Syrie: Au moins 20 soldats exécutés à Alep

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SyrieAu moins 20 soldats exécutés à Alep

Au moins 20 soldats syriens ont été sommairement exécutés par des rebelles le week-end dernier dans la ville d'Alep, a annoncé lundi l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

«Ces soldats ont été capturés à la caserne Hanano vendredi ou samedi par les rebelles, puis ont été exécutés ailleurs. Leurs mains sont été ligotées et leurs yeux bandés», a indiqué Rami Abdel Rahmane, président de l'OSDH avec à l'appui une vidéo.

Une vidéo diffusée par l'OSDH montre une vingtaine de corps d'hommes habillés en treillis, à plat ventre dans une rue, la tête ensanglantée sur le trottoir.

Debout, se tiennent des hommes armés, en treillis ou en civil, dont l'un d'eux faisant le signe de la victoire. «Allah Akbar (Dieu est le plus grand)» crie un autre, tandis qu'un troisième lâche un mot de mépris à l'égard des victimes.

Les rebelles avaient attaqué vendredi une caserne abritant la police militaire, la police anti-émeutes et un centre de conscription. C'est dans ce dernier secteur que les rebelles avaient réussi à entrer avant d'en être chassés à l'issue de violents combats.

Le 15 août, une commission d'enquête de l'ONU avait accusé les forces gouvernementales syriennes et les chabbihas (milices pro-régime) de crimes contre contre l'humanité, et l'opposition armée de crimes de guerre mais à une échelle beaucoup plus limitée.

Manaf Tlass exfiltré par les services français

Le général Manaf Tlass, plus haut gradé syrien ayant fait défection, a affirmé lundi à une chaîne française avoir été exfiltré de Syrie par les services secrets français.

«Des services français m'ont aidé à sortir de Syrie et je les en remercie», a déclaré le général dissident dans un entretien à la chaîne d'informations en continu BFM TV.

«J'ai fait défection au régime depuis le mois de mars. Depuis le début de la révolution, j'ai eu des rencontres avec les révolutionnaires, avec les rebelles, et j'ai senti dès les premiers jours, dès les premiers mois, que le régime mentait à tout le monde. C'est pourquoi j'ai d'abord fait défection en restant dans mon bureau», ajoute M. Tlass, fils d'un ancien ministre de la Défense syrien.

Pas d'intervention

L'ancien général s'est dit opposé à «toute intervention étrangère en Syrie, quelle que soit la forme que prendrait cette intervention».

Il a en revanche appelé la communauté internationale à armer les rebelles. «Jusque là, le peuple syrien a obtenu beaucoup de victoires, il faudrait le soutenir, il faudrait l'aider, il faudrait l'armer».

Interrogé sur la présence d'islamistes syriens et étrangers en Syrie, le général a minimisé leur importance. «Il y a bien évidemment 20% d'islamistes, mais ils ne sont qu'une minorité. Le peuple syrien n'a jamais été un peuple extrémiste».

Pas de confirmation

La Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) n'a pas souhaité faire de commentaire. La diplomatie française a en revanche facilité la venue en France d'opposants syriens.

Fils du général Moustapha Tlass, un ex-ministre de la Défense et ami proche de l'ancien chef de l'Etat Hafez al-Assad, Manaf Tlass a fait partie de la «nomenklatura» syrienne et a été l'ami d'enfance de l'actuel président, Bachar al-Assad.

Général dans la Garde républicaine, une unité d'élite chargée de la protection du régime, cet homme d'une cinquantaine d'années originaire de Rastane dans la province de Homs (centre) avait été écarté il y a plus d'un an de ses responsabilités, car jugé peu fiable, selon une source proche du pouvoir syrien.

Il avait fait défection en juillet et avait appelé à la «transition» dans son pays, en accusant le pouvoir d'être responsable de la crise et en exprimant sa «colère» vis-à-vis de l'armée. Il a depuis indiqué qu'il préparait une feuille de route pour une sortie de crise impliquant d'«honnêtes» gens au sein du régime mais sans Bachar al-Assad.

Moscou propose une conférence

Moscou propose une conférence avec tous les acteurs syriens (responsable)

La Russie propose à ses partenaires occidentaux l'organisation d'une conférence réunissant «tous les acteurs du conflit» syrien, représentants de l'opposition, du régime, et des diverses ommunautés, a déclaré le vice-ministre russe des Affaires étrangères au «Figaro».

