26.08.2020 à 19:38

Genève«Au moment où vous le percutez, vous êtes tout puissant»

Le procès de l’homme qui avait écrasé son rival continue. Mercredi, les parties ont plaidé deux visions d’un même acte.

de
Lucie Fehlbaum
La reconstitution, sur le parking où a eu lieu le drame.

La reconstitution, sur le parking où a eu lieu le drame.

F. Mentha

Calcul glacial ou coup de folie? En d’autres termes, assassinat ou meurtre? Le procès du jeune homme qui avait roulé sur son rival amoureux, en 2017, s’est poursuivi mercredi. Et ces notions étaient au coeur de toutes les plaidoiries. L’enjeu est de taille: pour assassinat, le Ministère public requiert 18 ans ferme. La défense, représentée par Me Hayat, parle de meurtre et demande 5 ans d’emprisonnement.

«Abandonite»

«La jalousie et la rage sont des comportements meurtriers», a-t-elle plaidé. Sous-entendu, pas forcément d’assassin. «Il faut tenir compte du peu d’élaboration et intégrer la souffrance, l’immaturité et le narcissisme de ce garçon». L’expertise psychiatrique relève en effet que le prévenu, A., aujourd’hui âgé de 24 ans, souffre d’une forme «d’abandonite».

Des terroristes «le copient»

Pas suffisant pour la procureure, Sophie Varga Lang. «La victime a fini écrasée comme un chien sur le bitume. A. lui a pris ses rêves en réalisant son projet, qu’il avait annoncé des dizaines de fois.» La magistrate a ainsi fait référence aux dizaines de messages Snapchat ou Facebook postés par A., dans lesquels il décrivait sa volonté de tuer sa victime et l’exact modus operandi. «Le déni dans lequel se trouve le prévenu est tragique», a ajouté le Ministère public. Dans une lettre, à propos des attentats au véhicule-bélier de Barcelone, en août 2017, A. écrit notamment: «hahaha, ils me copient tous à utiliser des voitures pour ça». Les avocats des parents de la victime ont aussi plaidé en faveur de l’assassinat. Verdict vendredi.

L’espoir de revoir son fils

«La victime avait un nombre de fractures ahurissant», a annoncé Me Djaziri, avocat de la maman de la victime. Cette dernière n’a pas reconnu son fils quand elle l’a vu sur son lit d’hôpital, où il est décédé peu après le drame. «Il avait doublé de volume. C’était un petit bonhomme et sur ce lit, on aurait dit un géant. Tout ça pour toutes sortes de raisons plus infondées les unes que les autres», a déclaré Me Assaël, défenseur du père. Ce dernier marche des dizaines de kilomètres toutes les nuits. Il a «perdu goût à la vie.» Chaque 8 du mois, date du drame, il se rend sur le parking où son fils a été percuté. «Il espère le voir», a souligné Me Assaël. Pour l’homme de loi, le coeur de ce procès est dans la domination. S’adressant au prévenu: «Vous avez assassiné cette pépite humaine. Au moment où vous le percutez, vous êtes tout puissant.» A. «pose des ultimatums au procureur, il a des exigences. C’est un obsédé du contrôle.»

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