«GTA V»: Arracher une dent ou l'électrocution?
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«GTA V»Arracher une dent ou l'électrocution?

Cette question, tout joueur de «GTA V» doit y répondre afin de progresser dans l'aventure. Cette scène de torture ne pouvant être zappée divise les fans du jeu d'action de Rockstar.

par
Adrien Iseli

Grosse clé anglaise pour briser les genoux, pince pour extraire les quenottes, électricité ou encore supplice de la noyade: Trevor, le psychopathe de service du blockbuster vendu à 16 millions d'exemplaires en 5 jours, a le choix pour tirer les vers du nez d'un bandit dans une mission de «GTA V». Et c'est le joueur qui manie les outils à l'aide de son pad. Et s'il va trop loin et provoque un arrêt cardiaque de son souffre-douleur, il peut sans autre réanimer le supplicié en lui plantant une piqûre d'adrénaline en plein cœur.

Certains joueurs ont été choqués par cette violence gratuite et l'ont fait savoir, à l'image de Keith Best, directeur de l'ONG Freedom from Torture, qui a déclaré au «Guardian»: «Rockstar North a franchi une ligne en forçant les gens à prendre le rôle d'un tortionnaire et à effectuer une série d'actes indescriptibles s'ils veulent progresser dans le jeu. […] La torture est une réalité, pas un jeu, et la rendre glamour dans la culture populaire annule le travail d'organisations comme Freedom from Torture et d'activistes qui y ont survécu et qui font campagne contre ça.»

«J'ai trouvé ce passage 'limite', mais j'ai beaucoup rigolé»

D'autres lui reprochent son caractère obligatoire (ndlr: dans l'un des épisodes de la franchise «Call of Duty», une mission, consistant à massacrer des civils dans un aéroport russe, était optionnelle afin de ne pas heurter la sensibilité), comme l'a dit Mimic dans un débat organisé sur le site gameblog.fr: «...le propre de «GTA» c'est le choix, la liberté, avec cette scène tu n'en as pas. Tu dois le faire. Le seul choix concerne la méthode de torture. Excuse-moi mais si moi je ne veux pas torturer, je fais comment?»

Enfin, les derniers la trouvent parfaitement intégrée au jeu, comme nous l'a expliqué Stéphane Laurenceau, journaliste à la RTS et spécialiste des jeux vidéo: «J'ai trouvé ce passage 'limite', mais j'ai beaucoup rigolé, surtout avec le coup de la dent à déraciner. Ce qui rappelle une scène culte du film 'Reservoir Dogs'. Une fois de plus, je préfère torturer un mec en 3D, que de voir des prisonniers irakiens à poils, à quatre pattes en laisse. Et puis ça vient nous chercher sur le fait qu'on joue une bande de mafieux. Et comme 'Dexter', ou 'Breaking Bad', on s'attache à des méchants... Et ça, c'est une corde inhabituelle.»

La réalité pire que la virtualité?

En effet, la torture est l'une des dérives indissociables du milieu dans lequel évoluent nos trois héros. Rappelons aussi, par exemple, que la série TV à succès comme «24h» contient une soixantaine de scènes de torture et que le personnage principal, Jack Bauer, tue environ 260 personnes au fil des saisons. Alors que dans «GTA V», il s'agit d'une seule mission sur la centaine d'heures de jeu et des dizaines d'activités que le titre propose. De plus, Trevor agit sous l'ordre d'une agence gouvernementale américaine, un pays qui a qualifié à de nombreuses reprises, sous l'ère Bush par l'intermédiaire de son vice-président DIck CHney, d'indispensable et de légale l'utilisation de l'eau (ndlr: supplice de la noyade) lors de l'interrogatoire des personnes soupçonnées de terrorisme. Et quand on sait que le titre le plus cher du monde n'est au final qu'une satire dénonçant les nombreuses dérives de la société actuelle, on comprend mieux la présence de cette saynète.

Et si certaines activités dénoncées «choquent» des associations, comme les féministes qui s'insurgent contre le pelotage des strip-teaseuses ou encore les amis des bêtes qui n'aiment pas que l'on chasse des animaux, même virtuellement, elles profitent évidemment de la popularité de l'oeuvre de Rockstar pour se faire de la publicité à moindre frais. Car il ne faut surtout pas oublier que cela reste un jeu, interdit au moins de 18 ans, et que tout ce qui passe dans ce jeu reste virtuel. En outre, toutes les mauvaises actions des joueurs se traduisent uniquement en lignes de code, et ça ne va plus loin.

La scène de torture dans «GTA V» (à ne pas regarder si vous êtes sensible, ou si vous voulez éviter tout spoiler):

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