Actualisé 03.12.2014 à 20:29

Puplinge (GE)

Assassin en puissance, le braqueur de la Raiffeisen?

Pour ces faits survenus en janvier 2012, le procureur réclame douze ans pour tentative d'assassinats. La défense plaide le brigandage aggravé, et souhaite cinq ans.

de
Jérôme Faas
La banque Raiffeisen du village de Puplinge avait été attaquée le 17 janvier 2012 peu avant 18 heures.

La banque Raiffeisen du village de Puplinge avait été attaquée le 17 janvier 2012 peu avant 18 heures.

«Extrême gravité.» Tel un mantra, le procureur a répété ces termes pour qualifier l'attaque en janvier 2012 de la Raiffeisen de Puplinge et la faute de l'unique braqueur qui faisait face au Tribunal criminel ce mercredi. Trois coups de feu avait alors été tirés, par un autre que lui, sur les vitres blindées du guichet et d'une porte, puis à travers celles-ci. Derrière ces remparts de fortune, des employées, indemnes mais traumatisées. Olivier Lutz plaide la tentative d'assassinats, crime passible d'un minimum de dix ans de prison. Le magistrat en requiert douze.

«Il aurait pu y avoir des morts», affirme-t-il. L'accusé, qui n'était pas lui-même armé, se serait accommodé de cet éventuel résultat en prenant part au braquage. «Dans un vol à la portière, il ne viendrait à personne l'idée de punir différemment le voleur et celui qui distrait le conducteur», illustre le procureur. Il ajoute par ailleurs que le prévenu n'a pas tenté de dissuader son complice de tirer, et qu'il a agi pour un motif futile, l'argent, «et peu importe la vitre blindée et la caissière».

Me Timothée Bauer, le conseil du prévenu, s'offusque d'une telle sévérité. Le Tribunal criminel, juridiction traitant les crimes passibles d'au minimum 10 ans de prison? «Seuls les brigandages avec des morts ou des blessés y finissent. Requérir douze ans n'a aucun sens juridique. Jamais de tels cas ne débouchent sur des peines excédant 10 ans.» L'avocat ne voit dans cette affaire qu'un brigandage aggravé, qui englobe déjà la mise en danger de la vie d'autrui. Dans ce cas, la peine plancher est fixée à 5 ans. C'est cette peine qu'il réclame.

«Pas là pour faire un exemple»

Les menaces, la vénalité? «Lors d'un braquage, on menace toujours, c'est le principe. Sinon, la personne ne donne pas l'argent. Et si elle le donne, ce n'est pas pénal, c'est de la mendicité. Quant à dire que mon client a agi pour l'argent, on enfonce une porte ouverte. Le motif d'un braquage est toujours l'argent.» De tentative d'assassinats, il ne voit donc nulle trace, conforté dans son raisonnement par le témoignage d'un inspecteur de la police scientifique, le matin-même: la munition choisie, de la grenaille, ne permet pas de percer une vitre blindée; et à courte distance, avec un fusil à pompe, l'assaillant peut maîtriser la direction de son tir. «On n'est pas là pour faire exemple», insiste-t-il donc.

«Braquage à la Gabin, mais à l'envers»

Me Jacques Roulet, avocat de la banque et des quatre caissières qui mardi encore sanglotaient à l'évocation des coups de feu vieux de pourtant presque trois ans, tient au contraire à ce que le tribunal délivre un message : «Ca suffit! Nous ne pouvons admettre que nous soyons revenus dans les pires moments du far-west, des hold-up de banque.» Et d'égrener les cinq Raiffeisen braquées entre janvier 2010 et janvier 2012 à Genève. «Il faut lutter. Il faut que les criminels sachent que les attaques à main armée ne peuvent plus être tolérées dans ce canton!»

Revenant sur les faits, l'assaillant ayant fait feu moins d'une seconde après son irruption dans l'agence, il parle d'un «braquage à la Gabin, mais à l'envers: on tire d'abord, et après on menace, pour briser la sécurité, quitte à briser une vie». Pour rendre justice à ses clientes, dit-il, un «véritable verdict d'assassin» est nécessaire. Les juges se prononceront vendredi en fin de journée.

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