26.08.2019 à 04:09

Playlists «suisses» sur SpotifyArtistes locaux snobés par «leur» office du tourisme

Avec ses playlists spéciales road trips, My Switzerland a manqué une bonne occasion de promouvoir les musiciens de chez nous.

de
Francesco Brienza
Tora1983/istock

L'idée était prometteuse, mais elle laisse un goût d'inachevé. Cet été, dans le cadre d'un programme de road trips à travers le pays, Suisse Tourisme a créé douze playlists sur Spotify. Objectif annoncé: «esquisser un portrait musical de la Suisse». Problème, les artistes suisses y sont très largement sous-représentés. Aliose, Stefan Eicher et 77 Bombay Street sont noyés sous des dizaines de chansons d'Avicii, des Beach Boys et d'Ed Sheeran. «C'est du grand n'importe quoi, s'emporte Didier Tischler Taillard, co-fondateur de la webradio musicale romande Léman Bouge. Et c'est surtout un immense gâchis! Il y a des auteurs fabuleux chez nous, qui n'ont rien à envier aux grosses productions étrangères. My Switzerland promeut très bien le fromage suisse, alors pourquoi pas la culture?»

Faites-vous un avis en parcourant la playlist Genève-Saint-George:

«Il serait temps de prendre des risques en Suisse»

Une incompréhension partagée par un DJ neuchâtelois sur Facebook. «Quand on sait que Suisse Tourisme touche chaque année des dizaines de millions de la Confédération (ndlr: 53 mios en 2017) pour promouvoir le patrimoine suisse, on peut se demander pourquoi l'organisation n'a pas profité de ces playlists pour mettre en avant des artistes des différentes régions.» Ailleurs en Europe, les diffuseurs rechignent moins à proposer des artistes de chez eux. «Dans les pays scandinaves, on n'a aucun mal à entendre des groupes locaux, même quand c'est du métal, reprend Didier Tischler Taillard. Il serait temps que les acteurs suisses osent prendre des risques, surtout quand ils vivent de l'argent public.»

Les risques, My Switzerland les a évités en concevant ses playlists en collaboration avec 16 radios privées. Les auditeurs ont simplement énuméré leurs titres préférés et les chansons les plus souvent citées ont été retenues. «L'idée était de savoir ce que les locaux écoutent comme musique sur place et quelles chansons représentent au mieux les différentes portions de chaque itinéraire», indique Nina Villars, chargée de communication de l'organisme, qui précise que des morceaux «locaux» figurent dans chaque playlist. Un «portrait musical de la Suisse» un peu léger, mais assumé: aucune modification des playlists n'est à l'ordre du jour.

Le streaming se développe en Suisse

En Suisse, les services de streaming tels que Netflix ou Spotify sont de plus en plus utilisés, en particulier par les jeunes.

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