Coronavirus: Attention au surendettement des ménages en temps de crise
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CoronavirusAttention au surendettement des ménages en temps de crise

Alors que la pandémie fait des ravages dans le monde, la situation financière des personnes à bas revenu s’est gravement détériorée.

L'Association suisse des sociétés de leasing (ASSL) souligne passer à la loupe les capacités d'endettement des débiteurs.

L'Association suisse des sociétés de leasing (ASSL) souligne passer à la loupe les capacités d'endettement des débiteurs.

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Alors que la crise économique consécutive à la pandémie de coronavirus prend de l'ampleur, l'endettement des ménages commence à représenter un dangereux fardeau, surtout pour les plus modestes. Face à cette situation, les spécialistes du crédit à la consommation sont devenus plus prudents et des associations commencent à s'alarmer du risque de surendettement.

Paradoxe de la pandémie de Covid-19, les demandes de crédits automobiles se sont envolées au sortir du confinement. Avec un bond 36% début juin, elles ont dépassé leur niveau d'avant-crise, a récemment révélé Credaris, partenaire du comparateur en ligne Comparis.

En Suisse, le prêt automobile représente le principal moteur du marché du crédit à la consommation. D'après le Centre d'informations de crédit (ZEK), cette activité bancaire a pesé l'année dernière plus de 8,1 milliards de francs, en hausse de 5,2% sur un an, pour un montant moyen d'emprunt de 32'575 francs.

En matière de leasing, l'Association suisse des sociétés de leasing comptabilisait fin 2019 un total de près de 10 milliards de francs de contrats de location automobile par des particuliers pour un montant moyen de 34'500 francs par voiture.

A ces montants, il faut ajouter les prêts hypothécaires qui totalisaient en 2018 quelque 842 milliards de francs, en hausse de 39% depuis 2009, selon les statistiques de la Banque nationale suisse (BNS).

Selon l'Office fédéral de la statistique (OFS), plus de 40% de la population helvétique vivait en 2017 dans un ménage avec au moins un type de dette et 8% cumulent même trois crédits différents.

Risque de défaillance

Alors que les spécialistes tablent cette année sur un important ralentissement économique et une hausse du taux de chômage, l'Association suisse des sociétés de leasing (ASSL) souligne passer à la loupe les capacités d'endettement des débiteurs. Une porte-parole admet néanmoins «qu'il faut compter sur une hausse des défaillances vu le contexte actuel».

La Banque Migros a pour sa part indiqué avoir resserré ses conditions d'octroi de crédit à la consommation, afin «d'éviter le plus possible les cas du surendettement dans la situation actuelle», refusant notamment les demandes de personnes au chômage partiel, a indiqué un porte-parole à AWP.

Le spécialiste du crédit à la consommation Cembra Money Bank, qui compte en Suisse plus de 1 million de clients, a pour sa part pris depuis février plusieurs mesures face à la situation actuelle et dit tabler sur une activité stable sur l'ensemble de l'année. De plus amples détails doivent suivre lors de la publication des résultats semestriels le 23 juillet.

Parmi les émetteurs de cartes de paiement, Globus a indiqué que la crise due au coronavirus «n'a pour l'heure pas eu d'impact sur la morale de paiements» des clients du grand magasin. Ce dernier ne voit donc pas de raison de prendre des mesures, a estimé une adjointe de la direction.

Les associations d'aide aux personnes endettées sont plus prudentes. «De nombreux ménages vivant au revenu minimum ont certainement glissé dans l'endettement», a estimé Agnes Würsch, responsable prévention de l'association bâloise Plusminus. Les aides publiques ont été utiles, mais pas suffisamment, a-t-elle déploré.

«Nous nous attendons à l'avenir à ce qu'il y ait encore plus de personnes vivant au minimum vital», a ajouté Mme Würsch. Parmi les personnes demandant de l'aide figurent également des entrepreneurs indépendants, qui ont reçu trop peu d'aide publique au début du confinement. Leur sort s'est cependant amélioré avec le réajustement des versements d'urgence.

Demande d'aide tardive

Ce point de vue est partagé par un responsable de Dettes Conseils Suisse. «La crise que nous vivons frappe particulièrement durement les personnes à bas revenus» et elle «pourrait bel et bien être catastrophique en terme de surendettement des ménages», a averti le secrétaire général de la fédération Sébastien Mercier.

Selon ce dernier, «on constate que le surendettement des ménages ne s'est pour ainsi dire pas amélioré depuis la crise (financière) de 2008».

Mais les demandes de conseil n'arrivent que lentement. «Pour les services qui ne font que du désendettement, il commence à y avoir des petites vagues, notamment d'indépendants en difficulté. Il faut savoir que les ménages surendettés ont tendance à tarder à demander de l'aide», a expliqué M. Mercier, ajoutant que trois-quarts des personnes surendettées consultent des spécialistes seulement après trois ans de difficultés.

«Les ménages à revenus faibles à moyen, ainsi que les personnes ayant déjà un endettement important risquent bien de plonger dans le surendettement», a-t-il poursuivi.

Face à ces risques, M. Mercier plaide en faveur d'une adaptation temporaire de la loi sur les poursuites et faillites «afin de permettre aux personnes touchées par la crise de se stabiliser financièrement».

(ATS)

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