Mondiaux de cyclisme 2021 - Bruges: attention les vélos!
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CyclismeBruges: attention les vélos!

La capitale de la Flandre occidentale n’est pas qu’une des nombreuses «Venise du Nord». C’est aussi une de ces cités où la bicyclette est reine. Pas toujours simple!

par
Robin Carrel
(Bruges)
Des parkings à vélo sur deux étages.

Des parkings à vélo sur deux étages.

En Suisse, ça tergiverse – pour ne pas dire autre chose – volontiers dès qu’un bout de route est amputé pour laisser passer les deux roues. En Belgique, on a depuis bien longtemps dépassé ce stade. Le vélo est souvent prioritaire et de vraies autoroutes à cyclistes sont disponibles de partout. Ce n’est pas pour rien que c’est une vraie terre de la petite reine, et que tant de champions viennent du coin. «Where the champions are made», «là où les champions sont faits», dit d’ailleurs le slogan des Mondiaux dans les Flandres. Ce n’est donc pas un hasard si le 100e anniversaire des championnats du monde s’y déroule.

«Il n’y a pas meilleur endroit que chez soi pour fêter un anniversaire important, a jubilé en semaine le ministre flamand des Sports, Ben Weyts. Nous sommes fiers de pouvoir accueillir en Flandre le centenaire du Mondial. La course fait son retour à la maison et nous allons transmettre notre amour pour le vélo et de la course au monde entier.» Si, paraît-il, «football is coming home» en Angleterre, il en est donc de même pour le vélo dans ce coin de Belgique. Ici, 42% des déplacements quotidiens pour aller à l’école ou au travail sont faits sur deux roues.

Des vélos, des tee-shirts et des vélos sur des tee-shirts.

Des vélos, des tee-shirts et des vélos sur des tee-shirts.

«Dans les Flandres, on est amoureux de la machine qu'on appelle «vélo», explique, un poil lyrique, Jan Jambon, le ministre-président flamand. C'est notre compagnon de toujours dans la vie. C'est le symbole de notre liberté. Le cyclisme fait partie de notre héritage et de notre ADN. Tous les week-ends, des centaines de Flamands prennent leur machine pour se mesurer à nos monts et à nos pavés, comme de vrais «Flandriens».»

Bruges n’est donc pas qu’une des plus belles villes du monde, avec ses canaux, ses petites rues, ses terrasses, son architecture, son histoire, son art, ses bières, son chocolat et ses frites. Cette ville, appelée souvent la «Venise du Nord» - comme Amsterdam, comme Colmar, comme Copenhague, comme Stockholm, comme St-Pétersbourg… En passant, quelqu’un a-t-il vu une «Venise du Sud»? Aveiro – peut-être... – fait tout pour éliminer les voitures en son centre et muscler les mollets de ses concitoyens. Car il faut avoir des dodus pour dompter ses pavés!

Si les voitures et les cyclistes ont désormais l’habitude de cohabiter dans les environs, c’est honnêtement un poil plus compliqué quand on est un simple piéton. Sur les pavés, ça va encore, on peut entendre arriver les bicyclettes de loin. Mais à pas mal d’endroits où le goudron «rend bien», comme on dit dans le jargon, le piéton est à la merci de voir un vélo à panier avec un chien dedans, conduit par une grand-mère, ou deux Chinois en goguette qui tentent d’instagrammer en même temps, le surprendre dans un angle mort. A tel point que se déplacer en bus est quasiment impossible également. Entre le stade et le centre ville par exemple, il faut compter 58 minutes en bus, 54 à pied et… moins de 20 en bicyclette!

L’équipe de football du Club Bruges a sorti des maillots de cyclisme.

L’équipe de football du Club Bruges a sorti des maillots de cyclisme.

Mais là où les Brugeois sont des forçats de la route, c’est qu’ils arrivent à pédaler et à maîtriser leurs machines dans toutes les situations, même après avoir goûté outrageusement aux productions locales houblonnées. Il faut le voir pour le croire, c’est presque de l’art! On a ainsi pu constater de visu que certains «athlètes» des environs arrivent à piloter en peloton après s’être enfilés une bonne quinzaine de Jupiler lors d’un match de football entre le Cercle Bruges et le KAS Eupen (1-2). S’il y avait un permis pour faire du vélo, il aurait plu des confettis un soir de septembre dans les Flandres!

«Ça fait peur, parce qu'on arrive vers eux à plus de 50 km/h et on ne voit pas devant nous!»

Stefan Bissegger, à propos du public belge au bord de la route

La bière, si elle fait tout autant partie de la culture que les deux roues, peut aussi avoir ses inconvénients au niveau du public des épreuves mondiales de ces dix jours dans les Flandres. Ainsi, dimanche, certains spectateurs étaient «chauffés à la Blanche» lors des 43 kilomètres du parcours du contre-la-montre et les bords de route avaient des airs de montée de l’Alpe d’Huez au mois de juillet. Stefan Bissegger, qui participait à ses premiers Championnats du monde chez les grands, a d’ailleurs presque eu peur à certains moments.

«C’était un peu chiant!, a-t-il raconté à sa descente de vélo. Lors d’un chrono, tu dois être dans une position avec la tête très basse pour l'aérodynamisme, et du coup, on ne voit rien. Il faut donc vraiment faire confiance aux gens sur le bord de la route, parce que s’ils ne se mettent pas de côté à temps, tu tombes! J'espère que la prochaine fois ils resteront sur les bas-côtés. Ça fait peur, parce qu'on arrive vers eux à plus de 50 km/h et on ne voit pas devant nous! Il suffit qu'un mec se retire trop tard et on se casse des trucs.»

Son compatriote Stefan Küng a davantage l’expérience de ces grands rendez-vous et a réussi à mettre son cerveau sur «off» pour fendre la foule: «Franchement, moi, je ne me suis pas rendu compte de grand-chose. On est tellement dans le truc, pendant un contre-la-montre... J'ai juste entendu quelques fois dans mon oreillette: «Fais attention au public!» Mais les Belges, on sait que ce sont des fous de vélo. C'est beau de faire un championnat du monde ici.»

Un million de spectateurs?

La passion des Belges n’a guère de limites et il va falloir contenir tout ce petit monde dimanche prochain, en direction de Louvain. On attend un million de personnes sur le bord des routes en fin de semaine à l’ouest de Bruxelles, et la SNCB – les CFF locaux – a décidé de déployer seize trains supplémentaires pour acheminer les fans sur le circuit final. Si Wout Van Aert ou Remco Evenepoel venait à gagner la course en ligne, ce serait sans doute une bonne chose. Car la fête pourrait bien être énorme.

En même temps, ce n’est pas comme s’ils avaient besoin d’une raison de plus pour faire la fête à la petite reine…

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