Actualisé 14.06.2019 à 07:18

Sport

«Au niveau sponsoring, je gagnais dix fois moins»

Virginie Faivre évoque les inégalités de son sport et les évolutions observées

de
Sylvain Bolt
Virginie Faivre se réjouit d'organiser les premiers Jeux olympiques d'hiver avec une égalité totale des genres.

Virginie Faivre se réjouit d'organiser les premiers Jeux olympiques d'hiver avec une égalité totale des genres.

Keystone/Jean-Christophe Bott

Ancienne skieuse freestyle, Virginie Faivre s'est battue pour que les femmes aient leur place dans une discipline entièrement masculine. Présidente du Comité d'organisation des JOJ Lausanne 2020, la Vaudoise observe des changements positifs.

Allez-vous participer à la grève de ce vendredi ?

Je vais participer à la manifestation à Lausanne dès 18h, mais j'ai des séances importantes auxquelles je dois assister pendant la journée. C'est important de montrer notre soutien pour arriver à une égalité des droits pour les femmes et ceci dans tous les domaines.

Avez-vous subi des discriminations au cours de votre carrière sportive?

En pratiquant le ski freestyle, une discipline très masculine, il y a forcément eu des discriminations. Nous avons subi beaucoup de remarques négatives par rapport à notre engagement et nos qualités de sportives dans ces disciplines récentes. Elles émanaient des autres compétiteurs, mais aussi de forums et des journalistes de la presse spécialisée. C'était parfois un peu limite.

Vous vous êtes beaucoup engagée pour que le ski freestyle féminin soit reconnu

Oui, nous avons dû nous battre aux débuts de ce sport pour pouvoir participer aux compétitions, car il n'y avait pas de catégorie féminine. Cela a été une vraie bataille pour intégrer les femmes dans certaines compétitions majeures, comme par exemple les X Games. Pour que la discipline devienne olympique, il a fallu montrer aux fédérations sportives qu'il y avait suffisamment de femmes qui pouvaient également participer et qu'elles avaient le niveau nécessaire.

Avez-vous observé des changements ?

Il faut relever que beaucoup d'efforts ont été faits et qu'il y a eu un vrai changement de mentalités. Il y a plus de respect de la part du milieu concernant les femmes, leur fort engagement et leur niveau qui a explosé dans ces disciplines. Aujourd'hui, le mouvement olympique a cette volonté d'intégrer les femmes dans chaque nouvelle discipline.

Quels genres d'inégalités avez-vous ressenties ?

Les prize money n'étaient pas les mêmes sur les compétitions indépendantes, mais ils l'étaient en revanche sur les compétitions organisées par la FIS. Nous avons obtenu l'égalité salariale aux X Games et la plupart des autres compétitions se sont alignées sur cet exemple. Il y a une grande inégalité au niveau des contrats de sponsoring. Avec le palmarès que j'avais, en comparaison avec mes homologues masculins, je gagnais dix fois moins, si ce n'est pas plus. Et mes titres n'avaient pas le même impact que s'ils avaient été gagnés par un homme. En tant que femme, la visibilité était beaucoup plus difficile à obtenir pour être reconnue dans la presse spécialisée. Il fallait se battre pour que les photographes viennent nous suivre. Lorsque j'étais invitée sur un shooting avec des hommes, ils étaient cinq et moi la seule femme. Quand l'article paraissait, il y avait neuf photos des mecs et une de moi

Avez-vous subi des remarques en raison de votre statut de femme lors de votre nomination comme Présidente du Comité d'organisation de Lausanne 2020?

Non, j'ai été vraiment bien accueillie par toutes les parties prenantes. Le CIO fait énormément d'efforts pour intégrer les femmes. Nous avons par exemple une Chairwoman dans la commission de coordination du CIO qui nous accompagne pour l'organisation et c'est également une ancienne athlète. Les JOJ 2020 seront les premiers Jeux olympiques d'hiver avec une égalité totale des genres: nous y décernerons le même nombre de médailles aux femmes qu'aux hommes. C'est un message fort et cela me touche beaucoup.

Il y a encore peu de femmes à la tête des grandes organisations sportives

Mais de gros efforts sont fournis... Je ne suis pas la seule femme au sein du comité exécutif Lausanne 2020. Mais c'est vrai qu'il y a encore beaucoup à faire au niveau des fédérations sportives internationales, car il y a trop peu de femmes qui ont les pouvoirs décisionnels. Nous entrons dans une phase de changements positifs mais cela prendra du temps.

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