Déraillement près de Paris: Au moins six morts et des dizaines de blessés

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Déraillement près de ParisAu moins six morts et des dizaines de blessés

Au moins six personnes ont trouvé la mort vendredi dans le déraillement du train Paris-Limoges dans la gare de Brétigny-sur-Orge, au sud de Paris.

Avec huit blessés graves et 22 plus légers, le dernier bilan de la catastrophe ferroviaire reste provisoire. Les causes de l'accident restent mystérieuses.

Les trois voitures qui se sont couchées - quatre ont déraillé - devaient être relevées samedi matin. Toute la nuit, les secouristes ont dû travailler sous la lumière de puissants projecteurs, à la recherche d'éventuelles victimes coincées dans la carcasse de wagons pulvérisés mais aussi des corps pris au piège de la tôle.

Le travail d'identification de ces corps promet d'être «très long», a prévenu la veille au soir le président français François Hollande, venu sur place.

Quelque 300 pompiers, vingt équipes médicales et huit hélicoptères ont été mobilisés.

Vitesse normale

Au lendemain du choc vient le temps des questions. Infrastructures défaillantes ou obsolètes ? Avaries du train au niveau de la roue ou de l'essieu ? Défaut dans les voies ou dans l'aiguillage ? Erreur humaine ? Voire acte de malveillance ? Rien n'est clair pour l'heure.

«Aujourd'hui, il est impossible de donner une information» sur les causes de cet accident, a déclaré le Premier ministre Jean-Marc Ayrault lui aussi accouru sur les lieux de l'accident.

«Tout est possible mais rien n'est privilégié», a déclaré dans la nuit le porte-parole du ministère de l'Intérieur Pierre-Henry Brandet. Il est «beaucoup trop tôt pour tirer quelques conclusions que ce soit», a renchéri le patron de la compagnie ferroviaire SNCF, Guillaume Pépy.

Le ministre des Transports Frédéric Cuvillier a exclu une vitesse excessive, expliquant que le train était arrivé à 137 km/heure, soit sous la vitesse maximale autorisée (150 km/h). Avec 385 voyageurs, le train Paris-Limoges n'était a priori pas non plus surchargé.

Question autour de l'aiguillage

Des travaux ont été récemment menés «fin juin» à proximité immédiate de la catastrophe pour remédier à «un défaut majeur». Mais la SNCF a assuré qu'ils ne concernaient pas la voie où s'est produit l'accident.

Seule certitude: la catastrophe s'est déroulée à hauteur d'un aiguillage, à 200 mètres en amont de la gare. Des voyageurs ont expliqué avoir instinctivement pensé à un problème d'aiguillage. Mais une demi-heure avant la catastrophe, un autre train est passé au même endroit, sans qu'aucune anomalie ne soit relevée.

Le train s'est scindé en deux en arrivant à grande vitesse dans la gare vendredi en fin d'après-midi, en pleine heure de pointe. «Une partie du train a continué à rouler, tandis qu'une autre s'est couchée sur le flanc sur le quai», a indiqué une source policière.

Tous les témoins se sont accordés pour décrire la violence inouïe de la catastrophe qui s'est déroulée sur «plusieurs centaines de mètres». Des morceaux de ballast ont été retrouvés dans la ville.

Collision évitée

Des voyageurs et des témoins ont décrit des scènes d'horreur. «J'ai vu beaucoup de blessés, des femmes des enfants bloqués à l'intérieur. Les gens criaient», a témoigné un chômeur de 30 ans qui attendait son train en gare de Brétigny.

Un passager a expliqué, lui, avoir dû «enjamber une personne décapitée» pour sortir du wagon dans lequel il se trouvait.

Mais le bilan aurait pu être encore plus lourd, une collision avec un train ayant été évitée grâce au sang-froid des cheminots, selon M. Pépy. Le conducteur du train a eu le réflexe de déclencher toutes les alarmes qui ont entraîné l'arrêt de tous les trains dans la zone.

La circulation sur les grandes lignes ferroviaires a été coupée au départ et à l'arrivée de la gare d'Austerlitz à Paris vendredi soir.

La gare de Brétigny-sur-Orge devrait, elle, restée fermée pour trois jours, selon les autorités.

Il s'agit de la catastrophe ferroviaire la plus grave survenue en France depuis celle de la gare de Lyon qui avait fait 56 morts en 1988 à Paris. (ats)

Début d'une polémique

Des travaux sur un aiguillage à Brétigny ont été effectués fin juin pour remédier à «un défaut majeur», selon une vidéo réalisée par la SNCF elle-même pour se féliciter de la rapidité des travaux, et mise en ligne vendredi soir par plusieurs médias.

La direction de la SNCF, interrogée vendredi soir par l'AFP, a affirmé que «selon les éléments dont elle disposait actuellement», «il n'y a pas eu de travaux récemment» à Brétigny.

François Hollande, qui s'est rendu sur les lieux, a de son côté déclaré qu'il «n'y avait pas eu de travaux ces derniers jours, donc ce n'est pas un ouvrage qui aurait été abîmé au cours de ces travaux».

«De ce point de vue», a dit le président, «évitons toute polémique inutile mais il y aura forcément une connaissance de ce qui s'est produit et des conclusions qui devront être tirées».

Remise en état d'un aiguillage

Dans cette vidéo publiée le 29 juin et intitulée «SNCF Infra se mobilise pour la remise en état rapide d'un aiguillage à Brétigny», sur un fond musical entraînant, défilent tour à tour des responsables de la zone pour expliquer la découverte «d'un défaut majeur» sur un aiguillage, puis l'intervention qui a suivi.

«On a un appareil (système d'aiguillage, ndlr) ancien; tous les six mois; on fait un contrôle technique, et le 24 mai on découvre un défaut majeur, de nivellement», explique in situ le directeur d'établissement Infrapole Sud-Ouest francilien, dans la vidéo.

Pose d'une nouvelle voie

Dans la nuit du 23 au 24 juin, une nouvelle voie est posée. Et au bout de 48 heures de «stabilisation», la voie est rendue à la circulation des trains.

«Pour monter une telle opération, il faut prévoir entre 6 et 8 mois pour le faire, et là, on l'a programmée en une semaine et on l'a faite au bout de trois semaines», explique un homme qui n'est pas identifié dans la vidéo.

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