Viticulture: Au pays de la vodka, des pionniers produisent du vin
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ViticultureAu pays de la vodka, des pionniers produisent du vin

Sur les collines qui entourent Cracovie, des pionniers du vin se battent pour déjouer les stéréotypes et prouver que la Pologne, le pays de la vodka, peut maintenant produire des cuvées aussi bonnes qu'en Allemagne ou en Autriche.

«On fait pousser ici une vingtaine de cépages comme Bianca, Aurore, Seyval blanc. Certains comme le Svenson red résiste même à des températures jusqu'à -35°C», explique Adam Kiszka. Il dirige dans le village de Lazy une exploitation expérimentale de l'Université Jagellonne de Cracovie.

«Il y a cinq ans encore, du blé poussait ici. A terme, la vigne à Lazy aura cinq hectares», ajoute cet ingénieur agronome reconverti en viticulteur.

L'année 2005 a été cruciale. La Pologne a été incluse dans la zone viticole A de l'Union européenne et a désormais le droit de produire du vin.

«Et ceci sans limites. En théorie, on pourrait même planter la vigne sur la totalité de notre territoire, le climat et le marché nous limitent seulement», explique Robert Potocki, chef du département du vin au ministère de l'agriculture.

Ces dernières années, le climat en Pologne s'est nettement adouci mais il reste très instable.

«Le pire, ce sont les gels printaniers», explique Kiszka qui a encore en mémoire la nuit du premier mai 2005, quand le mercure était tombé à -7° C détruisant une bonne partie des bourgeons.

«On est parti de zéro. On doit tout apprendre. On expérimente», dit Kiszka. Ainsi, pour capter le maximum de soleil, les pieds de vigne sont étirés jusqu'à 1,50 m de haut grâce à des poteaux de béton en forme de Y.

«Peu de gens savent que la Pologne fut autrefois un pays du vin», explique Marek Jarosz, vice-président d'une association viticole. Il subsiste même un cépage polonais original, le Jutrzenka.

Au XIIe siècle, le géographe arabe Risi mentionnait que les flancs du château royal de Wawel à Cracovie étaient recouverts par la vigne. Les Autrichiens qui y ont fait une citadelle ont tout arraché au XIXe siècle.

Jarosz veut replanter la vigne côté sud, sur un hectare. Le projet, malgré une production prévisible de 5.000 bouteilles de vin par an, a surtout une grande valeur symbolique.

«Le retour de la vigne au coeur de l'identité polonaise, là où reposent les rois polonais, marquera le retour de la Pologne à la culture du vin, à l'Europe occidentale et l'abandon du modèle soviétique, basé sur la vodka», explique Jarosz.

Selon ses estimations, il y a déjà quelque 400 hectares de vignes.

«C'est une goutte d'eau. La surface totale du vignoble polonais, c'est l'équivalent d'une grande vigne en France. Mais d'ici 10 ans, il devrait atteindre 5.000 hectares», ajoute-il.

«Le vin polonais ne pourra jamais faire concurrence aux vins français ou italiens, c'est clair», dit Maciej Kalita, un autre pionniers à Klucze (sud). Dans son garage, il vinifie son raisin et celui de 12 autres viticulteurs qui n'ont pas les moyens ni le savoir faire indispensables. Ensemble, ils ont formé le petit groupe viticole Grupa Malopolskie Wino.

«La bouteille se vendra facilement à 70 zlotys (20 EUR). La demande des restaurants gastronomiques est très forte. Une fois que la mode pour les premiers vin polonais passera, le prix se stabilisera à quelque 40 zlotys», pense Kalita.

«Mais mon but, c'est de faire de la qualité, pas de la quantité», dit-il.

Le professeur français d'oenologie, Jean-Claude Cabanis, a jugé que le vin blanc «Nad dworskim potokiem» fait à Lazy était de «de très bonne qualité», souligne Adam Kiszka.

Les consommateurs devront cependant attendre encore quelque mois pour savourer les premières bouteilles. Le gouvernement polonais a tardé à légiférer et seuls les vins issus des vendanges de cette année pourront être commercialisés. (afp)

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