Au tour des Emirats – Grave crise diplomatique entre quatre pays du Golfe et le Liban
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Au tour des ÉmiratsGrave crise diplomatique entre quatre pays du Golfe et le Liban

Tout comme l’Arabie saoudite, Bahreïn et le Koweït, les Émirats arabes unis affichent leur solidarité envers le royaume saoudien.

George Kordahi, le ministre libanais de l’Information avait critiqué l’intervention de l’Arabie saoudite dans la guerre au Yémen.

George Kordahi, le ministre libanais de l’Information avait critiqué l’intervention de l’Arabie saoudite dans la guerre au Yémen.

AFP

Les Émirats arabes unis ont rappelé samedi leurs diplomates à Beyrouth, quatrième pays du Golfe à prendre des mesures de rétorsion contre le Liban après des propos d’un ministre libanais critiquant l’intervention de l’Arabie saoudite dans la guerre au Yémen.

Cette grave crise intervient alors que le gouvernement du Premier ministre libanais Najib Mikati misait sur une potentielle aide financière des riches monarchies du Golfe pour relancer l’économie du pays en plein effondrement. Najib Mikati s’est démarqué des propos du ministre de l’Information George Kordahi, nommé au gouvernement par un parti chrétien allié au mouvement pro-iranien Hezbollah, poids lourd de la politique libanaise, et l’a appelé implicitement à démissionner.

Pour les experts, la crise va au-delà des propos du ministre et reflète une lutte d’influence entre l’Iran chiite et l’Arabie saoudite sunnite, dont le Liban paie le lourd tribut. Après l’Arabie saoudite, Bahreïn et le Koweït, les Émirats arabes unis ont annoncé le retrait de leurs diplomates du Liban en «solidarité» avec l’Arabie saoudite. Ils ont en outre interdit aux citoyens émiratis de se rendre au Liban.

Le Koweït a plus tôt dans la journée annoncé le rappel de son ambassadeur du Liban pour consultations et «le départ du chargé d’affaires libanais sous 48 heures». Il a expliqué sa décision par l’«échec» du gouvernement libanais à «répondre aux propos inacceptables et répréhensibles tenus contre l'Arabie saoudite et le reste des (six pays) du Conseil de coopération du Golfe (CCG)».

«Opinion personnelle»

Dans une émission télévisée datant du 5 août et diffusée lundi, George Kordahi, qui n’était pas alors encore ministre, a qualifié «d’absurde» l’intervention de la coalition militaire dirigée par Ryad dans la guerre au Yémen opposant pouvoir et rebelles, et affirmé que les insurgés se défendaient «face à une agression extérieure». Intervenue en 2015 au Yémen, cette coalition à laquelle participent aussi les Émirats arabes unis et Bahreïn, soutient le pouvoir face aux rebelles houthis, appuyés par l’Iran, grand rival de l’Arabie saoudite.

Des centaines de milliers de Libanais travaillent dans les pays formant le CCG – Arabie saoudite, Émirats, Qatar, Bahreïn, Koweït et Oman.

Le royaume saoudien avait été le premier à rappeler vendredi son ambassadeur au Liban et à décider l’expulsion de l’ambassadeur libanais. Il a également décidé d’arrêter toutes les importations libanaises. Pour Ryad, les propos de George Kordahi portent «atteinte aux efforts de la coalition» et ne sont «pas en harmonie avec les relations historiques» entre le Liban et l’Arabie saoudite.

Le petit royaume de Bahreïn a aussitôt suivi, décidant lui aussi l’expulsion de l’ambassadeur du Liban. Après le tollé, George Kordahi a souligné que ses propos reflétaient son «opinion personnelle» avant sa nomination le 10 septembre ministre de l’Information mais a refusé de s’excuser.

Démission?

Najib Mikati a dit «regretter profondément la décision du royaume» saoudien, affirmant que les propos de George Kordahi «ne reflétaient en aucun cas la position du gouvernement». Il a appelé George Kordahi «à privilégier l’intérêt national», l’appelant implicitement à démissionner. Mais le Hezbollah, allié indéfectible de l’Iran, a dit qu’il s’opposait à toute démission. Samedi, le président libanais Michel Aoun, un allié du Hezbollah, s’est dit «soucieux d’avoir les meilleures relations avec l’Arabie saoudite sœur», critiquant ceux «qui provoquent des crises entre les deux pays».

En mai, le ministre des Affaires étrangères du gouvernement précédent, Charbel Wehbé, a démissionné après avoir qualifié les pays du Golfe de «bédouins» et les avoir accusés de liens avec le groupe djihadiste État islamique.

Najib Mikati a formé une cellule de crise qui s’est réunie samedi à Beyrouth en présence du numéro deux de l’ambassade américaine, Richard Michaels. Après la réunion, le ministre de l’Education Abbas Halabi a déclaré avoir «bon espoir» de régler la crise.

Déclenchée en 2014, la guerre au Yémen a fait des dizaines de milliers de morts, des civils pour la plupart, et des millions de déplacés.

(AFP)

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