux véhicules, d’une valeur de 300’000 fr. n’ont pas encore été retrouvés.

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Une Lamborghini Huracan et une Mercedes G63. Ces deux voitures de luxe, qui valent à elles deux quelque 300’000 francs sur le marché de l’occasion, ont littéralement disparu de la circulation pour le plus grand désespoir de Deborah et Michael. À la tête de DM prestige cars, une entreprise de location d’autos de luxe, le couple de jeunes Biennois semble avoir été victime d’un confrère indélicat basé à Genève. Le malandrin, après leur avoir loué deux fois les véhicules, aurait fini par ne plus les rendre et établir les cartes grises au nom de sa société. Les deux bolides se sont retrouvés un temps en vente sur Anibis et Facebook, avant de se volatiliser.

«Cette entreprise et ces deux voitures représentent cinq ans d’économies, témoigne Michael. Avec l’argent mis de côté nous avons pu obtenir un prêt pour acheter la Lamborghini. Nous avons commencé cette activité tout en continuant à travailler à côté. Ensuite, comme ça marchait bien, nous avons pu acquérir la Mercedes.» Or, sans ces deux voitures depuis début février, les deux jeunes sont au bord de la faillite, car le remboursement du prêt est toujours d’actualité.

Erreurs de débutants

Mais comment en sont-ils arrivés là? «Nous nous sommes lancés spontanément. Nous n’y connaissions pas grand-chose et avons fait des erreurs», reconnaît Michael, De fait, les cartes grises étaient dans le véhicule, elles ne mentionnaient pas le code 178 qui interdit le changement de détenteur. Par ailleurs, les deux entrepreneurs en herbe n’avaient pas souscrit d’assurance en cas d’abus de confiance ou d’escroquerie. Enfin, ils n’avaient pas installé de traqueur GPS dans les bolides.

Ces erreurs, ils les payent cher aujourd’hui. Leur client indélicat avait loué les voitures afin de les sous-louer à Genève. Les deux premières fois, aux dires de Michael, tout s’est bien déroulé, la location a été payée, les voitures ont été rendues. La troisième fois, une demande de prolongation a été faite, puis deux. Et enfin, à la date de reddition, fin février, la voiture n’est pas revenue. Peu après, je recevais une information du Bureau des autos m’annonçant l’annulation des plaques (lire encadré).» Inquiet, Michael et quelques amis se sont rendus à Genève pour discuter avec le client: «Je me suis fait avoir, il m’a fait signer un contrat de restitution dans les trois jours, mais avec un délai d’un mois avec pénalités.» Dès lors, quand il a voulu porter plainte auprès de la police, on lui a répondu qu’il fallait attendre mi-avril.

Heureux hasard de circonstances

Le présumé malfrat n’a pourtant pas attendu la fin de la période de location pour opérer le changement de détenteur des véhicules. D’après Niklaus Lundsgaard-Hansen, directeur de l’Office de la circulation routière et de la navigation du Canton de Berne, il a modifié plusieurs fois la carte grise dès la première semaine de février. «Comme les plaques n’ont ensuite pas été rendues dans les délais impartis, nous avons envoyé un courrier à PM prestige cars afin de nous enquérir de la situation.» Les deux jeunes gens sont alors allés demander un duplicata de leurs cartes grises annulées, puis, peu après, ont réactivé l’immatriculation des véhicules, cette fois avec la mention du code 178. «Comme il ne s’agissait pas de nouveaux détenteurs, les autorités n’ont pas vérifié l’existence d’une inscription dans un autre canton», reconnaît le directeur. Les autos de luxe se sont donc retrouvées avec deux immatriculations. Ce qui, en principe, ne devrait pas arriver. Depuis, les plaques genevoises ont été annulées.

Toujours sans nouvelles de leurs voitures, Deborah et Michael se sont finalement adressés à un avocat qui a déposé une plainte auprès du Ministère public genevois fin mars et presse depuis les autorités judiciaires du bout du lac de se saisir de l’affaire afin que les voitures aient une chance d’être retrouvées. Contacté, l’homme de loi n’a pas souhaité s’exprimer sur cette affaire, de même que le Parquet genevois. Quant à la société soupçonnée d’avoir subtilisé les autos, elle était injoignable.

Affaire rare

Me Jacques Roulet, avocat à Genève, relève que ce type d’affaire est rare. Il souligne que le délit d’abus de confiance est grave et passible de prison. Pour l’homme de loi, spécialiste du droit routier, il y a plusieurs manières de se prémunir de ce type de mésaventure. D’abord, fournir une copie de la carte grise et non l’original. «Cela est possible sans se faire amender, ce d’autant plus qu’avec les moyens de contrôle actuels, les vérifications peuvent être opérées à distance.» Il recommande également d’Inscrire le code 178 sur les papiers du véhicule, «puisque cela est possible lors de leasing, mais également de location». Enfin, se renseigner sur les types d’assurances afin d’être couvert, non seulement contre le vol, mais également contre l’abus de confiance, «quand bien même, dans le cas présent, un vol d’usage peut être envisagé». Enfin, Me Jacques Roulet rappelle qu’avoir une carte grise à son nom, ne signifie pas que l’on est propriétaire du véhicule.

Immatriculer un véhicule est un jeu d’enfant

La loi exige que le conducteur d’un véhicule puisse présenter des documents originaux en cas de contrôle. «Le cas échéant, il est passible d’amende, explique Silvain Guillaume-Gentil, porte-parole de la police cantonale genevoise. Néanmoins, une photocopie vaut mieux que rien.» Cette règle peut exposer le propriétaire à des déconvenues, car une fois la carte grise en votre possession, rien de plus facile que d’immatriculer un véhicule à votre nom. Pour obtenir les papiers et des plaques d’immatriculation, il suffit de se rendre au Bureau des autos avec une pièce d’identité, la carte grise du véhicule, une attestation d’assurance RC et le formulaire ad hoc rempli. Ces démarches font de la personne le détenteur de l’engin, mais ne prouvent pas qu’il en est le propriétaire. Il est donc possible d’abuser de la confiance d’un tiers. Néanmoins, il est ensuite facile de retrouver l’arnaqueur.

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224 commentaires
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JeanCharlesEdgar

09.04.2021, 16:04

Malheureusement voilà ce qu'il se passe quand on loue des voitures à des kékés de la cité qui pensent que voler est le remède à tout ! En tout cas j'apporte tout mon soutien à la société de location

Fernand Renault

08.04.2021, 10:07

Donc,en lisant scrupuleusement cet article,mes 3 Twingos(1995,2000 et 2010) ne m'ont jamais appartenues et je n'en suis pas le propriétaire !!

coup monté

08.04.2021, 10:04

Est-ce une histoire sérieuse avec tous ces mangements ?