Actualisé 24.02.2011 à 14:23

Justice britanniqueAssange peut être extradé vers la Suède

Un tribunal londonien a jugé recevable la demande d'extradition de Julian Assange vers la Suède. Ses avocats ont annoncé qu'ils allaient «faire appel».

Le fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, a enregistré jeudi un nouveau revers devant la justice. Un tribunal londonien a validé le mandat d'extradition émis à son encontre par la Suède pour une affaire de viol. Mais il a aussitôt annoncé sa décision de faire appel.

«Je dois ordonner l'extradition de M. Assange vers la Suède», a déclaré le juge Howard Riddle. Il a balayé l'argument selon lequel l'Australien de 39 ans serait victime d'une machination et d'un «abus de droit» de la part de la justice suédoise qui a émis un mandat d'arrêt européen contre lui.

L'Australien de 39 ans dément formellement les accusations d'agression sexuelle et de viol, portées par deux Suédoises. Ses avocats avançaient que les faits reprochés à leur client ne constituaient pas des délits au regard de la loi britannique.

Dans ses attendus, le juge Riddle a au contraire estimé que Julian Assange «avait délibérément eu une relation sexuelle (avec l'une des deux Suédoises) profitant de manière malhonnête du fait qu'étant plongée dans le sommeil, elle se trouvait désarmée». «Dans ce pays, cela équivaut à un viol», a-t-il tranché.

Respect et confiance

Le juge n'a pas davantage retenu l'argument de la défense selon lequel M. Assange ne pourrait pas bénéficier d'un «procès équitable» en Suède au prétexte que les affaires à caractère sexuel se traitent généralement à huis-clos dans ce pays.

Il a estimé sans fondement l'argument selon lequel Julian Assange pourrait être extradé ultérieurement de Suède vers les Etats-Unis, avec le risque de se retrouver emprisonné sur la base américaine de Guantanamo, voire condamné à mort. L'extradition de M. Assange est une affaire entre le Royaume-Uni et la Suède qui ne concerne pas les Etats-Unis, a réagi jeudi le département d'Etat.

Enfin, M. Riddle a jugé «hautement improbable» que des déclarations du premier ministre Suédois Fredrik Reinfeldt, qui a invité la défense de M. Assange à prendre davantage en compte «les droits des femmes et leurs points de vue», soient de nature à entraîner un climat «toxique» préjudiciable à la sérénité de la justice.

En validant le mandat d'arrêt européen émis par la Suède, le juge Riddle a fait valoir «le respect mutuel et la confiance du tribunal envers les autres tribunaux européens».

Costume sombre

«Nous allons faire appel», a immédiatement annoncé au tribunal Geoffrey Robertson, qui dirige l'équipe d'avocats de Julian Assange. Ce dernier, en costume sombre et cravate, n'a pas cillé à l'énoncé de la décision intervenant après trois mois d'instruction. Un second avocat, Mark Stephens, a précisé que l'appel serait déposé sous huitaine devant la Haute Cour de justice de Londres.

Depuis Stockholm, le défenseur des deux jeunes Suédoises à l'origine des poursuites contre Julian Assange a déploré le nouveau retard qu'engendrera ce recours. «Assange devrait respecter les principes qu'il a exprimés à travers WikiLeaks et prendre ses responsabilités. J'ai dit à mes clientes que j'espérais que cela sera terminé avant l'été», a déclaré l'avocat Claes Borgström à l'agence suédoise TT.

L'Australien de 39 ans s'était rendu à la police britannique le 7 décembre et avait été libéré sous caution en appel, après neuf jours de détention. Il est depuis lors assigné à résidence dans le manoir d'un partisan, perdu dans la campagne anglaise à 200 km au nord-est de Londres.

Protestation

Une vingtaine de partisans de Julian Assange ont protesté jeudi devant l'enceinte du tribunal de Belmarsh, affirmant que le fondateur de WikiLeaks était victime d'une «machination». Selon eux, ses démêlés judiciaires visent en fait à sanctionner la diffusion par WikiLeaks de câbles diplomatiques confidentiels américains, au grand dam de Washington et de nombreuses capitales.

Certains avaient revêtu une combinaison orange évoquant la tenue des prisonniers de la base américaine de Guantanamo, d'autres brandissaient des pancartes proclamant: «Sauvez WikiLeaks» et «Maintenez libre la liberté». (ap/afp)

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