Berne: «Au pire, je m'attacherai à un arbre»
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Berne«Au pire, je m'attacherai à un arbre»

Une petite communauté vit depuis plus d'un an dans une forêt de Bremgarten bei Bern (BE). La commune souhaite qu'ils s'en aillent.

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aha/dmz
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Tinu (45) est un des membres de la communauté.

Tinu (45) est un des membres de la communauté.

Adrian Moser/Der Bund
Withold (23) ne peut pas s'imaginer vivre ailleurs.

Withold (23) ne peut pas s'imaginer vivre ailleurs.

Adrian Moser/Der Bund
Le camp est propre. Aucun déchet ne jonche le sol.

Le camp est propre. Aucun déchet ne jonche le sol.

Pour eux, un appartement ordinaire n'est pas une option. Depuis plus d'un an, six hommes, trois chiens et un chat vivent dans une tente, dans la forêt de Bremgarten, près de Berne, rapportait il y a peu le quotidien «Der Bund».

Nos collègues de «20 Minuten» ont rendu visite aux occupants de ce campement. Ils y ont rencontré Tinu, 45 ans et Withold, 23 ans. Le premier, le plus âgé des habitants, est chauffagiste de profession. Après avoir travaillé dans toutes sortes de branches, il a décidé qu'il en avait assez. «Je n'en pouvais plus. Tu donnes et donnes encore et tu ne reçois rien», explique-t-il. D'où sa décision de vivre coupé du monde.

Autogérés

Un coup d'œil au bivouac prouve que le groupe fait attention à l'environnement. Aucun détritus ne jonche le sol de la forêt. «Pour moi, il est important que les déchets soient éliminés de façon appropriée», raconte Withold. Personne n'a d'horaire fixe, ni de tâche attitrée: «On se réveille quand on veut. Ensuite, on distribue les missions. Par exemple, qui va chercher de l'eau à la source voisine ou qui va ramasser du bois pour le feu.» Et si des désaccords surviennent, «on discute jusqu'à ce qu'un consensus soit trouvé».

Pour la nourriture, la majeure partie de l'année, les produits de la forêt suffisent, comme des baies, des noix ou des herbes. «En hiver, nous avons besoin d'argent», poursuit Tinu. Le quadragénaire travaille comme dog-sitter ou vend des sculptures. Il dispense aussi des cours sur les herbes aromatiques.

«Fauteurs de trouble»

La commune, propriétaire de la forêt, a connaissance du camp depuis le mois de novembre. Elle ne voit pas cette occupation d'un très bon œil. «La loi interdit de s'y installer sans autorisation», martèle le garde-forestier Stefan Flückiger. En plus, depuis 2005, les autorités ont pris des mesures pour interdire le camping sauvage. «Ces gens savent que c'est interdit!», tonne-t-il.

Tinu ne comprend toutefois pas le problème: «Nous ne dérangeons personne. Nous recevons souvent des visiteurs et faisons attention à la forêt.» Si l'affaire devait se terminer au tribunal, il se référerait à la Constitution suisse, qui à l'article 24, stipule que «les Suisses et les Suissesses ont le droit de s'établir en un lieu quelconque du pays.»

Stefan Flückiger ne peut toutefois pas prédire ce qu'il adviendra du campement. «Nous avons interpellé tous les départements concernés et attendons des réponses», annonce-t-il. Mais pour Tinu, il n'y a pas d'alternative à la vie en forêt: «Au pire, je m'attacherai à un arbre.» Il souligne aussi qu'il est prêt au dialogue avec les autorités communales: «Ils sont les bienvenus pour le souper!»

Une yourte à Lutry

L'histoire de Tinu et de ses compagnons n'est pas sans rappeler celle d'un couple qui a vécu quatre ans dans une yourte dans une forêt de Lutry (VD). C'est par hasard qu'un garde-forestier avait découvert la construction, sise sur un terrain privé.

Le couple qui l'habitait a été prié de quitter les lieux. La commune est toutefois prête à trouver un endroit pour installer la tente, mais il ne sera pas autorisé à y vivre à l'année. «Si on peut passer quelques nuits dans une yourte, comme dans un cabanon de week-end, on ne peut en aucun cas y résider de façon sédentaire!», a expliqué Pierre-Alexandre Schlaeppi, municipal de l'aménagement du territoire.

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