Manifestation - Près de 20 morts et une démission en Colombie
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ManifestationPrès de 20 morts et une démission en Colombie

La réforme fiscale proposée par le gouvernement en Colombie a provoqué cinq jours de violentes manifestations. Le ministre des Finances a démissionné lundi.

Des manifestants affrontent la police antiémeute lors d’une manifestation contre un projet de réforme fiscale devant la maison du président colombien Ivan Duque à Bogota, le 1er mai dernier.

Des manifestants affrontent la police antiémeute lors d’une manifestation contre un projet de réforme fiscale devant la maison du président colombien Ivan Duque à Bogota, le 1er mai dernier.

AFP

Les violences qui ont marqué les manifestations récentes contre une réforme fiscale en Colombie ont fait près d’une vingtaine de morts et plus de 800 blessés, et le ministre des Finances a démissionné lundi face à une mobilisation qui ne semble pas faiblir.

«Mon maintien au gouvernement rendrait difficile l’édification rapide et efficace des consensus nécessaires» pour mener à bien une nouvelle proposition de réforme, a déclaré Alberto Carrasquilla, qui était ministre des Finances et du Crédit public depuis l’arrivée au pouvoir du président Ivan Duque en août 2018.

Le chef de l’État avait annoncé dimanche le retrait de ce projet pour en élaborer un nouveau, après cinq jours de protestation qui se sont soldés par la mort de 18 civils et d’un policier, selon le Défenseur du peuple, entité publique de protection des droits.

Le ministère de la Défense a pour sa part fait état de 846 blessés, dont 306 civils. En outre, 431 personnes ont été interpellées au cours des troubles qui depuis le 28 avril ont émaillé certaines manifestations, bien que la plupart aient été pacifiques. Alors que le gouvernement a déployé l’armée en renfort dans les villes les plus affectées, plusieurs ONG ont accusé la police d’avoir tiré sur des civils.

De son côté, le ministre de la Défense, Diego Molano, a affirmé que les incidents violents étaient «prémédités, organisés et financés par des groupes dissidents des Farc», qui ont rejeté l’accord de paix signé en 2016 par l’ex-guérilla marxiste, ainsi que par l’Armée de libération nationale (ELN), considérée comme la dernière rébellion de Colombie. Il a par ailleurs dénoncé des dégâts causés à 313 établissements commerciaux, 94 banques, 69 stations de transports publics, 36 guichets bancaires automatiques et 14 péages routiers.

Répression disproportionnée

Sous la pression des manifestations, massives le 28 avril et qui se sont répétées les jours suivants avec une ampleur diverse selon les villes, le président conservateur avait annoncé dimanche le retrait de la réforme fiscale, en cours d’examen au parlement. Il avait précisé qu’il présenterait un nouveau texte, excluant les points les plus contestés, dont une hausse de la TVA sur les biens et les services, ainsi que l’élargissement de la base d’imposition sur les revenus.

Le projet initial a suscité de fortes critiques, l’opposition, les syndicats et même des représentants du parti au pouvoir estimant qu’il affectait trop la classe moyenne et le jugeant inopportun alors que la pandémie a aggravé la crise économique.

En dépit du retrait annoncé, plusieurs centaines de manifestants sont à nouveau descendus lundi dans les rues de Bogota, Medellin (nord-ouest), Cali (sud-ouest) et Barranquilla (nord). Le Comité national de grève, à l’origine de la mobilisation initiale, a appelé à manifester à nouveau mercredi, bien que la plupart des grandes villes soient sous le coup de restrictions de déplacement, le pays traversant une troisième vague de contagions au Covid-19 avec à ce jour plus de 2,9 millions de cas, dont plus de 75’000 décès.

Parmi ceux qui ont dénoncé la répression disproportionnée des manifestations, le directeur de Human Rights Watch (HRW) pour les Amériques, José Miguel Vivanco, a confirmé la mort d’une personne aux mains de la police à Cali, troisième ville du pays et l’une des plus affectées par les troubles de ces derniers jours. L’ONG colombienne Temblores a pour sa part répertorié 940 cas de violence policière et précisé que «la mort de huit manifestants présumément attaqués par des policiers» faisait l’objet d’une enquête.

Un président sous pression

Le gouvernement a présenté son projet de réforme fiscale le 15 avril au parlement. Il entend accroître les recettes de l’État de l’équivalent de 6,3 milliards de dollars supplémentaires entre 2022 et 2031, pour financer les dépenses publiques.

La 4e économie d’Amérique latine est confrontée à sa pire crise en un demi-siècle, avec une chute du produit intérieur brut (PIB) de 6,8% en 2020 et un chômage officiel de 16,8% en mars. Alors que près de la moitié de la population active de ce pays de 50 millions d’habitants vit de l’économie informelle, la pauvreté s’est aggravée à 42,5%.

Le président Duque a proposé de retirer son projet initial pour rédiger un nouveau texte, en supprimant les principaux points contestés: la hausse de la TVA sur les biens et services, ainsi que l’élargissement de la base de l’impôt sur le revenu.

Mais le déploiement de militaires dans les rues suscite des inquiétudes en Colombie. En septembre 2020, treize jeunes avaient été tués lors de manifestations contre la violence policière, après la mort d’un homme de 43 ans brutalisé par un agent, et 75 autres personnes blessées par des projectiles présumés tirés par des agents des forces de l’ordre.

(AFP)

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