Grisélidis Réal: «Au paradis, elle pourra étreindre Jean Calvin»

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Grisélidis Réal«Au paradis, elle pourra étreindre Jean Calvin»

La prostituée et femme de lettres a été inhumée lundi au cimetière des Rois. Une féministe s'offusque.

par
Giancarlo Mariani

«Si toutes les femmes qui ont des enfants à élever se prostituaient, Genève serait un bordel», s'est obstinée Amélia Christinat. La féministe socialiste était bien la seule lundi à s'opposer encore au transfert de la dépouille de Grisélidis Réal au Panthéon local.

L'écrasante majorité des 200 personnes qui ont assisté à la cérémonie avaient, elles, choisi le camp de la prostituée la plus fière de la littérature européenne. «Elle souhaitait être enterrée au cimetière des Rois. Son vœu est aujourd'hui exaucé», s'est ainsi félicité le conseiller administratif Patrice Mugny. «Cela montre que la dignité humaine n'est pas seulement une affaire de statut social», a poursuivi le grand artisan de ce transfert exceptionnel. «Nous ne faisons pas l'apologie de la prostitution, mais celle d'une personnalité qui a lutté pour la dignité humaine», a-t-il encore précisé.

Sous les applaudissements, parents, compagnons de route, consœurs et militants pour les droits des travailleurs du sexe ont ensuite résumé avec de bouleversantes réflexions la vie, la pensée et l'œuvre de la «catin révolutionnaire», décédée d'un cancer en 2005 à l'âge de 76 ans. «Au paradis, elle pourra étreindre Jean Calvin», provoquait Sonia Verstappen, une prostituée bruxelloise. En espérant que ce dernier vœu n'alimente pas d'autres préjugés et rumeurs, alors que Grisélidis Réal repose près du réformateur et de l'écrivain Jorge Luis Borges.

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