Turquie: Arrestations après l'attentat d'Istanbul
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TurquieArrestations après l'attentat d'Istanbul

La Turquie a arrêté lundi près de 200 membres du principal parti prokurde.

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Des pompiers sont à l'oeuvre sur le toit du stade de foot près duquel a eu lieu le double attentat meurtrier. (11 décembre 2016)

Des pompiers sont à l'oeuvre sur le toit du stade de foot près duquel a eu lieu le double attentat meurtrier. (11 décembre 2016)

Keystone/AP
Le camion de la police qui a été visé par une des deux explosions. (10 décembre 2016)

Le camion de la police qui a été visé par une des deux explosions. (10 décembre 2016)

Keystone/EPA
Une vue des lieux de l'attentat. (10 décembre 2016)

Une vue des lieux de l'attentat. (10 décembre 2016)

AFP/Getty Images

Quelque 200 membres du PKK ont été arrêtés. En Irak, Ankara a en outre frappé des cibles de la rébellion kurde. Un groupe dissident a revendiqué l'attentat qui a fait plus de 40 morts ce week-end au coeur d'Istanbul.

Les arrestations ont visé dans l'ensemble du pays 198 membres du Parti démocratique des peuples (HDP). Son chef de file Selahattin Demirtas et une dizaine de députés ont déjà été placés en détention début novembre dans le cadre des purges menées après la tentative de putsch de juillet.

Ces arrestations surviennent après le double attentat qui a fait 44 morts, dont 36 policiers, samedi soir à Istanbul selon un nouveau bilan fourni par le ministre de la Santé, Recep Akdag.

Cet attentat, l'un des plus meurtriers à avoir frappé la mégalopole turque ces dernières années, a été revendiqué par un groupe radical kurde lié au Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK), Les Faucons de la liberté du Kurdistan (TAK).

«Organisation terroriste»

Le président turc Recep Tayyip Erdogan considère que le HDP est étroitement lié au PKK. Il a fait savoir qu'il ne considérait plus cette formation comme un interlocuteur légitime, qualifiant régulièrement ses membres de «terroristes».

Parmi les personnes arrêtées figurent notamment les chefs de section du HDP à Istanbul, Aysel Guzel, et à Ankara, Ibrahim Binici, selon l'agence progouvernementale Anadolu. Les membres du HDP arrêtés sont soupçonnés d'appartenance au PKK, considéré comme un groupe terroriste par Ankara, ou d'en relayer la propagande, a ajouté Anadolu.

«Notre peuple attend de nous qu'on batte et élimine cette organisation terroriste qui attaque notre pays depuis 40 ans», a pour sa part déclaré le ministre de l'Intérieur, Suleyman Soylu. Il s'est exprimé lors d'une visite dans une caserne de la police anti-émeute à Istanbul, où il a présenté ses condoléances aux forces de l'ordre.

Outre les arrestations, les représailles de la Turquie ont visé la rébellion kurde dans le nord de l'Irak. L'armée turque, citée par l'agence Dogan, affirme avoir frappé «des membres d'une organisation terroriste séparatiste», en référence au PKK, dans la région du Zab, dans le nord de l'Irak, détruisant leur quartier général ainsi que des abris et des positions armées.

Condamnations jugées hypocrites

Dans des tribunes publiées par le journal Hurriyet, des éditorialistes ont critiqué la politique du gouvernement, qui semble selon eux mue par une volonté de vengeance sans stratégie claire susceptible de mettre fin aux attentats.

Le journal progouvernemental Daily Sabah a pour sa part dénoncé ce qu'il perçoit comme un manque d'action des Etats-Unis et de l'Union européenne contre le PKK et ses émanations. Il juge hypocrites leurs condamnations de l'attaque et leurs condoléances présentées au peuple turc.

Répression accrue

Pour Jean Marcou, professeur à Sciences Po Grenoble et chercheur associé à l'Institut français d'études anatoliennes, la volonté du gouvernement de calmer l'opinion publique après l'attaque «risque de favoriser une répression accrue contre le HDP».

Il estime que des attaques comme celle d'Istanbul font le jeu à la fois des nationalistes turcs et «de la branche extrême de la mouvance kurde» qui ne veulent pas d'une solution politique du conflit armé entre Ankara et le PKK.

«Je crois que cette option a été dynamitée par le nationalisme turc et par les mouvements extrêmes comme le TAK», a-t-il dit. Le HDP «qui a tenté de jouer la carte de la politique, est d'ailleurs la première victime de la répression qui suit les attentats», a ajouté M. Marcou. (nxp/ats)

(NewsXpress)

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