Actualisé 25.03.2019 à 06:53

Genève

Au signal, mille personnes plongeront dans leur livre

Un cycle d'orientation genevois va consacrer 15 minutes de lecture libre au quotidien. L'idée venue de Turquie séduit de plus en plus.

de
Léonard Boissonnas
Chaque jour, les élèves seront invités à lire un livre de leur choix.

Chaque jour, les élèves seront invités à lire un livre de leur choix.

Skynesher

«Tout le monde a son livre prêt», s'exclame Juan Garcia, directeur du cycle des Grandes-Communes, au Petit-Lancy (GE). Dès ce lundi, à 10h20, le rituel sera le même, chaque jour: une cloche spéciale retentira et chacun cessera ses activités pour lire un quart d'heure en silence. L'établissement sera le premier cycle du canton à se lancer dans Silence on lit! Tout le monde participera: élèves, enseignants ou personnel administratif (près de mille personnes).

Ce projet, imaginé en 2001 à Ankara, a essaimé depuis (encadré). Le but est de donner ou redonner le goût de la lecture, mais sans les contraintes scolaires. Roman, BD, manga: sauf écran ou article de presse, chacun est libre d'amener ou choisir un ouvrage dans la langue qu'il désire. «J'en ai entendu parler à la radio, raconte Séverine Dahan, doyenne des 11e. Je me suis dit que ce serait très intéressant.»

Elèves ambassadeurs

L'école a travaillé avec l'association qui porte le projet pour l'aider à la mise en oeuvre. Une vingtaine de 12-15 ans se sont portés volontaires pour en être les ambassadeurs auprès de leurs camarades: «Pour que cela marche, il faut qu'il y ait l'enthousiasme du terrain», indique Juan Garcia. Alyssa, en 9e, se réjouit du projet car «il y a beaucoup d'élèves qui n'ont pas l'idée de prendre un livre quand ils s'ennuient.» Antony, 9e, espère que cela «permettra à ceux qui sont excités de se calmer.» Safwan, 10e, lui, rappelle que «lire n'est pas qu'un plaisir, ça va nous servir pour toute la vie.» Pour Joy, aussi en 10e, avec une lecture personnelle, cela changera des cours de français, où les livres sont «des fois ennuyeux».

«L'esprit, c'est de rester uniquement sur le plaisir de lire et pas du tout sur l'évaluation ou le retour à faire à l'école», explique Juan Garcia. Ceux qui ne voudraient pas participer, eux, devront garder le silence. Des bénéfices sont attendus, notamment sur la concentration, la capacité d'échange, ou le comportement, poursuit le directeur: «Cela devrait permettre aussi aux ados d'atteindre un peu de proximité avec eux-mêmes car ils sont souvent sur leur téléphone ou les réseaux sociaux.»

«Chacun va gagner quelque chose de différent»

Pour garantir un accès à un livre aux élèves qui n'auraient peut-être pas les moyens de s'en acheter, le stock de la médiathèque du cycle a été augmenté de près de 400 ouvrages, grâce au soutien d'une fondation de la place. Un bac sera en outre installé dans chaque classe avec une dizaine de bouquins. Un premier bilan sera tiré fin juin pour «voir si ça a accroché, s'il y a une plus-value, annonce Juan Garcia. Mais je crois que chacun va gagner quelque chose de différent.»

De son côté, le Département de l'instruction publique souligne que «ce projet pilote, relève, pour l'instant, d'initiatives locales, indique Isabelle Vuillemin, directrice du service enseignement et évaluation. Ces initiatives sont prometteuses et correspondent aux aspirations de l'enseignement obligatoire, en matière d'incitation à la lecture».

Projet plébiscité

En 2016, une association Silence on lit! a été créée en France pour porter l'idée née dans un lycée turc. Depuis, entre 800 et 900 établissements français participent, indique l'association, et le concept a séduit dans plusieurs pays, dont en Belgique, au Canada, au Maroc, au Cameroun, mais aussi en Suisse. A Lausanne, l'école des Bergières s'y est mise deux mois par an depuis 2017. A Genève, les écoles primaires De-Livron et de Pâquis-Centre, où le projet est plébiscité, le font depuis plus d'un an. L'école de commerce et de culture générale Aimée-Stitelmann, a mené un test concluant cet hiver.

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