Genève - Au coeur du chantier de GeniLac, moteur de la transition verte
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GenèveAu cœur du chantier de GeniLac, moteur de la transition verte

Les travaux autoroutiers en bordure de l’aéroport donnent l’occasion aux SIG d’installer en sous-sol la future colonne vertébrale énergétique du canton.

par
Jérôme Faas

Quand l’automobiliste longe l’aéroport, il voit un immense chantier vite identifié comme celui de la jonction autoroutière du Grand-Saconnex, dont l’emblème est le nouveau pont haubané qui matérialise l’entrée à Genève. Ce qu’il ignore sans doute, c’est que ces travaux en cachent d’autres, aussi ambitieux que complexes: le Canton et les Services industriels de Genève (SIG) ont profité de l’opportunité pour mener à bien le projet GeniLac, qui consiste à relier toute une série de bâtiments, dont l’aéroport et le nouveau quartier de l’Étang, à un réseau thermique propre. Des tuyaux destinés à charrier de l’eau pompée dans le lac sont ainsi posés en sous-sol. À terme, le fluide permettra de chauffer et de refroidir les immeubles sans utiliser la moindre énergie fossile. Enfin, faisant d’une pierre trois coups, l’État a greffé à ce chantier le projet Swissgrid, soit l’enfouissement de 4,5 kilomètres de lignes à haute tension aujourd’hui aériennes – une opération esthétique bien sûr, mais qui permettra aussi de gagner du foncier à l’heure où l’exiguïté du territoire genevois amène à construire la ville en ville.

Une première suisse

Le chantier, que les SIG ont ouvert aux médias ce jeudi, tient donc du casse-tête: «L’objectif est de ne pas péjorer l’accès à Palexpo et à l’aéroport», ni d’interrompre le flux autoroutier, explique Serge Balestra, le chef du projet GeniLac – Axe stratégique réseaux. C’était «maintenant ou jamais», car sans les travaux menés sur l’autoroute, «vu la taille du réseau GeniLac, on n’aurait pas pu le mettre dans le réseau urbain actuel. C’est une première suisse. l’Office fédéral des routes nous a permis de passer dans le domaine autoroutier, ce qu’il ne faisait jamais avant.»

Forage en profondeur

Au niveau du World Trade Center, un large trou a été creusé à une vingtaine de mètres de profondeur. Il deviendra à terme une chambre technique de régulation du réseau GeniLac. Pour l’heure, il offre un accès aux micro-tunneliers, ces machines qui foreront le sous-sol par tranches de six mètres, afin d’y enfoncer petit à petit les conduites d’eau. Au niveau de l’Arena, pas besoin de forer. Les quelque 200 ouvriers œuvrant au projet creusent une tranchée (au-dessus prendra place la future bande d’arrêt d’urgence de l’autoroute) dans laquelle ils poseront les tubes prévus pour accueillir l’eau.

Sécurité maximum

La composante sécuritaire est omniprésente: vu que de l’eau à très haute pression circulera dans les tuyaux, toute fuite pourrait être dramatique, qui plus est sous une route: de puissants geysers pourraient y surgir. C’est pourquoi la technologie utilisée pour ces tubes composés de deux couches de béton enserrant une couche d’acier est la même que celle en cours dans les centrales nucléaires. Une fois assemblés, ces conduits sont ensuite soudés entre eux de l’intérieur par des hommes qui ramperont à l’intérieur. «On ne peut envoyer des gens dans les tubes que tous les 150 mètres», détaille Serge Balestra.

Un labyrinthe en 3D

L’enterrement des lignes à haute tension complique l’équation. Parfois, elles devront passer sous les installations de GeniLac. Mais elles ne peuvent pas être insérées trop en profondeur, sinon les câbles chauffent. D’autres fois, elles seront donc disposées au-dessus des conduites d’eau. Par ailleurs, les différents trajets souterrains ne peuvent pas systématiquement être rectilignes: «Il s’agit parfois de tirer des courbes pour éviter les propriétés privées», indique Serge Balestra.

Objectif neutralité carbone

Les travaux de génie civil liés à cette gigantesque colonne vertébrale énergétique longue de 1,9 km (alors que la totalité du réseau GeniLac, depuis la station de pompage du Vengeron jusqu’à Vernier, s’étend sur 5,5 km) seront achevés en 2023. «L’aéroport deviendra alors un aéroport vert avec une alimentation sans fossile, expose Cédric Petitjean, directeur de l’Office cantonal de l’énergie. Ces réseaux vont structurer notre canton, ils seront une artère allant jusqu’au quartier de l’Étang et sur le passage, d’autres quartiers et d’autres immeubles pourront s’y raccorder pour faire leur transition énergétique.» L’objectif final fixé par le Canton étant, rappelle-t-il, de diminuer de 60% les émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030 et d’atteindre la neutralité carbone en 2050.

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