Sexe et politique en France: «Arrête de crier, ta secrétaire nous entendra»
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Sexe et politique en France«Arrête de crier, ta secrétaire nous entendra»

Cinq femmes sont sorties de leur silence aujourd'hui, dans l'affaire de harcèlement sexuel qui concerne le député français
Denis Baupin.

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Le député écologiste français a été accusé par de nombreuses femmes, travaillant en politique ou dans les médias, de les avoir harcelées sexuellement.

Le député écologiste français a été accusé par de nombreuses femmes, travaillant en politique ou dans les médias, de les avoir harcelées sexuellement.

photo: Kein Anbieter/AFP

Les témoignages s'accumulent contre le député écologiste Denis Baupin, accusé de harcèlement sexuel par plusieurs femmes. Au début du mois de mai 2016, huit personnes avait déjà raconté leur expérience. Lundi, cinq autres femmes sont sorties du silence et ont témoigné à France Inter et Médiapart.

«Il m'a dit arrête de crier, ta secrétaire va nous entendre»

Geneviève Zdrojewski était cheffe du cabinet de la ministre qui a engagé Denis Baupin. Elle dit avoir été agressée deux fois par lui. «J'étais dans mon bureau avec la porte ouverte. Monsieur Baupin est rentré de façon tout à fait inattendue et s'est jeté sur moi. Donc je me suis mise à crier, et il m'a dit «arrête de crier, ta secrétaire va nous entendre.» La deuxième fois il a essayé de m'agresser sexuellement dans les toilettes, il m'a plaqué contre le mur avec les mains sur mes seins et a essayé de m'embrasser.»

La victime en a beaucoup discuté avec ses amis, mais n'a jamais eu l'idée d'en parler à ses supérieurs. Elle regrette aujourd'hui de ne pas avoir porté plainte sur le moment. «J'aurais dû aller ventre à terre dans le bureau de la ministre pour le dire, c'est évident.»

«C'est une pieuvre qui m'a sauté dessus»

A la même époque, une jeune dirigeante des Verts raconte avoir subi des attouchements pendant un repas, durant lequel Denis Baupin lui aurait fait du pied. «Il a même enlevé sa chaussure pour atteindre mon entrejambe» affirme-t-elle. Puis, le conseiller lui aurait demandé de la suivre dans son bureau en prétextant avoir reçu un fax pour elle. «C'est une pieuvre qui m'a sauté dessus. Il a essayé de m'embrasser par tous les moyens. Je me suis débattue... Bien-sûr, il n'y avait pas de fax.»

Elle dit s'être enfuie du bureau «affolée et échevelée», et croise alors un autre dirigeant du parti, Jean-Claude Biau, qui confirme: «Nous l'avons vue arriver en nous demandant de la protéger des avances de Denis Baupin. Elle était très émotionnée et en pleurs. Lorsqu'il nous a vus, il est vite retourné dans son bureau.»

Gestes déplacés

Dans les autres témoignages publiés aujourd'hui, il est fait mention de caresses dans la nuque, de SMS insistants, ou encore de bise avec mains baladeuses. La victime de ce dernier événement aurait alors réagi en lançant un «ça va pas, Denis?!», auquel il aurait répondu: «c'est pour faire réagir ton compagnon». Celui-ci est également membre du parti Europe Ecologie les Verts.

Pas de réponse

Comme lors de la première vague de témoignages, les journalistes de France Inter et de Médiapart ont sollicité un entretien avec le principal intéressé. Son avocat leur a alors proposé un interview partiellement en «off», c'est à dire que certains propos n'auraient pas pu être diffusés ni même rapportés par les journalistes. Ils ont donc refusé.

Une enquête préliminaire est en cours suite aux premières accusations de harcèlement sexuel à l'encontre du député, qui nie pour l'instant les faits. Il a toutefois accepté de démissionner de son poste de vice-président de l'Assemblée nationale française le 9 mai 2016.

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