Syrie: Assad vire son vice-Premier ministre
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SyrieAssad vire son vice-Premier ministre

Le président syrien Bachar al-Assad a démis mardi de ses fonctions Qadri Jamil, vice-Premier ministre chargé des affaires économiques.

La décision de M. al-Assad survient après des informations de sources syriennes faisant état d'une rencontre samedi à Genève entre Qadri Jamil et l'ambassadeur américain Robert Ford, chargé du dossier syrien. M. Jamil a demandé à faire partie de la délégation de l'opposition à Genève-2, ce que M. Ford a refusé, arguant qu'il ne pouvait être à la fois au gouvernement et dans l'opposition. «Un décret présentiel a démis Qadri Jamil de ses fonctions», a rapporté Sana. Selon un porte-parole de la coalition de l'opposition, Louay Safi, «cela démontre que le régime est en train de se dégrader, politiquement il a de plus en plus de difficultés à garder ce type de personnalités avec lui».

Ancien révolutionnaire

M. Jamil avait fondé en 2002 le parti de la Volonté du peuple, qui avait participé aux manifestations pacifiques contre le régime syrien en mars 2011. Il avait ensuite participé à la rédaction de la nouvelle Constitution, adoptée en 2012. Avec d'autres partis, il avait formé le «Front populaire pour le changement et la libération» pour les législatives en 2012, avant de rejoindre le gouvernement. A Damas, l'émissaire international pour la Syrie Lakhdar Brahimi a déclaré devant les médias que «la conférence de Genève est une rencontre entre les parties syriennes et ce sont elles, et pas moi, qui vont fixer la phase transitoire et la suite». Actuellement en tournée régionale, M. Brahimi est revenu dans la capitale après une absence de six mois à la suite d'un différend avec Bachar al-Assad.

«Atteinte au droit du peuple»

L'émissaire a rencontré le ministre syrien des Affaires étrangères, Walid al-Moualem. Celui-ci a assuré que son gouvernement participerait à la conférence de paix de Genève-2. D'après la télévision d'Etat syrienne, il a souligné que les Syriens rejetaient «toute forme d'intervention étrangère». Le ministre a en outre qualifié les déclarations et communiqués précédant la conférence «d'atteinte au droit du peuple syrien et de préconditions au dialogue entre Syriens avant que celui-ci soit entamé». Il faisait allusion à la réunion des «Amis de la Syrie», le 22 octobre, au cours de laquelle les participants avaient nié le droit de Bachar al-Assad à faire partie d'une solution. La mise au point de M. Brahimi sur le caractère syrien de la conférence intervient au lendemain de la publication d'un entretien donné à l'hebdomadaire «Jeune Afrique». «Le président al-Assad peut contribuer utilement à la transition entre la Syrie d'avant, qui est celle de son père et la sienne, et ce que j'appelle la nouvelle République de Syrie», avait-il dit.

Un casse-tête

M. Brahimi a également rencontré les opposants de l'intérieur, tolérés par le régime, Hassan Abdel Hazim, chef du Comité de coordination pour le changement national et démocratique (CCCND) et Ali Haïdar, ministre d'Etat chargé de la réconciliation nationale, qui vient aussi des rangs de l'opposition. La composition de la délégation de l'opposition reste un casse-tête, en raison des divergences qui la traversent et des menaces des groupes armés contre ceux qui oseraient se rendre à Genève. «Il faut faire une séparation réelle entre l'opposition patriotique et les autres. Ceux qui mettent des conditions préalables (le départ d'Assad) ne souhaitent pas aller de l'avant», a estimé M. Haïdar. «S'il faut qu'il y ait une délégation unique de l'opposition, alors nous, opposition de l'intérieur, préférons ne pas y aller plutôt que d'être sous l'ombrelle de Coalition», a-t-il ajouté.

Opposition atomisée

Sur le terrain, l'opposition est de plus en plus atomisée. Dans la province de Hassaké (nord-ouest), des combattants kurdes ont pris trois villages aux jihadistes de l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) et du Front al-Nosra, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH). Ils ont contraint un chef de bataillon lié à l'Armée syrienne libre (ASL) à se rendre avec toutes ses armes. (ats)

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