12.09.2020 à 20:15

Genève«Au nom de la liberté: bas les masques, les éveillés!»

Des opposants aux mesures anti-Covid, des anti-masques et des complotistes ont envahi la place des Nations. Le rassemblement s’est déroulé sans heurt.

de
David Ramseyer

«Je ne crois pas à un complot autour de la pandémie de coronavirus. Nous avons joué le jeu pour le confinement, nous avons porté des masques pour aller au magasin; mais maintenant…» Maintenant, Julien en a marre. Panneau à la main, il a tenu à participer au rassemblement qui s’est tenu ce samedi après-midi sur la place des Nations. Un millier de personnes selon la police, quatre fois plus d’après les organisateurs, ont dénoncé les mesures sanitaires liées au Covid-19, jugées «contestables, liberticides et inutiles»; pour une partie des participants, elles sont plus que ça: une tentative à grande échelle de «domination du peuple».

Dans la foule, les positions sont donc plus ou moins tranchées. Des gens comme Julien déplorent que «dès que l’on a un regard différent sur les mesures de l’Etat, on est taxé de sociopathe». Organisateurs de la manifestation, Dan et David «Jetlag» abondent: «Au contraire de récentes manifs anti-masques à Berlin ou à Zurich, le thème de cet après-midi, c’est la liberté. Nous nous battons pour elle. On ne dit pas qu’il ne faut pas se vacciner, on ne dit pas qu’il ne faut pas mettre de masque. Mais il faut écouter tout le monde, ouvrir un débat public et ne pas censurer». Reste que certaines attitudes - au nom de la liberté des uns sur les autres? - peuvent mettre en danger le principe de précaution et la santé des gens, que protègent les restrictions actuelles, selon les autorités sanitaires et politiques. «Quand il y aura un consensus scientifique général sur les diagnostics et les chiffres du Covid, je serai le premier à appliquer les mesures», assure David.

JFK ou la fin de la liberté

Certains sont aussi là parce qu’ils se sentent floués. Patron du Village du Soir, Seb Courage entend prendre la défense du milieu de la nuit non subventionné, un secteur à l’agonie alors que les night-clubs sont fermés au moins jusqu’au 16 novembre. «Nous sommes victimes de mesures difficiles à comprendre malgré toutes les dispositions que nous avions prises. L’Etat doit nous proposer un plan pour rouvrir. On est dans l’inconnue totale». Pour le reste, le Genevois déplore lui aussi «la censure» qui frapperait ceux qui réfutent les mesures sanitaires, «mais je ne me positionne pas sur tout ce qui est dit là, aujourd’hui».

Des discours vont en effet bien au-delà des revendications libertaires. De nombreux manifestants jurent que le complot est en place. Le pouvoir politique, les médias, la police, les organisations internationales et toute une partie de la communauté scientifique «trompent et censurent les éveillés». Ceux qui ne sont pas d’accord avec ces derniers sont vite accusés d’être complices, volontairement ou malgré eux. «Face à cette soi-disante pandémie», une jeune femme ne comprend ainsi pas comment autant de virologues, de médecins et d’experts «ne voient pas ce qui arrive». Un peu en retrait de la foule, Angélique dit se préparer depuis 8 ans à ce qu’elle a su «intuitivement: on entre dans une dictature qui ne dit pas son nom. Ils prennent le contrôle.» Qui ça, «ils»? «L’Etat profond, soit les marchés financiers et les banquiers privés qui dominent le monde. Tout a commencé avec l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy, en 1963». A l’entendre, la suite n’a été que basses manoeuvres, «invisibles» pour manipuler «par la peur et la haine». Le port du masque ou les chiffres des cas de Covid s’inscriraient dans cette perspective.

Théories multiples

Sur la scène de la place des Nations, les intervenants se succèdent. L’une dénonce avec véhémence les entreprises pharmaceutiques et leurs intérêts financiers, alors que «l’Afrique n’a pas besoin de médicaments, mais d’eau et à manger». Tandis qu’un homme distribue des tracts qui assurent que les traînées d’avions dans le ciel sont les traces «d’épandages clandestins de produits toxiques qui se déroulent depuis plus de 10 ans», des manifestants discutent de «l’opération globale de vaccination de l’OMS, subventionnée par et au profit de Bill Gates».

Régulièrement abordés par des participants pour prendre un selfie avec lui, Mike, l’une des personnalités romandes du mouvement anti-masque, affiche un t-shirt frappé d’un «Q». Une référence à QAnon, un mouvement qui grandit aux Etats-Unis, mêlant extrême-droite et adeptes des théories du complot. Des liens qui se sont aussi vérifiés en Europe. Lorsque nous le lui faisons remarquer, il affiche un sourire enjôleur. «QAnon est une source d’information. Je crois que la pandémie n’a pas eu lieu et que le principe de précaution a été invoqué de manière abusive par les gouvernements. Je ne prétends pas avoir un savoir global, mais suivez l’argent: il est évident que les pharmas tirent les ficelles.»

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