«Nous proposons à nos partenaires occidentaux l'organisation d'une conférence de Taëf entre tous les acteurs du conflit, du type de celle qui a permis la fin de la guerre civile libanaise en 1990. Cette conférence devrait réunir des représentants de l'opposition et du régime, mais aussi des communautés chrétienne, alaouite, druze», a déclaré Mikhaïl Bogdanov au quotidien à paraître mardi.

«Compte tenu des divisions de l'opposition et des armes qui parviennent aux rebelles, le risque d'une somalisation de la Syrie existe, si jamais le régime tombait brutalement demain. Il faut tout faire pour éviter cette désagrégation d'un État centralisé, et son éclatement entre communautés», a ajouté M. Bogdanov.

Selon «Le Figaro», le responsable russe se trouvait à Paris ce week-end, où il a rencontré des opposants syriens et des diplomates français.

Le ministère des Affaires étrangères n'a pas confirmé dans l'immédiat ces rencontres. La conférence «devra garantir une sortie de crise non violente et permettre de dessiner les contours de la Syrie de demain», a ajouté le responsable russe, avant de réitérer le soutien russe à l'accord de Genève.

Conclu en juin à Genève par le groupe d'action sur la Syrie réunissant les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU (Etats-Unis, Chine, Russie, France, Grande-Bretagne) ainsi que la Turquie et la Ligue arabe, cet accord est «la seule feuille de route actuellement sur la table», a-t-il estimé.

A l'ONU

La Russie, fidèle alliée de Damas, a déjà annoncé samedi qu'elle allait pousser le Conseil de sécurité de l'ONU à approuver l'accord de Genève sur les principes d'une transition en Syrie. Ce texte, soumis à des interprétations divergentes, ne contient aucun appel au président syrien Bachar al-Assad à renoncer au pouvoir.

Selon M. Bogdanov, «le régime est encore solide», et «jouit d'un soutien important de la population». «Nous n'avons jamais dit que le maintien d'al-Assad au pouvoir était un préalable à toute négociation. Mais nous disons également que ce n'est pas aux Russes, ni aux Français, de décider du sort du président syrien».

L'accord de Taëf auquel M. Bogdanov fait référence est un traité inter-libanais, signé le 22 octobre 1989 par des députés musulmans et chrétiens libanais pour mettre fin à la guerre civile libanaise (1975-1990). Il avait été négocié à Taëf en Arabie saoudite, sous l'égide de ce pays, du Maroc et de l'Algérie, avec le soutien de la diplomatie des États-Unis. (afp)

L'émissaire pour la Syrie juge sa mission «très difficile»

Le nouveau médiateur international pour la Syrie Lakhdar Brahimi a reconnu lundi que sa tâche était «très difficile», au début de sa mission de paix au Caire. Il a confirmé qu'il se rendrait dans les prochains jours à Damas, où il espère rencontrer le président Bachar al-Assad.

«Je réalise que c'est une mission très difficile mais je pense que je n'ai pas le droit de refuser d'apporter une aide au peuple syrien», a dit M. Brahimi après une rencontre avec Nabil al-Arabi, le chef de la Ligue arabe.

Il a ajouté qu'il comptait se rendre en Syrie «dans les prochains jours» pour «y rencontrer des responsables et des gens de la société civile». Tout en disant «espérer» rencontrer M. Assad, il a souligné qu'à ce stade il «ne savait pas» si cela serait possible.

M. Arabi a pour sa part affirmé que la mission de M. Brahimi, mandaté par l'ONU et la Ligue arabe pour tenter de rétablir la paix en Syrie, était «presque impossible» mais s'est dit confiant dans la capacité du diplomate algérien à la mener.

Réunion d'un «groupe de contact»

Dans le cadre d'autres efforts diplomatiques, l'Egypte a confirmé la tenue lundi soir d'une première réunion au Caire d'un «groupe de contact» sur la Syrie. Celui-ci rassemble l'Egypte, l'Iran, l'Arabie saoudite et la Turquie.

Le chef de la diplomatie égyptienne, Mohammed Kamel Amr, a précisé qu'elle devait «préparer une réunion ministérielle (...) dans les prochains jours». Selon un communiqué du ministère, les représentants des quatre pays doivent «échanger les points de vue sur les développements de la situation tragique en Syrie et les moyens de mettre fin au bain de sang et de réaliser les aspirations du peuple syrien». Pendant ces initiatives diplomatiques, les violences continuent de plus belle sur plusieurs fronts, faisant de nouveaux morts et occasionnant de nouveaux dégâts.

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