Actualisé 24.01.2011 à 20:25

Agression homophobe«Au départ, c'était une blague de mauvais goût»

Un homme de 33 ans avait été sauvagement agressé par quatre hommes en juillet 2006 dans le Val-de-Marne (France). Un des accusés a reconnu avoir voulu au départ lui faire «une blague de mauvais goût».

Un des quatre hommes accusés d'avoir sauvagement agressé Bruno Wiel, un homosexuel de 33 ans, en juillet 2006 à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne), a reconnu lundi devant la cour d'assises du Val-de-Marne avoir voulu au départ lui faire «une blague de mauvais goût».

«On l'a attiré dans l'auto pour le dépouiller», a justifié David Deugoue N'Gagoue, 30 ans, «ensuite on a voulu le poser dans le parc avant de rentrer chez nous, c'était une blague de mauvais goût».

«Pourquoi avoir voulu lui faire une mauvaise blague à lui?», l'a interpellé Benoît Hurel, l'avocat général. «Pourquoi cette envie d'être méchant avec lui, pourquoi avoir envie de le laisser, lui, seul dans un parc?»

Poursuivis pour actes de barbarie

L'accusé, ainsi que trois de ses copains de la cité des Grands champs de Thiais (Val-de-Marne), nie avoir voulu agresser Bruno Wiel en raison de son homosexualité. Ils sont poursuivis pour «tentative de meurtre», «actes de torture et de barbarie en réunion et en raison de l'orientation sexuelle de la victime» et risquent la réclusion criminelle à perpétuité.

Lundi après-midi, la cour d'assises a décortiqué la nuit du 19 au 20 juillet durant laquelle Bruno Wiel, qui sortait de deux bars homosexuels du quartier des Halles à Paris, est entré en contact avec ses quatre agresseurs. «Nous étions tous fortement alcoolisés», a reconnu Antoine Soleiman. Deux des accusés soutiennent que David Deugoue N'Gagoue est allé à la rencontre du jeune homme, ce qu'il réfute.

La victime entraînée dans le véhicule

Bruno Wiel ayant été entraîné à l'arrière du véhicule, il a ensuite été «palpé» par l'un des passagers. «On cherchait des biens personnels», a soutenu Julien Sanchez. «Bruno Wiel nous a fait comprendre qu'il nous trouvait assez plaisants, il nous a fait des avances.»

David Deugoue N'Gagoue concède avoir «feint» l'homosexualité pour amadouer le jeune homme et reconnaît n'avoir trouvé ni argent ni carte bancaire à lui voler.

Interrogé par Me Caroline Mecary, l'avocate de SOS Homophobie, partie civile, Yohan Wijesignhe a admis alors avoir ressenti «du dégoût» en voyant les deux hommes ensemble.

«C'est parti trop loin»

Bruno Wiel est ensuite conduit vers Vitry-sur-Seine, soi-disant à la recherche d'un hôtel pour finir la nuit à cinq. «C'est moi qui ai pris la décision d'aller au parc des Lilas pour le dépouiller», a assuré Yohan Wijesinghe, qui conduisait le véhicule de location. «Après c'est parti trop loin.»

Dénudé, le jeune homosexuel est alors tabassé par plusieurs des hommes présents. Il sera même sodomisé avec un bâton, dans lequel l'un d'entre eux donnera des coups de pied, et brûlé. Laissé pour mort dans un buisson, il ne sera retrouvé agonisant que le 21 juillet vers midi. Depuis le début du procès, les accusés affirment ne pas pouvoir expliquer un tel déchaînement de violences.

«J'ai pris beaucoup de distance par rapport à tous ces événements que je ne parviens pas à réunir», a déclaré lundi après-midi Bruno Wiel, qui s'exprimait pour la première fois devant les assises. «J'avais peur que ma mémoire revienne au premier jour du procès, mais heureusement je ne me rappelle plus de rien.» Le trentenaire a été incapable de dire comment il avait rencontré ses quatre agresseurs. «Je n'ai pas pu les suivre comme cela, je sais qui j'étais, je sais qui je suis», a-t-il ajouté.

Coma de quinze jours

Plongé quinze jours dans le coma après avoir frôlé la mort, selon les médecins, le jeune homosexuel est resté hospitalisé durant sept mois. «Quand on m'a appelé pour le reconnaître après qu'il ait été retrouvé, j'ai hésité à dire que c'était bien Bruno», a témoigné Christiane Bel, sa tante, terriblement émue. «Pourquoi avoir fait une telle chose?», a-t-elle lancé aux accusés. Personne n'a répondu.

Selon l'accusation, trois de ces quatre hommes déjà condamnés pour «vols» et «recel de vols» sont également poursuivis avec deux autres prévenus pour avoir agressé deux homosexuels à Paris en juin et août 2006. Verdict attendu le 28 janvier. (ap)

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